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Trois souhaits en cette période électorale : Le savoir – clé de notre avenir              

La Belle au bois dormant avait trois bonnes fées ; Tolstoï a écrit à propos de trois questions philosophiques. J’ai pour ma part trois vœux banals pour ces élections : non pas des ‘promesses en l’air’ ou des programmes coûteux, mais bien des choix qui présupposent que le savoir est important. Face à des images déchirantes de réfugiés, une économie précaire et des choix politiques divergents, le savoir et la recherche peuvent sembler être des questions sans conséquence : ennuyeux, pas très sexy, certainement pas matière aux publicités électorales de fin de soirée qui nous disent qui peut et qui ne peut pas gouverner.

Mais la recherche fondée sur des données probantes est indispensable à la compréhension des questions les plus pressantes : sans connaître notre histoire de l'immigration et des réfugiés, comment allons-nous prendre les bonnes décisions? Sans les analyses d’économistes sur les différents programmes environnementaux, comment pourrons-nous juger des conséquences à court et à long terme de nos choix? Sans les spécialistes en sciences sociales qui comparent les options de services de garde d'enfants à travers le monde et au Canada, comment allons-nous pouvoir choisir l'option qui est préférable?

À titre de représentante d’historiens, mes souhaits peuvent sembler être très distants du présent. Mais ils impliquent des choix politiques déjà faits, et ils pourraient être importants pour notre devenir.

Premier souhait. Préserver notre patrimoine : rétablir le financement des programmes d'archives. Le patrimoine canadien est un enjeu incontestable : tout le monde est d’avis que les enfants d'école qui ne peuvent pas réciter leur histoire est une chose regrettable, mais comment allons-nous faire en sorte que la richesse de notre passé soit préservée? Les disputes sur de grands monuments controversés à Ottawa n’est peut-être pas la meilleure voie à suivre. Le rétablissement des fonds aux archives le serait. Un programme de 1,7 million de dollars pour les archives locales a été coupé, et avec lui, notre connaissance des peuples, organisations et événements qui ont façonné le Canada. En outre, les archives ne son plus qu'un bâtiment à Ottawa : grâce à la numérisation, une vaste gamme de documents historiques est maintenant à la portée de personnes de partout au pays à l’aide d’une simple touche de clavier d’ordinateur - mais nous avons besoin de rétablir les fonds pour le faire.

Deuxième souhait. Multiplier les voix de l'humanité : assurer le financement de la recherche pour plus de projets (non seulement les mégaprojets) qui vont nous aider à « nous connaître » dans un monde en transformation. C’est un truisme de dire que, sans la compréhension historique, nous sommes condamnés à répéter les erreurs du passé. Nous avons besoin de recherches plus diversifiées, d'imagination et d’interprétations multiples de la société, de l'histoire canadienne et de l’histoire mondiale. Les universités exaltent la valeur de « l'innovation », mot de code habituellement utilisé pour l'entrepreneuriat et les partenariats d'affaires lucratives, mais l'innovation humaine suppose également un dialogue entre les scientifiques et les humanistes, entre ceux qui possèdent des connaissances autochtones et les historiens et entre les chercheurs canadiens et internationaux. Après tout, le Canada est non seulement connu pour son  « Canadarm », mais aussi pour les idées de Northrup Frye, Charles Taylor et de Margaret MacMillan. Qui plus est, mieux comprendre l'identité, l'accommodement, la guerre et la paix, est sûrement essentiel pour définir le future de notre nation.

Troisième souhait. Favoriser les générations futures de producteurs de connaissances. Peu importe le nombre d’études qui démontre qu’une éducation en sciences humaines produit des penseurs alphabétisés, ouverts sur le monde et à l’esprit critique, la politique éducative favorise de moins en moins une telle éducation. L’éducation postsecondaire connait un recul à bien des égards dont l'un a été de créer une génération de travailleurs précaires en éducation qui se promène d'une université à l’autre pour donner de nombreux cours en retour d’un maigre salaire (sans mentionner l'empreinte carbone), tout en contraignant la recherche de ces travailleurs. Lors du ralentissement économique des années 1980, le gouvernement fédéral a élaboré un nouveau programme de bourses de recherche du Canada afin de conserver les chercheurs, développer de nouveaux talents et perfectionner leurs compétences productrices de savoirs. Les solutions à la précarité sont nombreuses, mais nous devons, tout au moins, créer un programme similaire ou augmenter les programmes de bourses d’études postdoctorales existants du CRSH. Ce serait un investissement judicieux pour notre avenir : une reconnaissance que la production de connaissances compte pour quelque chose.

Joan Sangster
Présidente
Société historique du Canada

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