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La SHC déplore la récente interdiction de voyage des immigrants de sept pays à prédominance musulmane et souhaite que le Canada accepte les revendicateurs de statut de réfugié en provenance des États-Unis

L'interdiction de voyage du Président Trump qui cible les immigrants, les détenteurs de visa et les réfugiés de sept pays majoritairement musulmans a suscité un déluge édifiant de protestations. Cela s'est produit en même temps que nous sommes aux prises avec les répercussions de la récente attaque terroriste contre des musulmans ici au Canada - et avec ce que cela signifie en termes d'image que nous avons de nous-même à titre de société qui célèbre la diversité. Des organisations universitaires aux États-Unis et au Canada, y compris de grandes coalitions d'universitaires ainsi que des organisations représentant spécifiquement des historiens, ont à juste titre condamné l'interdiction visant un groupe religieux particulier. En même temps que la lutte juridique se déroule aux États-Unis au sujet de l'interdiction, de nombreux historiens œuvrant au Canada se demandent ce que nous pourrions faire pour souligner les préjugés fondamentalement discriminatoires de l'interdiction et ses implications très graves et potentiellement tragiques si elle était réintroduite ou reformulée. Après avoir discuté de la question, l'exécutif de la SHC propose un certain nombre d'options et aimerait obtenir les commentaires des membres de notre société.

Des associations savantes comme la nôtre doivent exprimer leur opinion au sujet des conséquences immédiates de l'interdiction pour les chercheurs et la diffusion des idées. Nous pouvons afficher des déclarations sur notre site Web, mais nous devons aussi en parler dans nos universités, nos départements et nos réseaux de chercheurs. Les communautés d'enseignement et de recherche croient fermement au mouvement des idées, de chercheurs et des étudiants entre les pays. L'interdiction menace de perturber les réseaux de recherche, de limiter la diffusion de la recherche, de proscrire la participation de spécialistes à des conférences, de les empêcher de retourner dans leurs universités d'origine, d'empêcher les étudiants internationaux d'aller aux États-Unis et elle peut également affecter les chercheurs qui revendiquent le statut de réfugié. Ces séquelles ont déjà été ressenties, et même si l'interdiction est temporairement levée, le climat de peur qu'elle a produit se prolongera.

Les historiens pourraient se rallier aux membres de la communauté juridique canadienne pour demander au gouvernement de suspendre « l’Entente entre le Canada et les États-Unis sur les tiers pays sûrs ». Deux cents juristes au Canada ont signé une lettre adressée à l'honorable Ahmed D. Hussen, ministre de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, et au premier ministre Justin Trudeau, en soulignant que l'ordonnance de Trump a démontré que les États-Unis n’est pas un lieu « sûr » pour les réfugiés. Nous ne devrions plus refouler les revendicateurs du statut de réfugié à la frontière, puisqu'ils ne seront pas traités équitablement aux États-Unis.

Nous pouvons faire le lien entre ces événements actuels et nos activités d'enseignement et de discussion avec les étudiants et la communauté canadienne dans son ensemble. Les historiens sont bien placés pour discuter de l'histoire du racisme, des droits de la personne, de la tolérance religieuse et de la xénophobie au Canada et dans le monde. Nous connaissons très bien le dossier historique sur les violations des droits de la personne et celui d’individus qui se sont efforcés de les protéger et les défendre. La violence, les déplacements et le dénigrement qui accompagnent l'intolérance et la persécution font partie du triste bilan historique canadien et mondial dont on a une connaissance approfondie. Nous pouvons partager ces connaissances et encourager la discussion et le débat, non seulement dans nos cours, mais aussi avec la communauté dans son ensemble. Puisque le meurtre récent des fidèles musulmans priant à leur mosquée de Québec s’est produit dans le contexte de l'interdiction et que celui-ci était clairement motivé par la haine raciale et religieuse, il est d'autant plus important de soulever la question du racisme et de l'intolérance au sein de nos propres universités et communautés.

À un niveau plus personnel, nous devons rester en contact avec nos collègues et nos étudiants qui sont directement touchés par cette interdiction et par l'attaque d’une mosquée de Québec qui a semé la crainte. La plupart des universités ont mis en place des protocoles pour aborder le sujet avec les étudiants et les professeurs qui sont, ou pourraient être touchés, par l'interdiction. Certains universitaires ont déclaré qu'ils ne pouvaient ou ne voulaient pas voyager aux États-Unis, soit après avoir reçu des conseils juridiques les avisant que leur situation était précaire, ou bien parce qu'ils sont vivement en désaccord avec l'interdiction. Nous pouvons guider les personnes touchées vers des sites utiles, mais nous devons également les assurer de notre soutien, de notre opposition à l'interdiction et à la haine ciblant les musulmans au Canada et à l'étranger et leur rappeler notre engagement envers une société plus tolérante où les étudiants en provenance de tous les milieux peuvent étudier et partager leurs recherches et leurs idées sans crainte d’intimidation ni de peur.

Joan Sangster
Présidente
Société historique du Canada

 

  

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