Le prix John A Macdonald est accordé annuellement au meilleur livre en histoire canadienne.
Gagnants du prix Macdonald
2009
McKay, Ian. Reasoning Otherwise. Leftists and the People's Enlightenment in Canada, 1890-1920. Toronto, Between The Lines. Plutôt que d’examiner l’histoire des groupes, partis et organisations issus de cette «première formation» (first formation) de socialistes, comme l’ont fait d’autres historiens avant lui, McKay examine plutôt le contexte social, économique, culturel et intellectuel qui a présidé à leur émergence. C’est surtout là où repose la grande force et toute l’originalité de cet ouvrage. Utilisant une stratégie de reconnaissance, dont il a développé les prémisses dans son premier opus Rebels, Reds, Radicals : Rethinking Canada’s Left History, il offre une nouvelle vision de cette gauche et de l’héritage qu’elle a légué à ses successeurs. D’un œil sympathique, mais toujours critique, il examine le parcours biographique et politique, mais surtout les influences intellectuelles (notamment Spencer, Darwin et Marx) et l’évolution de la pensée de plusieurs de ses figures de proue, éclairant ainsi sous un nouveau jour les débats ou les prises de positions souvent contrastées de plusieurs de ces activistes sur la question de la classe, de la religion, des femmes, de la race et de la démocratie. Loin d’apparaître comme un groupe univoque, monolithique ou dogmatique, la gauche que dépeint McKay se révèle multiple, en constante évolution et engagée dans une réflexion qui a des incidences majeures sur la nature de ses actions, les luttes qu’elle entreprend et les tactiques qu’elle déploie. Toujours nuancée, sa démonstration fait montre de la très grande érudition de son auteur qui analyse en profondeur les textes fondateurs de cette première formation pour mieux en comprendre les stratégies d’actions. Il en résulte un ouvrage à la fois solide et fascinant qui redonne à la gauche une profondeur qui lui manquait. Mentions honorables Baskerville, Peter. A Silent Revolution? Gender and Wealth in English Canada, 1860-1930. Montréal, MQUP. Peter Baskerville examine l’évolution de la richesse des femmes à Victoria et à Hamilton en se fondant sur les recensements, les cadastres, les dossiers de succession, les testaments, l’inscription à la cote des actions bancaires et sur les actions des compagnies d’assurance. À partir de cette information, qu’il manipule intelligemment, il soutient qu’un profond changement social est venu transformer la répartition des richesses et la participation économique des hommes et des femmes à partir du 19e siècle jusqu’au début du 20e siècle dans le Canada anglais. C’est en bonne partie grâce aux nombreuses lois sur les biens de la femme mariée ainsi qu’à l’évolution des habitudes sociales que les femmes mariées, les veuves et les femmes célibataires ont commencé à se faire une place de plus en plus importante dans le monde du capital en milieu urbain et à participer à un large éventail d’activités en tant que propriétaires, entrepreneures et investisseuses. Mais bien que cette progression témoigne d’une orientation commerciale associée à une citoyenneté libérale, l’auteur nous rappelle que les inégalités sont toujours présentes. Ce livre dresse un portrait nouveau de la richesse des femmes en milieu urbain. En effet, il aborde bien des aspects que les historiens canadiens ont à peine effleurés en ce qui concerne l’héritage urbain et toute une gamme de pratiques qui a permis aux hommes comme aux femmes de déclarer aux recenseurs vivre selon leurs propres moyens. Dechêne, Louise. Le Peuple, l'État et la Guerre au Canada sous le Régime français. Montréal, Boréal. Le peuple, l’État et la guerre au Canada sous le Régime français réinterprète l’histoire de la Nouvelle‑France en mettant le conflit militaire au coeur de la vie des gens, de la société et des stratégies de l’État, puis en situant la société au centre des combats, de l’armée et de la guerre. Louise Dechêne considère les besoins militaires et en conclut que le rôle qu’a joué l’État dans la vie des colons est plus important que celui que lui attribuent la plupart des historiens. On exigeait beaucoup des colons en temps de guerre non seulement en matière d’impôt, mais également en charge de travail, travail qu’on voulait productif. Contrairement aux stéréotypes qui dominaient alors et qui sont toujours présents, elle donne à penser que les Canadiens n’étaient pas des batailleurs acharnés. En effet, c’est plutôt à contrecoeur que les hommes joignaient la milice ou l’armée puisque leur absence allait priver les fermes de force de travail et les familles, de protection. Elle dépeint les milices locales, variant des villes à la campagne, certes à peu près toutes pauvrement armées et entraînées : elles allaient se battre lorsque nécessaire pour protéger les familles et la terre, pour montrer leur loyauté envers le roi. Elle ajoute également que les habitants de la Nouvelle‑France ne se sont pas forgé une identité les différenciant des soldats français ou des nouveaux immigrants qui venaient constamment remplir leurs rangs. Qui plus est, l’historienne insiste sur l’importance stratégique et numérique des alliés amérindiens dans les escarmouches, les raids et les batailles de la Nouvelle‑France qui a fait d’eux la principale force militaire de la colonie. Sa recherche est exhaustive, ses arguments, brillamment fondés, si bien que sa réinterprétation magistrale du régime français au Canada aborde à peu près tous les enjeux historiographiques concernant la Nouvelle‑France. Hélène Paré, Sylvie Dépatie, Catherine Desbarats et Thomas Wein ont révisé et complété le livre qu’a laissé inachevé Louise Dechêne lorsqu’elle est décédée en 2000. Le comité honore leur formidable travail qui a rendu ce livre remarquable accessible aux chercheurs. 2008Franca Iacovetta. Gatekeepers: Reshaping Immigrant Lives in Cold War Canada, Toronto, Between the Lines, 2006. Dans cette analyse dynamique, intéressante et probante, Mme Iacovetta explore l’interaction entre les agents d’immigration, les intervenants sociaux, les journalistes ainsi que les divers autres Canadiens qui s’occupent de l’accueil et les immigrants européens qui sont arrivés ici après la Deuxième Guerre mondiale. Gatekeepers fait le lien entre les hautes politiques entourant les événements internationaux et les politiques personnelles de la famille, de l’identité et du moi. Cet ouvrage montre comment les personnes d’autorité exerçaient la surveillance, censuraient et poussaient les nouveaux arrivants de diverses situations d’après-guerre à devenir de dignes citoyens canadiens. Il démontre comment les histoires des immigrants, leurs réussites et leurs échecs étaient intégrés dans le plus vaste contexte de l’endiguement de la guerre froide, la promotion de la famille et le nouvel ordre des sexes au cours de la période de l’après-guerre. Mme Iacovetta s’inspire avec adresse et humanité d’une vaste gamme de sources afin de jeter la lumière sur les coûts de la guerre, de l’intégration et de la citoyenneté qu’exigeait l’assentiment des contrôleurs d’accès. Inspiré en particulier de la situation de Toronto et de l’Ontario, Gatekeepers apporte une importante contribution plus générale aux histories de l’immigration, des sexes et de la période de l’après-guerre au Canada et ailleurs. MENTION HONORABLE Robert Bothwell. Alliance and Illusion Canada and the World, 1945-1984, Vancouver, University of British Columbia Press, 2007. Alliance and Illusion est une synthèse superbement rédigée, qui prend sa source dans la maîtrise de la vaste documentation sur la période suivant la Deuxième Guerre mondiale, complétée par les mémoires de politiciens et de fonctionnaires et par des sources de première main sélectionnées. Robert Bothwell explore les forces à l’intérieur et à l’extérieur du Canada qui ont forgé les relations extérieures, honorant les talents des agents clés, révélant l’aveuglement plus qu’occasionnel d’un pays relativement petit qui se vente d’avoir un sens démesuré d’influence et d’autonomie, et soulignant les réalités des contraintes exigées par les alliances. Il s’agit d’un livre qui mérite de d2009-06-13re de susciter un débat engagé. Cynthia Comacchio. The Dominion of Youth: Adolescence and the Making of a Modern Canada, 1920-50. Waterloo, Wilfrid Laurier University Press, 2006. The Dominion of Youth établie le lien entre les anxiétés entourant la jeunesse, les générations, grandir au Canada et la crise de croissance d’une jeune nation, en quête de sa propre identité entre les années 1920 et 1950. Mme Comacchio suggère que la jeunesse et la nation cherchaient à être modernes. C’était la modernité elle-même de la jeunesse qui inquiétait les générations plus vieilles; et les méthodes modernes des observateurs de la jeunesse, qui exacerbaient les inquiétudes quant à l’adolescence comme période de crise. Alors que d’autres chercheurs se sont intéressés en particulier à la délinquance juvénile, Cynthia Comacchio innove en cherchant à explorer à quoi ressemblait la croissance de la plupart des jeunes Canadiens, en tenant compte des différentes classes, des régions et à l’occasion de l’ethnicité. Se fondant sur toute une génération de recherches sur l’adolescence, The Dominion of Youth fait valoir que l’adolescence a adopté sa forme moderne entre les deux guerres, alors que la signification de cette étape de la vie a été redéfinie par rapport aux autres étapes, et que l’État s’engageait davantage dans le soutien des citoyens. Adolescents, théoriciens, experts et décideurs ont tous modelé ce processus. Abondamment documenté, surtout dans les archives de l’Ontario et les sources imprimées, ce livre apporte une importante contribution à l’histoire de la jeunesse, à l’histoire de la famille et à la l’histoire canadienne de façon plus générale. 2007Tina Loo. States of Nature. Conserving Canada’s Wildlife in the Twentieth Century, Vancouver, University of British Columbia Press, 2006. Dans un style vivant et admirable, Tina Loo décrit l’émergence de la sensibilité à la conservation de la faune au Canada, de la fin du 19e siècle jusqu’aux années 1970. En examinant la manière dont la gestion et la préservation de la nature ont basculé du « local » au « national » durant cette période, elle identifie les grands acteurs de ce mouvement et les valeurs qui sous-tendent leur discours. À la lecture de States of Nature, les motivations et les convictions des différents intervenants apparaissent clairement et dans toute leur complexité. La réglementation accrue de l’État concernant la préservation des espèces soulève des réactions de la part des chasseurs sportifs, des ruraux, des travailleurs et des Premières nations, en plus de modifier le rôle des biologistes, des organisations écologistes, des associations et des compagnies. À travers différentes études de cas judicieusement choisies, très bien documentées et présentées chronologiquement, les expériences concrètes et les représentations de la nature s’entrecroisent, s’opposent à l’occasion. Ressources à gérer, images d’un monde vierge à préserver, lieux d’intégration de l’humain et de la vie sauvage, la nature et la faune prennent différents visages au fil des ans et se trouvent investies de valeurs parfois difficilement conciliables. Avec une habileté remarquable, Loo réussit à combiner les subtilités théoriques, la profondeur argumentative et une très grande accessibilité. De par son style et son sujet d’une troublante actualité, cet ouvrage saura rejoindre à la fois un large public et les historiens soucieux de rigueur et avides d’interprétations novatrices. States of Nature s’impose d’ores et déjà comme un incontournable de l’histoire environnementale et se distingue comme la contribution historiographique la plus significative de la cuvée 2006. Mention honorable : Donald Fyson. Magistrates, Police, and People. Everyday Criminal Justice in Quebec and Lower Canada, 1764-1837, Toronto, UTP, Osgoode Society for Canadian Legal History, 2006. Fruit d’une recherche impressionnante, Magistrates, Police and People de Donald Fyson présente une réinterprétation convaincante de l’histoire de la justice criminelle québécoise. Renouant avec une période de l’histoire du Québec moins visitée depuis quelques d’années, il examine comment le droit criminel, et plus particulièrement les tribunaux de première instance, a vécu la transition du régime français au régime britannique entre la Conquête et les Rébellions. Portant son regard autant sur les structures et les dépositaires de la loi que sur ceux qui y avaient recours durant cette période, l’auteur soutient que dans son fonctionnement quotidien, dans les causes « ordinaires », la justice criminelle n’a pas connu de rupture majeure, mais bien une lente adaptation. Faire la part des choses entre le changement radical et le statisme tout en évitant les écueils d’une interprétation whig du droit exige tout à la fois du doigté et une grande maîtrise de la documentation. Deux qualités dont Fyson n’est pas dépourvu. L’intégration dans l’analyse et la narration des dimensions de genre, de classe et d’appartenance ethnique est exemplaire, tout comme la capacité de l’auteur à faire parler intelligemment la multitude de sources qualitatives et quantitatives dont il tire parti. Loin de se limiter à une réinterprétation du droit québécois, Magistrates, Police, and People, en raison de ses qualités théoriques et de son ouverture aux réalités britanniques et nord-américaines, se démarque aussi comme une contribution majeure à la compréhension de l’État et de la justice au quotidien sous l’ancien régime. 2006Michael Gauvreau. The Catholic Origins of Quebec’s Quiet Revolution, 1931-1970, Montréal and/et Kingston, McGill-Queen’s University Press, 2005. Dans cet ouvrage tout à fait original, Michael Gauvreau remet en question un bon nombre d’idées reçues sur la Révolution tranquille du Québec, que l’on a dépeinte jusqu’à maintenant comme un mouvement essentiellement politique, dirigé par des laïcs qui ont pris le pouvoir parce que l’Église catholique romaine, monolithique et de moins en moins pertinente, était trop enlisée dans le conservatisme et la tradition pour s’adapter intelligemment aux forces modernisatrices de la société québécoise. Michael Gauvreau montre plutôt que la Révolution tranquille a surtout été un phénomène culturel et social qui s’est développé dès les années 1930, au sein d’une Église catholique romaine caractérisée alors par une remarquable diversité idéologique. Basant ses observations sur une analyse détaillée, approfondie et rigoureuse des activités des laïcs et des organisations romaines catholiques, particulièrement celles associées aux mouvements de l’Action catholique, l’auteur explique finement comment, à partir de la crise économique de 1929, des catholiques romains bien en vue ont en fait tenté de critiquer et de réformer le catholicisme. Entre les années 1930 et 1960, le catholicisme a su naviguer d’un courant intellectuel à l’autre, du totalitarisme à l’individualisme, et a proposé des conceptions judicieuses et progressistes de la société, au sein de laquelle il réservait aux jeunes, aux femmes, aux familles et à l’État des rôles appropriés à une société typiquement catholique. La Révolution tranquille est avant tout la résultante de ces forces. « Le gouvernement Lesage a surtout cherché à élaborer une nouvelle culture démocratique en encrant plus fermement le catholicisme dans les rouages de l’État moderne », affirme Michael Gauvreau. Il ajoute toutefois que la période postérieure à 1964 est à ce point distincte qu’on pourrait la considérer comme une seconde révolution, qui s’inscrirait dans une tendance commune à toutes les sociétés occidentales industrialisées, et qu’aurait donc suivie la société québécoise. La poussée de cette révolution s’est accompagnée « d’un individualisme tellement débridé qu’elle a eu pour conséquence principale, du moins au Québec, le rejet brutal de l’idée d’accorder un rôle public au catholicisme ». Cette nouvelle lecture de la Révolution tranquille rompt de façon tellement spectaculaire et éloquente avec les interprétations antérieures qu’elle aura pour conséquence de propulser l’histoire de la religion au cœur de la recherche au Canada. Le livre apporte aussi une contribution importante à l’histoire des jeunes, de la famille, des femmes, de la sexualité et des genres, du fait même qu’il analyse une ferveur réformiste principalement destinée aux jeunes et aux femmes. Et puisque l’ouvrage s’appuie sur des discussions et des sources documentaires internationales, il saura intéresser les historiens d’outre-frontière, particulièrement ceux qui cherchent à comprendre le processus historique de la sécularisation. Mention honorable : N.E.S. Griffiths. From Migrant to Acadian: A North American Border People, 1604-1755. Montréal and/et Kingston, Canadian Institute for Research on Public Policy Administration, McGill-Queen’s University Press, 2005. Ce livre est l’œuvre de la plus éminente des historiens des Acadiens et représente l’apogée de sa carrière de chercheure. Il est la somme d’un demi-siècle de recherches dans les archives du Canada, de l’Angleterre, de l’Écosse, de la France, des États-Unis et de l’Italie, ainsi que le fruit de la lecture d’une abondante littérature savante. De cet immense labeur est issue une histoire des Acadiens, vaste, précise et sensible, qui embrasse toute la période comprise entre l’année du premier établissement français, en 1604, et la déportation de 1755. Cette histoire générale ne fait pas que reconstruire en détail la société que les Acadiens s’étaient bâtie dans le Nouveau Monde; elle examine également les relations qu’ils entretenaient avec les Mi’kmaq et évalue leur poids dans les affaires de la France, de l’Angleterre, de la Nouvelle-Angleterre et de la Nouvelle-France. Ce livre circonstancié fera autorité : il s’imposera comme l’ouvrage de référence en histoire des Acadiens, s’adressant tant aux étudiants qu’aux non-spécialistes, et il suscitera sûrement de nouvelles recherches. 2005Dominique Deslandres. Croire et faire croire. Les missions françaises au XVIIe siècle (1600-1650). (Paris, Fayard, 2003) Le livre de Dominique Deslandres intitulé Croire et faire croire : Les missions françaises au XVIIe siècle aborde le travail d'évangélisation des grands ordres missionnaires de France. Dans cette synthèse, l’auteure ne propose rien de moins que de « revisiter l'histoire de la rencontre franco-amérindienne en tenant compte du point de vue des missionnaires, en faisant en quelque sorte leur ethnohistoire ». S’attardant aux éléments culturels, religieux et politiques du fait missionnaire, Mme Deslandres tente de reconstituer le contexte particulier dans lequel le phénomène de la « conquête des âmes » a été défini et s’est concrétisé au cours de ce siècle. L'auteure relève ce défi avec brio. Le missionnariat fait depuis longtemps partie de l’imaginaire historique associé à la Nouvelle-France. Mais rarement encore a-t-il été étudié en fonction de ses origines européennes et remis dans une perspective de reconquête religieuse globale. C’est à cette tâche que l’auteure se consacre. Tout d’abord, elle examine le discours missionnaire français pour ensuite voir comment ce discours a donné lieu à de véritables missions. Ici, le choix d’une perspective comparée s’avère judicieux : tant les missions entreprises dans les « Indes noires de l’intérieur », c’est-à-dire en France, que celles qui ont pris pied en Amérique sont racontées et analysées. Paysans français ou Amérindiens, ces athées de l’intérieur ou d’un Nouveau Monde sont les « autres » à évangéliser. Au long de sa démonstration, l’auteure fait preuve d’une incontestable érudition et réussit à intégrer les théories anthropologiques de l’altérité. Écrit avec élégance et vivacité, l’ouvrage de Dominique Deslandres s'impose comme une référence non seulement en histoire de la Nouvelle-France, mais aussi pour l'ensemble de l'histoire religieuse de cette période, tant en Europe qu'en Amérique du Nord. Mention honorable : Peter Pope. Fish into Wine: The Newfoundland Plantation in the Seventeenth Century. (Chapel Hill NC: University of North Carolina Press and Omohundro Institute of Early American History and Culture, 2004) Dans Fish into Wine, les pêcheurs deviennent des colons. Audacieuse et exhaustive, la réinterprétation que fait Peter Pope de l’histoire de la colonie britannique de Terre-Neuve au XVIIe siècle renverse la thèse traditionnelle, selon laquelle les immigrants européens qui ont gagné les côtes de Terre-Neuve à cette époque ne se consacraient qu’à la récolte des ressources de la mer. Pope démontre qu’une proportion significative des milliers de pêcheurs venus sur la côte Est de Terre-Neuve au XVIIe siècle s’y est établie de façon permanente en tant que colons. Dans cette étude, qui contribue à reconstruire le passé de ces pionniers terre-neuviens, Pope s’appuie sur l’analyse approfondie des documents d’archives et des sources imprimées, les preuves archéologiques et la recherche généalogique, et combine le tout dans une prose riche et finement ciselée. À la fois spécialiste de l’anthropologie et de l’histoire, Pope s’est servi des outils de ces deux disciplines pour produire cette excellente étude de portée novatrice. Cette analyse place le XVIIe siècle terre-neuvien dans un contexte résolument transatlantique. Inégalé, cet ouvrage est une fenêtre ouverte sur le commerce des pêches au XVIIe siècle et sur la vie de ceux qui y prenaient part. Il améliore non seulement nos connaissances de la vie quotidienne à Terre-Neuve au XVIIe siècle, mais également notre compréhension des liens étroits qui unissaient les familles influentes de la société terre-neuvienne, comme celles de Sir George Calvert, Lord Baltimore et Sir David Kirke, à l’économie transatlantique. Pope explique comment un réseau de contacts familiaux et interpersonnels dirigeait un échange complexe entre la morue de Terre-Neuve et le vin en provenance d’Europe du Sud et des îles de l’Atlantique. Il en ressort que la pêche à la morue de Terre-Neuve était une activité locale hautement capitalisée, reliée aux différents marchés régionaux de l’Atlantique Nord. Tout au long de la démonstration, les interprétations subtiles et nuancées de l’auteur remettent en question de nombreux mythes touchant l’histoire terre-neuvienne. Pope a fait pour l’histoire socio-économique du XVIIe siècle terre-neuvien ce que Jerry Bannister (Prix Macdonald 2004) avait fait pour l’histoire légale et politique du XVIIIe siècle : il a exploré les origines du caractère distinctif de la société terre-neuvienne, il a brisé de vieux mythes et il a clairement situé la colonie particulière qu’était Terre-Neuve dans le contexte de l’Empire britannique. 2004Jerry Bannister. The Rule of the Admirals: Law, Custom and Naval Government in Newfoundland, 1699-1832. (Toronto: Osgoode Society for Canadian Legal History / University of Toronto Press, 2003) Dans The Rule of the Admirals: Law, Custom and Naval Government in Newfoundland, 1699-1832, Jerry Bannister présente avec élégance une réinterprétation ambitieuse et stimulante de l’histoire de Terre-Neuve au XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle. Contribution majeure à l’histoire de l’Empire britannique, de ses lois et de son administration coloniale, l’étude de Jerry Bannister s’attaque à une période mal comprise du passé de Terre-Neuve, celle durant laquelle l’île fut gouvernée par les « amiraux de la pêche » et les commandants de la Marine. L’auteur tient à rappeler que Terre-Neuve ne fut pas un pion négligé sur l’échiquier atlantique, mais plutôt un exemple parmi mille autres d’un territoire qui s’était doté d’un type d’administration adapté à ses besoins spécifiques. The Rule of the Admirals démontre de façon convaincante que, contrairement à ce que laisse entendre l’interprétation traditionnelle voulant que la gouvernance de l’île ait été confiée à des brigands, Terre-Neuve fut en fait, à ses débuts, administrée en toute légitimité avec efficacité et continuité. Se penchant tour à tour sur les frustes « amiraux de la pêche » qui gouvernèrent les lieux jusqu’en 1729, et sur les administrateurs de la Royal Navy qui prirent la relève jusque dans les années 1810, Jerry Bannister examine comment s’est opérée la symbiose entre « la coutume du pays » et le droit écrit, et comment il en a résulté une forme juridique de gouvernance unique à Terre-Neuve. L’auteur ne s’intéresse pas seulement aux législateurs et aux hommes chargés d’appliquer la loi : il situe ces acteurs dans leur contexte économique et social, et mesure l’impact du régime administratif terre-neuvien d’une part sur les immigrants britanniques qui s’installaient dans la colonie, d’autre part sur les Béothuks, qui ne survécurent pas au gouvernement de la Marine. Jerry Bannister décrit aussi comment le sexe et la religion des accusés déterminaient l’issue d’une comparution en cour, et comment les personnes trouvées coupables étaient traitées dans cette colonie dépourvue de maisons de correction. Livre ouvertement révisionniste et provocant, The Rule of the Admirals est soigneusement documenté. L’auteur a mené une recherche exhaustive dans neuf dépôts d’archives et dépouillé des sources premières rarement consultées, dont il explique la complexité aux futurs chercheurs. En somme, l’ouvrage de Jerry Bannister nous force à repenser l’histoire de Terre-Neuve en la sortant de son cadre marginal et accessoire, apportant par le fait même une riche contribution à l’histoire de l’Empire britannique et de l’État colonial préindustriel. Mentions honorables : Terry Crowley, Terry. Marriage of Minds: Isabel and Oscar Skelton Reinventing Canada. (Toronto: University of Toronto Press, 2003) Pendant presque un demi-siècle de vie conjugale et familiale, Isabel et Oscar Skelton ont partagé une même passion pour la nation canadienne. Le livre de Terry Crowley, Marriage of Minds, trace le cheminement de ce couple dynamique, en entrelaçant leurs carrières, dont l’une, celle d’Oscar Skelton, est très en vue (il est professeur, auteur, haut fonctionnaire influent et conseiller politique des premiers ministres King et Bennett), et l’autre, celle d’Isabel, est plus discrète (elle est auteure, historienne et critique littéraire). Marriage of Minds démontre que mari et femme, bien qu’éminemment doués et défendant tous deux la cause d’un Canada indépendant, ne jouissaient pas des mêmes avantages, Isabel subordonnant souvent sa carrière et ses aspirations à celles de sa glorieuse moitié, le grand mandarin. Tandis qu’Oscar bénéficiait des prérogatives accordées aux hommes qui travaillaient au sein de la fonction publique au début du XXe siècle, Isabel portait presque seule la responsabilité des tâches ménagères et de l’éducation des enfants; elle devait se débrouiller pour terminer ses projets d’écriture et feindre de se complaire dans le rôle de « princesse consort » du mandarin. En faisant ressortir les conflits personnels et professionnels du couple, Terry Crowley réussit brillamment à marier l’histoire politique du Canada avec celle du genre, de la sexualité et de la famille. Pour forger son argumentation, l’auteur a compulsé la correspondance des Skelton, leurs publications et des documents gouvernementaux; l’excellente utilisation de ces sources rend la lecture de Marriage of Minds vivante et attrayante. Suzanne Morton. At Odds: Gambling and Canadians, 1919-1969. (Toronto: University of Toronto Press, 2003) At Odds: Gambling and Canadians, 1919-1969 fait œuvre de pionnier dans l’histoire ensorcelante du jeu au Canada. L’auteure, Suzanne Morton, qui a elle-même une attitude ambivalente face aux plaisirs et aux dangers du jeu, décortique, sur une période de cinquante ans, les positions contradictoires de la société et de l’État canadiens sur les mérites et les vices d’une activité jugée parfois élégante, mais souvent sordide. Suzanne Morton reconnaît qu’il a été difficile de trouver des preuves écrites pour étayer son étude; en effet, « il était notoire que les joueurs, tels les bookmakers, n’inscrivaient jamais rien, qu’ils éliminaient les pièces à conviction dans les toilettes, ou utilisaient du papier sans résidu qui s’embrasaient au seul contact d’une allumette »; l’auteure a néanmoins réussi à rassembler un riche corpus de sources premières qui permettent de découvrir à quels jeux de hasard les Canadiens de chaque couche sociale aimaient s’adonner : course de chevaux et cartes, billard électrique et machine à sous, tirage au sort, bingo, loterie et barbote, les occasions de jouer ne manquaient pas. La réglementation des jeux de hasard étant de compétence municipale et provinciale, Suzanne Morton porte une attention particulière à certains débats régionaux; son ouvrage n’en a pas moins une envergure nationale et sa recherche démontre de façon convaincante comment le jeu est devenu une pièce du rouage de l’État-providence. At Odds est une histoire sociale évocatrice, qui constate que, selon leur appartenance raciale, ethnique, sexuelle et sociale, les Canadiens ne pratiquaient pas les jeux et ne se faisaient pas pincer de la même manière. Rien n’échappe au regard scrutateur et astucieux de l’auteure, qui s’infiltre dans les arcanes du jeu : le crime organisé, les hommes politiques corrompus et les policiers véreux, toute cette racaille fréquente les femmes de la classe ouvrière dans les bingos et les travailleurs célibataires dans les communautés chinoises canadiennes. On s’est efforcé de mettre de l’ordre dans ce monde interlope bigarré; analyser ces tentatives de « redressement », c’est aussi comprendre les changements d’attitude des Canadiens face au travail, aux plaisirs, aux petites économies, à la consommation, à la religion et au hasard. 2003Cole Harris, Making Native Space. Colonialism, Resistance, and Reserves in British Columbia. UBC Press, 2002. Le géographe-historien Cole Harris fait un examen pertinent et fascinant de l'histoire de la politique foncière autochtone de la Colombie-Britannique. Son ouvrage intègre les récents discours postmodernes et postcoloniaux à un corpus analysé de façon traditionnelle et suivant une méthodologie impeccable. Magistral travail de géographie historique appliquée à un pays où s'affrontent des cultures, des visions du monde et des pouvoirs antagonistes, Making Native Space décrit et compare les traités, met en contexte leur contenu, et, de ce fait, démontre comment les mentalités européennes (dans toutes leurs diversités et telles qu'elles étaient vécues aux frontières) ont façonné les contacts. À partir de recherches fouillées et exhaustives dans les fonds d'archives, Cole Harris démontre que depuis la moitié du XIXe siècle les gouvernements britannique, colonial, provincial et fédéral n'ont pas réparti équitablement et efficacement les terres aux groupes autochtones. Il explique que certains bureaucrates, comme Gilbert Sproat, et des chefs autochtones ont constamment remis en question la politique provinciale et ont proposé aux hommes politiques d'aborder la question du territoire autochtone dans des perspectives différentes. Les propos nuancés de l'auteur lui permettent d'écrire une conclusion beaucoup plus engagée, d'où se dégage une position politique tout à fait cohérente. Il prescrit un changement qui prévoit l'octroi de plus de terres, qui recommande que l'on agisse plus respectueusement envers les peuples autochtones et qu'on leur accorde plus d'autonomie gouvernementale. De façon générale, il préconise «la politique de la différence» plutôt que l'assimilation. C'est pourquoi le livre de Cole Harris est fondamental pour comprendre le problème des territoires autochtones en Colombie-Britannique. Sa plus grande qualité est de débroussailler un passé complexe et d'en tirer un récit raffiné, qui est particulièrement d'actualité pour le Canada d'aujourd'hui et de demain. Mention honorable : Colin Coates et Cecilia Morgan, Heroines and History. Representations of Madeleine de Verchères and Laura Secord. University of Toronto Press, 2002. Au fil du temps, les héroïnes ont tenu un rôle bien découpé et malléable dans les ouvrages des historiens et dans l'opinion publique. Tout en faisant ressortir ces caractéristiques, Colin Coates et Cecilia Morgan évaluent le destin représentatif commun de deux héroïnes légendaires du Québec et du folklore canadien. Ils nous offrent ici une superbe analyse sur l'interconnexion de la mémoire, de la commémoration et du genre en se penchant sur les cas de Madeleine de Verchères (étudié par Coates) et de Laura Secord (examiné par Morgan), qu'ils présentent comme des symboles de l'identité et du nationalisme canadien-français et canadien-anglais. Les deux auteurs, qui ont su se partager la tâche et réussi de la sorte à mieux couvrir l'histoire et la commémoration de ces héroïnes d'un panthéon canadien maigre en imagerie féminine de ce genre, nous offrent un livre suave qui suggère plusieurs pistes de réflexion. Non seulement s'attardent-ils à la question de la construction des mémoires collectives en commençant par le discours des héroïnes concernées, mais se penchent-ils aussi sur les discours bâtis par différents groupes de l'élite, incluant les historiens et les historiennes de toutes écoles, et se permettent-ils une incursion dans la culture populaire. Colin Coates et Cecilia Morgan prouvent qu'il est important d'étudier de tels discours historiques pour comprendre de quelle façon les Canadiens perçoivent et construisent leur histoire. Ils montrent comment, au cours des ans, on s'est servi de l'image de Madeleine de Verchères et de Laura Secord à différentes fins politiques et idéologiques, et comment on a manipulé les notions de sexe, de race et de nation à l'intérieur des récits célébrant la bravoure de ces deux femmes. Les auteurs ont de plus constaté que la mémoire collective appréciait différemment les héroïnes et les héros, accordant ses faveurs et une plus grande reconnaissance à ces derniers. Bien documenté (tant visuellement que textuellement), d'une écriture élégante qui traduit avec une finesse remarquable toutes les subtilités linguistiques de leurs sources, Heroines and History constitue une importante contribution à la culture canadienne et à l'histoire nationale. 2002Bruce Curtis, The Politics of Population. State Formation, Statistics, and the Census of Canada, 1840-1875. University of Toronto Press, 2001. Bruce Curtis a écrit ici une étude fascinante sur les aspects sociaux et politiques des recensements canadiens tenus avant et après la Confédération. Tout en abordant l’histoire d’un point de vue à la fois théorique et pratique, l’auteur couvre plusieurs sujets : il s’intéresse aux observations notées au hasard par un recenseur régional; il examine comment, sur le plan national, les élites politiques canadiennes ont manœuvré pour promouvoir la formation d’un État; il décrit la naissance d’une nouvelle science internationale, la statistique. Curtis fait montre d’une grande connaissance des théories les plus récentes en sciences sociales et prouve qu’il maîtrise les exigences contextuelles de la recherche postmoderne. L’auteur retrace minutieusement l’évolution graduelle des recensements : avant la Confédération, ceux-ci se présentaient sous forme de manuscrits foisonnant de détails; par la suite, ils sont peu à peu devenus des manuels étatistes «d’une importance capitale pour tout le dominion». Sous l’étroite surveillance de J.C. Taché, les statistiques étaient construites pour répondre à des préoccupations d’ordre scientifique, nationaliste et religieux, des orientations qui caractérisent particulièrement le recensement dit «pur sang» de 1871, qui, comme le conclut Curtis, «ne permit à personne d’être Canadien» pour les 125 ans suivants. Poussant l’analyse encore plus loin, Curtis révèle avec grande intelligence ce qui se dessine en filigrane des recensements, à savoir l’affrontement des forces politiques sur des questions comme la représentation selon la population, l’abolition du régime seigneurial et la naissance d’un système fédéral avec l’Acte d’Union et la Confédération. Toutes aussi importantes sont les observations de l’auteur au sujet du développement, dans les années 1860, de méthodes de collectes de données plus scientifiques, spécialement dans les bureaux du vérificateur général et du ministère de l’Agriculture et de la Statistique. Tous les historiens, journalistes, analystes politiques, sociologues et démographes qui puisent des renseignements statistiques des recensements du Canada tireront profit de cette excellente étude, qui explique comment on recense la population canadienne et comment ce recensement s’articule autour des objectifs de l’État et des politiques sociales. Un des membres du jury a d’ailleurs dit : «De ce point de vue, l’ouvrage de Curtis deviendra sûrement un livre incontournable». Mentions honorables : Laurel Sefton MacDowell, Renegade Lawyer. The Life of J.L. Cohen. University of Toronto Press, 2001. Pour écrire Renegade Lawyer : The Life of J.L. Cohen, Laurel Sefton MacDowell a consulté un nombre impressionnant de sources primaires et secondaires; il en a résulté une biographie de facture classique, qui présente brillamment l’homme et son époque. L’auteure démontre de façon convaincante que Cohen a joué un rôle fondamental dans l’évolution du droit du travail et des relations industrielles au Canada dans les années 1930 et 1940. Certes, l’étude tire de l’oubli les contributions remarquables de cet avocat à l’histoire ouvrière du Canada, mais Laurel Sefton MacDowell ne s’arrête pas là. Elle met à profit son expertise en recherche sur les politiques de gauche, le mouvement ouvrier, l’ethnicité et les rapports de sexes pour produire l’attachant portrait biographique d’un individu qui a tenté, sans toujours y réussir, de forcer les contraintes économiques, ethniques, politiques et sexuelles qui ont marqué la culture juridique et la société canadienne en général dans la première moitié du XXe siècle. Laurel Sefton MacDowell prouve, avec une grande compétence, que l’art d’écrire la biographie se porte bien au Canada. Alan MacEachern, Natural Selections. National Parks in Atlantic Canada, 1935-1970. McGill-Queen’s University Press, 2001. Natural Selections est un ouvrage innovateur tissé autour du paradoxe fondamental nature/culture et dont la portée s’étend au-delà de l’histoire environnementale, fort bien décrite en introduction. MacEachern expose les contextes de création des parcs nationaux de l’Atlantique en relation avec leurs prédécesseurs de l’Ouest. Il démontre la complexité des enjeux qui sont de tout ordre, autant esthétique que sociopolitique ou écologique. Il cerne avec justesse les problèmes d’aménagement et de déplacement de population relatifs à la réalisation de ces enclaves «naturelles». Il aborde également l’histoire du tourisme et son incidence sur l’évolution des parcs, incluant la discrimination raciale sous-entendue dans les campagnes publicitaires et perpétrée par des responsables de certains établissements. MacEachern poursuit sa pénétrante interprétation en traitant de thèmes contemporains liés à notre perception de l’environnement, sans oublier la question de la représentation imagée du Canada. En outre, ce livre est écrit avec une plume remarquable qui apporte un vent de fraîcheur à notre histoire nationale. 2001Nancy Christie, Engendering the State : Family, Work, and Welfare in Canada. Toronto : University of Toronto Press, 2000. Ce livre est impressionnant à plusieurs points de vue, notamment son importance, son originalité, la qualité de sa recherche et la force générale de son argumentation. La portée de son analyse est largement fondée et couvre toute la période de la Première Guerre mondiale aux années de la Dépression, puis jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, dans le but d'examiner les relations complexes qui ont informé la politique publique, la famille et les rôles des hommes et des femmes. La recherche de madame Christie puise à un large éventail de documents historiques, manuscrits et imprimés, et si beaucoup de ses arguments concernent le Canada, elle n'hésite pas à faire d'importantes incursions dans l'histoire comparative. En outre, l'auteure réunit, à diverses étapes du livre, ses multiples sources pour réfléchir à la signification de chaque pièce du casse-tête puis à la vue d'ensemble du pouvoir familial et social. Consciente des lacunes de sa propre recherche, madame Christie fait preuve d'une aptitude surprenante à intégrer sa puissance d'intuition et d'analyse des rapports familiaux à une compréhension bien informée de riches sources secondaires. Madame Christie raconte minutieusement la défaite graduelle de l'idéal de la famille féministe maternel et victorien face au patriarcat renaissant des deux guerres mondiales et des années de la Dépression, et ce faisant, met au jour la rhétorique patriarcale sous-jacente de l'idéal du pourvoyeur de la politique sociale canadienne. Engendering the State enrichit considérablement notre compréhension de la manière dont l'État a influencé et a fini par façonner les concepts fondamentaux de politique sociale, de famille et de sexe. Mentions honorables : Gerald Friesen, Citizens and Nations : An Essay on History, Communications, and Canada. Toronto : University of Toronto Press, 2000. Le livre de Gerald Friesen est à la fois une œuvre de synthèse qui réunit les résultats des historiens économiques, politiques, sociaux et culturels des dernières années, et une œuvre parfaitement originale. Centrant son attention sur la manière dont les Canadiens «ordinaires» tentent de comprendre leur monde en évolution au sein des divers systèmes de communication, Friesen réussit à proposer une alternative utile aux approches plus traditionnelles et limitées de l'histoire canadienne fondée sur la classe, le sexe et la région. Cette nouvelle perspective lui permet de confronter les préoccupations des spécialistes qui soutiennent que les recherches historiques récentes ont négligé notre histoire nationale sans marginaliser les expériences et les préoccupations des groupes démunis de la société canadienne. Ce livre est parfaitement mis en contexte par une bibliographie savante internationale sur les nationalismes, les cultures et les communications. Les documents de choix de Friesen sont des récits personnels d'un large éventail de Canadiens qui sont présentés avec éloquence comme des exemples des grandes étapes de l'histoire socioculturelle canadienne. Par une étude attentive des documents, l'auteur examine la signification de la citoyenneté et de la nation dans l'expérience canadienne et offre de nouvelles façons intéressantes d'aborder les divers aspects de l'histoire canadienne. On reconnaît bien là l'œuvre d'un historien chevronné. Le livre de monsieur Friesen représente un formidable défi à la profession d'historien et doit être loué pour l'originalité de son approche et des perspectives qu'il nous offre. Il intéressera vivement non seulement les spécialistes, mais également un plus grand public intéressé au façonnement du Canada. Yvan Lamonde, Histoire sociale des idées au Québec (1760-1896), Vol I. Montréal, Fides, 2000. Le livre de Yvan Lamonde est un tour de force intellectuel et une œuvre d'une importance majeure dans le domaine de l'histoire intellectuelle du Canada français. L'impressionnante synthèse du premier volume propose un tout nouveau genre d'histoire sociale, genre qui, à ce jour, pointe à peine dans l'œuvre des autres spécialistes. Voilà une œuvre fort originale, riche de plusieurs années de recherche et d'une profonde réflexion. Lamonde, qui puise ses preuves à un vaste éventail de sources, vise large dans son traitement du changement social, des crises politiques et du développement des institutions civiles dans le Canada français des XVIIIe et XIXesiècles. À plusieurs reprises, il démontre une puissante compréhension du flot d'événements et d'idées qui façonne la vie culturelle et politique des Canadiens français, et caractérise la position unique du Québec dans le contexte des deux empires outre-mer. La clarté de l'argumentation de Lamonde est soutenue par son style élégant et son œuvre intéressera vivement un large public. En outre, comme premier volume d'une étude plus ample qui intégrera l'histoire intellectuelle du XXesiècle, le livre promet de nouvelles perspectives pour notre compréhension des origines complexes des idées politiques et sociales du Canada français. 2000H.V. Nelles, The Art of Nation-Building : Pageantry and Spectacle at Quebec's Tercentenary. Toronto : University of Toronto Press, 1999. Tout en s'intéressant plus particulièrement à un cas canadien, le livre de H.V. Nelles représente une importante contribution à la littérature internationale sur l'édification de la mémoire. L'auteur s'attaque au sujet exceptionnellement complexe de l'identité canadienne à l'époque édouardienne. Comme point de départ, il a choisi d'étudier les reconstitutions historiques présentées sur les Plaines d'Abraham pendant l'été 1908 pour célébrer le tricentenaire de la fondation de Québec. Il se sert de cet événement pour décrire les croyances, les allégeances politiques et les excentricités de tous ceux qui sont intervenus dans l'organisation des célébrations. Par son approche rigoureuse et multidimensionnelle, l'auteur montre bien la difficulté qu'ont eue les protagonistes à concevoir une représentation commune de la nation canadienne. H.V. Nelles s'inspire d'un ensemble impressionnant d'ouvrages érudits sur la construction du pouvoir, sur le modernisme, la sécularisation et l'utilisation de l'espace public, mais il évite délibérément de recourir au jargon savant des sciences sociales, qui risquerait de rendre le texte impénétrable aux lecteurs non initiés. L'auteur n'a pas oublié de traiter de la perspective des Premières nations et son analyse du rôle accessoire de la femme trace un portrait convaincant de la société québécoise au début du XXe siècle. La recherche est imposante et l'auteur a su habilement intégrer au texte des documents tirés de fonds privés, de journaux et de dépôts d'archives, ainsi que des documents visuels et des artefacts. Extrêmement bien rédigé - et c'est là que réside sa plus grande qualité - l'ouvrage de H.V. Nelles suscitera l'intérêt de nombreux lecteurs, hors des cercles universitaires. Mentions honorables : Patrice Groulx, Pièges de la mémoire : Dollard des Ormeaux, les Amérindiens et nous. Hull, Vents d'Ouest, 1998. Patrice Groulx nous présente ici une étude stimulante et innovatrice sur la mémoire collective qui s'est constituée autour du personnage de Dollard des Ormeaux et de la bataille du Long-Sault. L'homme et l'événement ont longtemps occupé une place prépondérante dans l'historiographie canadienne-française et l'auteur analyse non seulement les différentes interprétations qu'en ont faites les chercheurs, mais aussi l'iconographie, les sculptures et les célébrations qu'ils ont inspirées au cours des ans. Par une recherche approfondie et rigoureuse, Patrice Groulx campe Dollard dans le contexte de son époque et démêle le processus par lequel il s'ancra si fermement dans la mythologie canadienne-française. Le livre sert de rappel salutaire des nombreux «pièges» de l'historiographie et démontre comment s'est historiquement constitué le récit de l'opposition entre les Premières nations et un Québec nationaliste, récit que l'on colorait selon les causes que l'on voulait promouvoir. L'auteur a réussi une excellente analyse des textes, présentée dans un style accrocheur. L'organisation chronologique du contenu permet également au lecteur de suivre clairement le raisonnement de l'auteur et de pleinement saisir la complexité du réseau des facteurs sociaux, intellectuels et politiques qui a contribué à forger le personnage de Dollard des Ormeaux. Michael Bliss, William Osler. A Life in Medicine. Toronto : University of Toronto Press, 1999. Voilà un ouvrage marquant dans l'histoire de la médecine. Tout en nous entraînant sur les pas de William Osler, qui, de son Ontario profond se rendra à McGill, à Philadelphie et à Oxford, Michael Bliss trace non seulement le portrait d'un grand homme, mais nous dévoile aussi une importante page de l'histoire de la médecine et de la formation des médecins. Si l'ouvrage aborde un sujet connu, il révolutionne cependant le genre de la biographie en nous proposant ici un magistral modèle d'écriture. Plus encore, il vient combler une vaste lacune en mesurant l'apport de la science médicale dans l'histoire intellectuelle du triangle nord-atlantique à la fin du XIXe siècle. La recherche est fouillée et le livre, magnifiquement écrit, trace le portrait éminemment humain d'une idole médicale et explique pourquoi Osler en est devenue une. L'auteur intègre savamment dans son texte de précieux renseignements contextuels sur la profession médicale, sur les milieux dans lesquels Osler a vécu et travaillé, et sur l'état de la recherche scientifique en général à la fin du XIXe siècle. 1999Mary-Ellen Kelm, Colonizing Bodies : Aboriginal Health and Healing in British Columbia, 1900-1950. (UBC Press). Dans ce livre très bien écrit, Mary-Ellen Kelm examine la rencontre entre les Euro-Canadiens et les peuples aborigènes de la Colombie-Britannique sous l'angle de la santé et des méthodes de guérison. L'étude de Kelm ouvre de nouvelles perspectives sur un sujet qui, par ailleurs, n'est pas nouveau, soit celui des faiblesses et des conséquences des services de santé donnés aux peuples des Premières Nations. Kelm démontre que la santé du corps des autochtones a fait l'objet d'un débat majeur dans la province et que les concepts divergents sur les pratiques d'hygiène et de guérison, certains autochtones, d'autres approuvés par les représentants du gouvernement canadien, étaient quelquefois incompatibles, mais pouvaient néanmoins coexister. L'ouvrage repose sur une très vaste consultation de sources secondaires sur le corps, le colonialisme, l'ethnohistoire, l'archéologie et l'histoire médicale. Mary-Ellen Kelm se sert aussi efficacement et finement des récits à la première personne et des entrevues avec des anciens. Elle discute des contrastes qui surgissent de la confrontation de diverses sources de documentation, en évitant d'en prévilégier un plus qu'un autre. Dans l'ensemble, Colonizing Bodies est une importante contribution non seulement à l'histoire de la santé des autochtones au Canada, mais aussi au sujet plus large de la construction culturelle du colonialisme. Mentions honorables : Donald H. Avery, The Science of War : Canadian Scientists and Allied Military Technology during the Second World War. (University of Toronto Press). Le livre de Donald H. Avery vient combler une lacune de taille dans l'histoire de la contribution scientifique canadienne à la Deuxième Guerre mondiale. Le sujet est vaste et ambitieux, mais l'auteur réussit à bien situer les travaux des scientifiques canadiens dans le contexte de la guerre et dans celui plus large des relations avec les États-Unis et la Grande-Bretagne. Le livre montre également la pertinence des recherches des scientifiques canadiens aux questions de sécurité d'État et de dissidence qui surgirent pendant les années de guerre. Les débats d'éthique soulevés au début du XXe siècle sur la recherche scientifique à des fins militaires continuent de préoccuper les scientifiques et les politiciens d'aujourd'hui : le livre de Donald Avery apporte donc des arguments importants aux discussions actuelles sur le rôle de l'État dans la recherche scientifique et sur les conflits opposant la science pure et la morale. L'étude de Avery repose sur une recherche solide et bien fouillée dans les documents gouvernementaux et les fonds privés, et contribue à éclairer et à rendre plus accessible un domaine considéré comme très technique. Dominique Marshall, Aux origines de l'État-providence. (Presses de l'Université de Montréal). L'ouvrage de Dominique Marshall sur les origines de l'État-providence au Québec constitue une importante contribution à l'historiographie québécoise. Se penchant sur plusieurs programmes législatifs présentés dans la province au début des années 1940, l'auteur retrace les liens complexes qui unissent la famille, la société, l'économie, la réforme et l'État à l'époque de la mise en place du premier programme universel d'aide sociale au Canada. Marshall explique que l'on a attribué les réformes au régime Duplessis et à l'avènement de la Révolution tranquille; toutefois, elle précise qu'elles ont aussi été le fruit d'un processus continu qui ne dépendait pas uniquement des bureaucrates, mais auquel ont pris part également les parents et leur famille, ainsi que les personnes chargées d'appliquer les lois au gouvernement, dans les conseils scolaires et dans les écoles. Dominique Marshall a minutieusement examiné les documents gouvernementaux et les sources secondaires pertinentes, ce qui lui permet d'aborder dans une large perspective les questions d'histoire culturelle et institutionnelle. Aux origines de l'État-providence offre une étude stimulante de divers sujets importants relatifs à l'État-providence, au gouvernement, à la famille et à la société québécoise dans une période de transition. 1998Jonathan F. Vance, Death So Noble : Memory, Meaning, and the First World War, (UBC Press) Mention spéciale : Elizabeth Vibert, Traders' Tales : Narratives of Cultural Encounters in the Columbia Plateau, 1807-1846, (University of Oklahoma Press) James W. St. G. Walker, 'Race,' Rights and the Law in the Supreme Court of Canada, (The Osgood Society for Canadian Legal History and Wilfrid Laurier University Press, 1997) 1997Gérard Bouchard, Quelques arpents d'Amérique, (Montréal : Boréal) Mention spéciale : Bruce Kidd, The Struggle for Canadian Sport, (University of Toronto Press) James R. 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