| Les prix sont attribués à des œuvres méritoires ou contributions exceptionnelles d’individus ou d’organismes à l’histoire régionale. Sont admissibles les études qui traitent de tout thème et de toute période en histoire régionale, Les prix seront décernés à l'assemblée annuelle de la Société, en mai 2012 à l’Université de Waterloo et l’Université Wilfrid-Laurier. Les membres des jury 2011 sont: CANADA ATLANTIQUE
Dr. Heidi MacDonald (présidente) tment of History University of Lethbridge 4401 University Drive Lethbridge, AB T1K 3M4 heidi.macdonald@uleth.ca Dr. Willeen Keough Department of History Simon Fraser University 8888 University Drive Burnaby, BC V5A 1S6 wkeough@sfu.ca Dr. Nicole Lang Secteur des Sciences humaines Université de Moncton Campus d'Edmundston 165, boulevard Hébert Edmundston, N.-B. E3V 2S8 nlang@umce.ca ONTARIO
Dr. Catharine Wilson (présidente) Department of History University of Guelph Guelph, ON N1G 2W1 cawilson@uoguelph.ca Dr. Andrew C. Holman Professor of History & Canadian Studies Bridgewater State University 236 Tillinghast Hall Bridgewater, Mass. 02325 a2holman@bridgew.edu Dr. Michelle Hamilton Department of History University of Western Ontario Lawson Hall, Room 1223 London, Ontario N6A 5B8 mhamilt3@uwo.ca QUÉBEC Dr. Benoît Grenier (pésident) Département d'histoire Faculté des lettres et sciences humaines Université de Sherbrooke Sherbrooke, QC J1K 2R1 benoit.grenier2@usherbrooke.ca Dr. Karine Hébert Département des lettres et humanités Université du Québec à Rimouski 300, allée des Ursulines Rimouski, QC G5L 3A1 karine_hebert@uqar.qc.ca Dr. Johanne Daigle Département d’histoire Faculté des lettres Pavillon Charles-De-Koninck 1030, av. des Sciences humaines Québec, QC G1V 0A6 johanne.daigle@hst.ulaval.ca LES PRAIRIES
Dr. Esyllt Jones (présidente) Department of History University of Manitoba 403 Fletcher Argue Building Winnipeg, MB R3T 2N2 jonese@cc.umanitoba.ca Dr. George Colpitts Department of History The University of Calgary SS614 - 2500 University Dr. N.W. Calgary, AB T2N 1N4 colpitts@ucalgary.ca
Dr. Jeremy Mouat The University of Alberta,Augustana Campus 4901 - 46 Avenue Camrose, Alberta T4V 2R3 jmouat@ualberta.ca LA COLOMBIE-BRITANNIQUE
Campbell (présidente) Department of Gender, Sexuality, and Women's Studies Simon Fraser University 8888 University Drive Burnaby, BC V5A 1S6 lcampbel@sfu.ca Dr. James Murton Department of History Nipissing University 100 College Dr, Box 5002 North Bay, ON P1B 8L7 jmurton@tookish.org Dr. John Lutz Department of History University of Victoria P.O. Box 3045 STN CSC Victoria, B.C. V8W 3P4 jlutz@uvic.ca LE NORD (YUKON ET TERRITOIRES DU NORD-OUEST)
Dr. John Sandlos (président) Department of History Memorial University of Newfoundland St. John's, NL A1C 5S7 jsandlos@mun.caDr. Matthew Farish
Department of Geography University of Toronto 100 St. George Street, Room 5047 Toronto, ON M5S 3G3 farish@geog.utoronto.ca
Dr. Liza Piper Department of History & Classics 2-28 Henry Marshall Tory Building University of Alberta Edmonton AB T6G 2H4 liza.piper@ualberta.ca La SHC décerne ses prix Clio aux meilleurs livres en histoire régionale, ainsi qu'aux individus ou aux sociétés historiques qui ont fait des contributions importantes à l'histoire locale et régionale.
Lauréats des prix Clio
2011 Le Canada atlantique Dean Bavington. Managed Annihilation: An Unnatural History of the Newfoundland Cod Collapse. En une prose lucide et très accessible, Dean Bavington nous offre une explication perspicace et souvent dérangeante sur la façon dont « l’extinction de la morue du Nord a été scientifiquement gérée» (2). Bavington retrace l'histoire de l'écologie de gestion et son hégémonie dans le discours et les pratiques environnementales du XXe siècle. Bavington appelle à un changement de direction vers une écologie morale. L’hétérodoxie de Bavington aura ses détracteurs, néanmoins, son défi de repenser notre conviction que nous sommes en mesure de contrôler la nature nous rappelle que nous avons déjà vu ce genre de certitude hautaine et défectueuse. Son intervention est à la fois opportune et importante.La Colombie-BritanniquePrix du livreKeith Thor Carlson. The Power of Place, The Problem of Time: Aboriginal Identity and Historical Consciousness in the Cauldron of Colonialism. C'est un livre riche et innovateur qui réinvente la façon dont les historiens pourraient faire l'histoire des Autochtones. Il rassemble les outils méthodologiques de l'ethnographie, l'archéologie, la géographie, l'anthropologie ainsi que l'histoire archivistique et orale pour examiner l'identité culturelle dynamique des communautés autochtones de la vallée du bas Fraser. La profondeur de la recherche et l'analyse est toujours impressionnante alors que Carlson examine habilement la difficile question de l’identité du groupe local par rapport à l’identité du groupe dans son sens le plus large. Une lecture indispensable pour quiconque veut saisir l'histoire des Premières nations sous une nouvelle lumière. C’est un livre engageant, bien écrit et important.Prix de distinction honorifique Le Comité du prix Clio pour la Colombie-Britannique est heureux de présenter un prix de distinction honorifique à Robert A.J. McDonald. Tout au long de sa carrière à l'Université de la Colombie-Britannique, les bourses d'études, l'enseignement et les contributions de Robert McDonald ont considérablement élargi notre connaissance de l'histoire de la Colombie-Britannique. Ses publications portent principalement sur l'histoire urbaine, économique et sociale, dont Making Vancouver: Class, Status, and Social Boundaries, 1863-1913, quatre collections coéditées et de nombreux chapitres de livres et articles de revues. Un savant dédié, rédacteur en chef, intellectuel et professeur, Bob McDonald est un digne récipiendaire de ce prix et le comité le remercie pour sa contribution continue à l'étude historique de la Colombie-Britannique. Le Nord Vuntut Gwitchin First Nation and Shirleen Smith. People of the Lakes: Stories of Our Van Tat Gwich’in Elders/Googwandak Nakhwach’ànjòo Van Tat Gwich’in.
People of the Lakes est un vaste projet d’histoire orale du peuple Gwich'in Van Tat du nord du Yukon raconté en grande partie dans leurs propres mots. Visuellement, le livre est superbe avec des photographies d'archives et images contemporaines agissant comme compagnons essentiels de l'histoire du territoire qui sont si importants dans les entretiens. People of the Lakes, une méditation sur le lieu, l'identité, la tradition, le changement social et culturel et la communication des savoirs de génération en génération, est sans aucun doute l’une des meilleures histoires orales communautaires qui a été créée dans le Nord canadien. L'Ontario Michelle A. Hamilton. Collections and Objections: Aboriginal Material Culture in Southern Ontario, 1791-1914. Œuvre d’une grande richesse de détails, Collections and Objections: Aboriginal Material Culture in Southern Ontario de Michelle Hamilton examine les questions multiples et les personnalités impliquées dans la collection d'objets ethnographiques et archéologiques dans le sud de l'Ontario entre 1791 et 1914. Le livre démontre une connaissance très poussée d'une gamme impressionnante de matières premières et une recherche archivistique exhaustive. Habilement écrit et véritablement multidisciplinaire, le livre renferme les plus récentes études sur la culture matérielle, l'anthropologie, l'histoire publique et le colonialisme. L'auteur montre de façon convaincante la façon dont les récits contestés sur la collecte de la culture matérielle autochtone au XIXe siècle continuent à informer les domaines professionnels de l'archéologie, l'ethnographie et la muséologie.Les Prairies Brenda Macdougall. One of the Family: Metis Culture in Nineteenth-Century Northwestern Saskatchewan.One of the Family développe une approche méthodologique innovante en combinant les outils de la généalogie avec les sources historiques plus traditionnelles pour produire une histoire nuancée des familles métisses de la Saskatchewan du nord-ouest. Le livre offre un jeu subtil la voix des Métis et celles d'observateurs/participants. Le Comité a aussi apprécié les remises en cause fréquentes de l'auteur des interprétations euro-centriques de l'histoire des Métis et sa tentative de rééquilibrer l'histoire en faveur d'une plus grande reconnaissance des modes de vie autochtones et la perméabilité entre les cultures «indienne» et «métisse». Macdougall souligne le lien autochtone à la nation et la famille et ouvre de nouvelles voies pour la recherche méthodologique et historiographique.Le Québec Andrée Lévesque. Éva Circé-Côté : libre-penseuse, 1871-1949. Les biographies publiées par des historiens sont rares au Québec, celles qui retracent toute la trame sociale et culturelle d’une époque le sont encore plus. Éva Circé-Côté, : libre-penseuse, d’Andrée Lévesque, s’impose ainsi à la suite d’une démarche pionnière en faisant la jonction entre l’histoire des femmes et celle des milieux montréalais «d’avant-garde». Andrée Lévesque a su relever des défis colossaux de par son expertise du genre biographique et sa connaissance approfondie de l’époque et des milieux étudiés. Si l’ouvrage rejoint divers lectorats, il apporte un éclairage inédit sur le milieu culturel montréalais « d’avant-garde » en nous introduisant dans ce réseau d’écrivains inspirés des mouvements français parnassien, romantique et symboliste. _____________________________________________________________ 2010
Béatrice Craig. Backwoods Consumers and Homespun Capitalists: The Rise of a Market Culture in Eastern Canada.
Le travail de Béatrice Craig portant sur la région de Madawaska et ses études sur la vie économique dans les communautés rurales sont réputés, entre autres, pour leurs explorations approfondies de la production intérieure, des genres, et de la transmission des richesses de génération en génération. Ces thèmes comptent d’ailleurs parmi ceux que l’auteure traite en détail dans Backwoods Consumers and Homespun Capitalists: The Rise of a Market Culture in Eastern Canada (UTP 2009). Ce livre examine la façon dont l’emplacement géographique du territoire de Madawaska, la nature de ses ressources et son statut politique incertain au cours de la majeure partie de la période à l’étude, ont fait en sorte qu’il fasse partie de trois régions se chevauchant, c’est-à-dire le Nouveau-Brunswick, le Bas-Canada et la Nouvelle-Angleterre. Backwoods Consumers and Homespun Capitalists contribue grandement à l’histoire économique du Nouveau-Brunswick et à notre compréhension collective des économies des colonies en général. Béatrice Craig met à profit une excellente maîtrise des données de sources originales ainsi qu’une solide et importante historiographie, ce qui lui permet de présenter une analyse convaincante qui tient compte à la fois des particularités de la région en question, tout en la situant dans le contexte plus large de l’évolution de la structure commerciale capitaliste. Selon l’auteure et pour reprendre son image, l’économie moderne ne se trouvait pas dans les coulisses, toute prête et n’attendant que la première occasion pour monter sur scène, mais découle plutôt d’un ensemble de mesures prises par une myriade d’individus s’efforçant de trouver des solutions à des problèmes dont ils ne connaissaient pas très bien les causes. Et cette conclusion représente un défi pour la réinterprétation du développement économique dans les contextes coloniaux. La Colombie-Britannique
Becki L. Ross. Burlesque West: Showgirls, Sex, and Sin in Postwar Vancouver.
Burlesque West traite de la fascinante histoire sociale de l’industrie du divertissement pour adulte, plus précisément de l’effeuillage à Vancouver au cours des décennies qui ont suivi la Deuxième Guerre mondiale. À partir d’une recherche archivistique importante ainsi que d’entrevues menées auprès de cinquante anciennes danseuses, de propriétaires de club, de musiciens, de chorégraphe et d’agents artistiques, ce livre place au premier rang la voix des marginaux victimes de calomnies, leur redonnant ainsi une certaine fierté. Becki Ross fait ressortir la perception qu’ont les danseuses de leur travail et qui pourrait correspondre à une forme d’athlétisme professionnel, sans édulcorer les conditions difficiles qui s’y rattachent. Selon elle, la scène burlesque de Vancouver a été un moteur important dans le développement des économies locales et touristiques. L’auteure compare de manière frappante les clubs de striptease des deux extrémités de la ville, mettant ainsi en évidence les différences entre les ethnies et les classes que peu de chercheurs de Vancouver ont explorées. Elle arrive de façon convaincante à démontrer que l’univers de l’effeuillage fait réellement partie de l’histoire du travail, ce qui constitue un autre des principaux apports du livre. Par ailleurs, ses interviews avec d’anciennes danseuses l’ont amenée à considérer ces dernières comme beaucoup plus que de simples travailleuses devant composer avec des conditions se dégradant et des dangers sur les lieux de travail, et voyant leurs efforts de se syndiquer sans cesse obstrués. Son étude évalue le commerce, la sexualité, les rapports hommes-femmes, l’ethnicité et la moralité, autant d’enjeux complexes et apparentés qui renseignent sur la vie de ces femmes et des propriétaires de clubs. Elle tient compte de l’importante évolution qui s’est produite au fil du temps, des changements au niveau des styles de présentations et des attentes du public ayant entraîné ce que les personnes interrogées semblent percevoir comme une « déqualification » de l’industrie. Contribution grandement originale à l’historiographie, ce livre, très facile à lire, est certainement digne du prix Clio Colombie-Britannique. LE NORDPrix du livreLiza Piper. The Industrial Transformation of Subarctic Canada. Vancouver: UBC Press, 2009.C’est avec plaisir que nous décernons le prix Clio Nord à Liza Piper pour The Industrial Transformation of Subarctic Canada, une étude très consciencieuse et pénétrante, fruit d’une sérieuse recherche. Liza Piper présente bien les principaux acteurs de la région –bureaucrates, cadres d’entreprise, ingénieurs, travailleurs d’usine et Autochtones – mais les changements environnementaux survenus dans la vaste région entourant les lacs du Canada subarctique, incluant le Grand lac de l’Ours, le Grand lac des Esclaves, le bassin d’Athabasca et le lac Winnipeg, demeurent au cœur de son ouvrage. La région subarctique s’est beaucoup industrialisée de 1921 à 1960, des entreprises comme Eldorado, Cominco, Gunnar, Giant et Imperial Oil y menant des activités d’exploitation minière, de pêche et d’extraction pétrolière. L’auteure examine le développement du Nord et sa transformation industrielle avec l’œil d’une historienne de l’environnement chevronnée, en en mesurant certaines des conséquences, dont les sérieux impacts écologiques des résidus miniers, des nouvelles voies de communication, des rivières endiguées et de la mortalité massive de poissons. Elle entremêle également l’histoire liée à l’État, le monde de l’entreprise en Amérique du Nord, les prospecteurs autochtones, les pêcheurs et les ouvriers ainsi que les travailleurs et les professionnels extérieurs, ce qui lui permet de jumeler un ensemble de personnages et d’événements de manière à former une trame complexe qui rappelle peu la traite des fourrures d’autrefois. Comme tout bon livre sur l’histoire de l’environnement, celui-ci nous porte à déplorer l’intrusion destructive et perturbatrice du « progrès » venant rivaliser avec l’idée d’un traitement plus durable des lacs. De plus, il nous pousse à considérer la résilience des Autochtones face à de tels changements, ainsi que l’interaction créative entre le travail humain et le processus naturel qui est à la source des paysages industriels qu’on retrouve dans l’environnement subarctique.Prix de distinction honorifique William Morrison vient de prendre sa retraite après quarante ans de services. Il a commencé sa carrière comme professeur à l’Université de Brandon en 1969, pour la poursuivre brillamment et occuper, à partir de 1991, plusieurs postes administratifs à l’Université du nord de la Colombie-Britannique. En tant que chercheur, il se distingue comme « northernist », suivant les traces de son mentor Morris Zaslow. William Morrison a encouragé les historiens non seulement à situer le Nord dans le cadre national, mais également à comprendre le développement qui s’y inscrit et les identités qui s’y expriment dans le contexte même des communautés et des régions. En ce sens, il a été innovateur et a permis à l’histoire du Nord canadien de prendre de nouvelles directions. On peut dire qu’à bien des égards, son œuvre a remodelé le domaine. William Morrison a publié deux livres, Showing the Flag and True North: The Yukon and Northwest Territories, ainsi que treize monographies et plusieurs articles en collaboration avec Ken Coates. Son dernier livre cosigné, Arctic Front: Defending Canada in the Far North, a remporté le prestigieux prix Donner 2009 pour le meilleur livre canadien sur la politique publique. William Morrison a stimulé l’intérêt des étudiants des trois cycles universitaires pour le Nord et a grandement contribué à enrichir le domaine. Nous espérons qu’il continuera à nous transmettre ses connaissances du Nord canadien tout en profitant d’une confortable retraite à Kelowna, en Colombie-Britannique. ONTARIOSharon Wall. The Nurture of Nature: Childhood, Antimodernism, and Ontario Summer Camps, 1920-55. Vancouver: UBC Press, 2009.Cette étude plaisante et accessible examine les camps d’été, un phénomène principalement ontarien au Canada. Selon l’auteure, si l’idée du camp d’été découle d’un mouvement antimodernisme, elle est en réalité fondamentalement ancrée dans le modernisme. En effet, les moniteurs de camp essayaient d’ordonner et de contrôler les paysages « naturels », ainsi que d’en tirer profit. Sharon Wall étudie les camps privés élitistes, les camps dirigés par des associations telles que les Guides, ainsi que les camps de plein air soutenus par des organismes de charité et offerts aux défavorisés de la ville, prenant en considération les aspirations, parfois contradictoires, des moniteurs, des parents et des enfants. Elle utilise de façon nuancée un grand éventail de sources orales et documentaires alors qu’elle suit de près les tensions entre les idéaux culturels divergents. En se fondant sur des études antérieures portant sur les aires naturelles, ce livre fournit de nombreux apports de valeur à notre compréhension du modernisme en Ontario, incluant des idées sur l’enfance et la jeunesse, la culture de consommation, le rôle des sexes, les loisirs, les classes sociales et les races. LES PRAIRIESRoyden Loewen and Gerald Friesen. Immigrants in Prairie Cities: Ethnic Diversity in Twentieth-Century Canada. Toronto: University of Toronto Press, 2009.Ce livre innovateur cosigné par Royden Loewen et Gerald Friesen entrelace les études sur les immigrants et sur l’ethnicité et celles sur l’espace géographique, notamment l’espace urbain des Prairies, dans le but de proposer une nouvelle façon de conceptualiser de l’Ouest. Construit de façon chronologique, l’ouvrage met l’accent à la fois sur la continuité et le changement à travers le temps, tout en liant ces facteurs aux changements économiques, culturels, sociaux et politiques plus vastes survenus sur les plans régional, national, voire international. Ainsi, les auteurs démontrent comment les gens qui ont immigré vers les villes des Prairies ont lutté pour conserver leur identité ethnique alors qu’ils étaient confrontés au nativisme et au développement de la conscience communautaire, deux phénomènes étroitement liés. Ils étudient l’évolution des attitudes culturelles au cours du vingtième siècle, due en partie aux changements dans les politiques d’immigration ainsi qu’aux répercussions des conflits internationaux, mais aussi aux nouveaux rythmes qui ont été adoptés à l’intérieur même des villes. Les communautés religieuses ont forgé et ancré les identités ethniques. Puis, les progrès en matière de transports et de communication sont venus accentuer les écarts entre les identités. En effet, les individus et les familles ont pu se dresser de nouvelles « cartes mentales » sur lesquelles situer à la fois leur lieu d’origine et leur nouvelle communauté, et cela, de façon à pouvoir communiquer facilement avec l’un comme avec l’autre, ou même de pouvoir s’y rendre sans difficulté. Après Diefenbaker, l’uniformité de l’identité canadienne est devenue un mythe de l’Ouest, mais comme le démontrent les auteurs, il arrivait souvent que les politiques provenant des hautes instances ne soient pas synchronisées avec les mesures mises en œuvre à l’échelle régionale. Les festivals folkloriques, qui se sont multipliés durant la deuxième moitié du siècle, ont permis non seulement de créer des caricatures des coutumes ethniques, mais aussi de préserver des liens importants, et sûrement romancés, avec les traditions « vieux comté » d’une autre époque.L’importance de ce livre se situe sur au moins deux plans qui valent la peine d’être mentionnés. Dans un premier temps, les auteurs réunissent les documents qui ont été réalisés récemment et qu’on a parfois perçus comme une série d’études communautaires ou ethniques trop disparates et éclectiques. En faisant de la sorte, ils brossent un portrait plus complet et approfondi du processus complexe qu’est celui de la formation de la communauté urbaine des Prairies, qui tient compte à la fois des thèmes bien connus de l’accommodation et de la résistance, et d’autres moins souvent abordés tels que les dynamiques familiales interethniques et les conflits sévissant au sein d’une même ethnie. Dans un deuxième temps, l’analyse des auteurs met étroitement l’accent sur la vie urbaine des Prairies dont on fait trop souvent fi, en déterminant les caractéristiques qui sont propres à la région ainsi qu’en mettant en contexte l’expérience que connaît l’immigrant dans cet ensemble de communautés sous-représentées de l’Ouest.QUÉBECÉric Bédard. Les Réformistes. Une génération canadienne-française au milieu du XIXe siècle. Montréal : Boréal, 2009. L’ouvrage d’Éric Bédard constitue une œuvre majeure. Une œuvre féconde parce que solidement ancrée dans le présent et dont la lecture soulève des questions nombreuses et pertinentes. Une œuvre d’importance surtout par l’éclairage nouveau qu’elle jette sur les leaders d'une période somme toute encore méconnue de l’histoire du Québec, soit celle allant des rébellions de 1837-1838 à la Confédération. De cette génération réformiste qui a joué un rôle significatif dans la vie politique et sociale de cette époque, Éric Bédard étudie notamment les figures emblématiques que sont Étienne Parent, Louis-Hippolyte LaFontaine et George-Étienne Cartier. Il se penche également sur certains personnages moins connus, Joseph-Édouard Cauchon et Antoine Gérin-Lajoie entre autres. Ce sont une dizaine d’hommes qui forment cette « nébuleuse réformiste » qui a orienté les décisions prises au nom de la nationalité canadienne-française (p. 15) et dont Bédard a fait l’objet de son étude.Après une introduction exemplaire et limpide, l’ouvrage se décline en six chapitres qui ont pour objectif de comprendre la pensée réformiste tant sur le plan politique qu’économique, social, religieux ou encore national. La démonstration est solide, bien documentée et elle apporte une contribution originale au débat sur la modernité du Québec dont les réformistes paraissent témoigner. Sur le plan historiographique, l’auteur, pragmatique, prend franchement position dans plusieurs débats, et il le fait sans complexe par rapport à ses devanciers. Par son style alerte et la clarté des idées exprimées, Les Réformistes pose un jalon important dans l’actuelle entreprise de revalorisation de l’histoire politique et nationale du Québec.___________________________________________________________ 2009 Atlantique
John Reid, avec contributions de Emerson W. Baker, Essays on Northeastern North America: Seventeenth and Eighteenth Centuries. Toronto: University of Toronto Press, 2008. Ce recueil d’articles sur l’Amérique du Nord-Est témoigne des profondes transformations que les travaux de John Reid ont fait connaître à l’historiographie des 17e et 18e siècles dans la région de l’Atlantique et au-delà. Les trois textes de la première partie, intitulée Colonial Habitation, illustrent les possibilités et les problèmes de l’empire à ses marges – ce que Reid appelle « la fragilité de l’habitation coloniale ». Sous le titre Imperial Challenge, le deuxième groupe de textes révèle à quel point l’ordre colonial se négociait sur la base de la fragilité, tandis que la troisième partie, Aboriginal Engagement, étudie de façon rigoureuse la réponse autochtone aux incursions et aux établissements coloniaux. La quatrième partie, Commemoration, réfléchit aux différentes manières dont on a pensé et présenté les commémorations historiques de l’Amérique du Nord-Est. L’ouvrage comprend une introduction, treize textes répartis en quatre parties et un épilogue; deux textes ont été écrits en collaboration avec Emerson W. Baker. L’ensemble illustre l’importante contribution de Reid à une histoire reconceptualisée de la région atlantique. Colombie-BritanniqueJohn Lutz, Makúk: A New History of Aboriginal-White Relations . Vancouver: University of British Columbia Press, 2008. Makúk étudie de façon novatrice les échanges, les conflits de sens, les relations interculturelles et le travail. Le mot « Makúk », terme employé dans le jargon Chinook sur la côte pacifique nord-ouest à la fin du 18e siècle, est une invitation à commercer, à échanger. Dans son livre, John Lutz décline ce simple mot pour développer une étude riche de la mobilité du travail salarié, des histoires communales, des histoires spécifiques à une industrie, et du développement économique de la Colombie-Britannique. Conçues avec soin, les études de cas portant sur l’expérience de divers groupes, comme les Lekwungen et les Tsilhqot’in, nuancent et approfondissent les analyses schématiques de l’évolution du travail autochtone, des politiques sociales et des idées sur le travail. La profondeur de la recherche en archives et la confrontation à la littérature théorique internationale impressionnent. Il en va de même pour l’emploi résolu de nouveaux modes d’investigation historique, qui placent l’histoire orale au cœur de l’analyse. Makúk repense l’histoire de la Colombie-Britannique au moyen d’un récit analytique complexe, tout en modélisant une approche qui rend la recherche savante plus accessible. Au lieu de se cacher derrière une langage spécialisé, le texte introduit des idées difficiles en termes simples; la mise en pages utilise l’iconographie et les documents d’archives pour interrompre le récit et soulever de nouvelles questions. Ce livre aide à rajeunir certains domaines de l’histoire de la province que l’on croyait bien compris. Il aura une influence importante sur l’historiographie de la Colombie-Britannique, du Canada et du monde. Prix honorifiqueLe jury du prix Clio–Colombie-Britannique souhaite souligner la contribution importante de Jean Barman à l’historiographie de la province au cours de sa carrière distinguée au département d’éducation de l’Université de la Colombie-Britannique. L’œuvre de Jean Barman est considérable. Sa synthèse sur l’histoire de la province, The West Beyond the West, est un classique qui a trouvé une vaste audience dans tout le pays. Elle a écrit ou dirigé dix-huit autres livres et publié plus de cinquante articles sur l’histoire de la Colombie-Britannique. Ses travaux ont été récompensés pour avoir contribué à élargir les horizons de l’historiographie provinciale et nationale. Elle a reçu (deux fois, en 1992 et 2002) le Prix Clio-BC pour le meilleur livre en histoire de la Colombie-Britannique, la Médaille du Lieutenant-gouverneur en histoire (2004), et elle a été reçue à la Société royale du Canada en 2002. Elle a supervisé des jeunes chercheurs dans son université comme au Canada et en Amérique du Nord, apportant un soutien décisif au renouvellement de l’historiographie. En plus de son parcours universitaire distingué, Jean Barman a joué un rôle important comme intellectuelle. Elle a été au cœur du projet de revitalisation du musée de Vancouver, chroniqueuse à l’émission « Almanac » de la radio de CBC, directrice du BC Heritage Trust, directrice de la Pacific Book World News Society, et membre du comité du conseil municipal de Vancouver sur le Downtown Historic Greenway. En toutes ces occasions, sa recherche a informé son engagement citoyen et enrichi le débat public de la province. Le NordLe comité du prix Clio pour le Nord a le plaisir de décerner un certificat de mérite à la Montréalaise Dorothy Harley Eber pour sa contribution à l’histoire du Canada nordique. Bien qu’elle ne soit pas formée dans la discipline historique, Harley Eber a passé les quarante dernières années à parcourir l’Arctique comme journaliste et, plus récemment, pour interviewer les Anciens des Inuits. Seule ou en collaboration, elle a publié cinq ouvrages sur le Grand Nord canadien : Pitseolak, le livre d’images de ma vie (1972); People From Our Side: A Life Story With Photographs (1993); When the Whalers Were Up North: Inuit Memories From the Eastern Arctic (1996); Images of Justice: A Legal History of the Northwest Territories as Traced through the Yellowknife Courthouse Collection of Inuit Sculpture (1997); et Encounters on the Passage: Inuit Meet the Explorers (2008). Ce dernier ouvrage, paru récemment chez University of Toronto Press, témoigne de son talent remarquable pour rendre compte de façon vivante des récits des Anciens inuits à propos de la rencontre des premiers explorateurs européens avec les peuples indigènes du Nord. Harley Eber a collaboré avec de nombreux Anciens, conteurs, artistes et interprètes inuits. Elle a écouté respectueusement leurs histoires et les a transmises. Elle a fait œuvre d’interprète au profit des lecteurs du Sud, en leur faisant connaître des représentations artistiques de même que le point de vue inuite sur la rencontre avec les Européens. Les entrevues orales qu’elle a réalisées constituent une importante archive de l’histoire inuite, et ses livres ont permis une meilleure compréhension des cultures inuites du Grand Nord. OntarioCatharine Anne Wilson, Tenants in Time: Family Strategies, Land, and Liberalism in Upper Canada, 1799-1871. Montréal, McGill-Queen’s University Press, 2009. Dans cette étude à la fois fascinante et accessible, Catherine Anne Wilson s’en prend avec succès à des présupposés fondamentaux concernant l’histoire de la colonisation de l’Ontario. Selon elle, les valeurs concernant la terre qui sont inhérentes à la pensée libérale ont conduit les historiens à se concentrer presque exclusivement sur les propriétaires de terres. Pourtant, le Haut-Canada comportait une part importante de locataire ruraux. Wilson montre que le phénomène de la location se trouve en fait au cœur du développement économique, social, politique et idéologique de la colonie. Elle étudie pour ce faire l’éventail des situations de location, les rapports propriétaire-locataire et le droit qui les régit, les divergences entre le droit et la pratique, de même que la location comme stratégie familiale visant la sécurité et la mobilité. Quoique la location ne fît pas partie de l’idéal libéral dominant, elle jouait un rôle vital dans son fonctionnement. L’ouvrage est le résultat de recherches minutieuses et approfondies, mais le lecteur n’est jamais plongé dans une mer de détails ou de statistiques. Une étude de cas microhistorique, celle d’un canton de Northumberland County, éclaire de manière vivante la thèse de l’auteure. PrairiesSarah Carter, The Importance of Being Monogamous: Marriage and Nation Building in Western Canada to 1915. Edmonton: University of Athabasca Press and University of Alberta Press, 2008. Ce livre s’ajoute aux travaux en histoire sociale et coloniale qui innovent en examinant les ra2009-06-16on-building et l’expansion de l’empire. Avant 1870, l’Ouest était composé de cultures variées et complexes pratiquant diverses formes de mariage. Malheureusement, pour les Euro-Canadiens cette diversité matrimoniale, synonyme de désorganisation sociale et d’immoralité, devait être changée. En étudiant l’introduction du mariage chrétien monogame, Sarah Carter retrace le processus par lequel l’État eurocanadien impose son hégémonie culturelle, économique et politique aux Prairies. Elle montre que la création d’une société de colons blancs dans l’Ouest canadien (fondée sur l’agriculture, une identité européenne-canadienne et des normes de genres particulières) n’avait rien de naturel ou d’inévitable. L’ouvrage de Carter apporte aussi une contribution à l’histoire de la sexualité, du droit, du genre et des politiques publiques. Elle y nuance la croyance populaire voulant que le mariage soit par définition monogame, hétérosexuel, universel et immuable. Elle démontre que la nostalgie des conservateurs pour des temps plus simples, où les rôles de genre tenaient fermement en place (le mari chef et soutien de la famille, l’épouse dépendante, obéissante et soumise) repose sur une vision imaginaire du passé. La construction du mariage monogame « normal » fut un choix délibéré et relativement récent du groupe social qui impose sa domination dans l’Ouest au tournant du XXe siècle. Le fait que ce livre paraisse chez Athabaska University Press doit aussi être signalé. Ce joueur relativement nouveau dans le monde de l’édition universitaire s’est donné pour mission d’abattre les obstacles à l’éducation en rendant son catalogue aussi accessible que possible. Ses livres (y compris celui-ci) sont disponibles en ligne, gratuitement, en format électronique. The Importance of Being Monogamous, en plus de faire une contribution importante au savoir, devrait donc rejoindre un vaste auditoire. QuébecMarc Vallières et coll., Histoire de Québec et de sa région, 3 tomes. Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2008. C’est avec plaisir que le comité décerne le prix Clio-Québec 2009 à l’ouvrage Histoire de Québec et de sa région, de Marc Vallières, Yvon Desloges, Fernand Harvey, Andrée Héroux, Réginald Auger, Sophie-Laurence Lamontagne et André Charbonneau. Un travail de grande envergure, cette étude magistrale en trois tomes trace l’histoire de la ville de Québec et de la région qui l’entoure de leurs débuts jusqu’à nos jours. Parmi les nombreuses qualités de cet ouvrage, les membres du jury aimeraient souligner les suivantes : la recherche imposante à partir de sources et d’études anciennes et récentes; la rigueur de l’analyse; la capacité de situer Québec et sa région dans un contexte géographique beaucoup plus vaste; l’attention portée à tous les résidants de Québec (Amérindiens et Européens; catholiques et protestants; francophones et anglophones; hommes, femmes et enfants); et un souci marqué pour le détail. Mentionnons enfin l’abondance d’illustrations, de graphiques et de tableaux très utiles et la clarté de la prose. Somme toute, Histoire de Québec et de sa région est une synthèse ambitieuse et impressionnante qui deviendra une référence incontournable pour tout ce qui concerne l’histoire de la capitale québécoise. 2008
Le Nord John Sandlos, Hunters At The Margin: Native People and Wildlife Conservation in the Northwest Territories (University of British Columbia Press, 2007). Hunters At The Margin est un livre abondamment détaillé, bien documenté, dont l’argumentation est brillamment présentée. John Sandlos démontre de façon convaincante la détermination du gouvernement canadien à coloniser le territoire nordique ainsi que les peuples autochtones du Nord canadien dans un effort pour limiter leurs capacités non seulement de chasser, mais de perpétuer leurs modes de vie traditionnels. Au début du vingtième siècle, le désir du gouvernement fédéral d’étendre son contrôle à la conservation, particulièrement en ce qui a trait au bison des bois, au bœuf musqué et au caribou entrait en conflit avec les intérêts des Cri, des Inuit et des Dénés des Territoires du Nord-Ouest. L’établissement des parcs nationaux, des refuges de gibier et la réglementation de la chasse ont perturbé grandement les modes traditionnels, rendant ainsi difficile les possibilités d’emploi déjà instables des autochtones du nord canadien ainsi que la vie dans des communautés supervisées par des représentants du gouvernement. Ce système de surveillance a privé en fin de compte les chasseurs traditionnels de leur liberté de parcourir le territoire et de vivre de façon autonome. John Sandlos présente un récit bien équilibré des voies des tout premiers conservationnistes, des représentants du gouvernement et des chefs autochtones, qui prétendaient tous avoir un intérêt dans la gestion de la faune du Nord. Les plus touchés par cette nouvelle intervention, les autochtones du Nord eux-mêmes, se sont fréquemment opposés et ont résisté aux politiques gouvernementales. L’éclaircissement avisé apporté par l’auteur de l’ensemble de ces tensions sert de rappel efficace de la méconnaissance des autochtones du Nord par le gouvernement fédéral, et des coûts astronomiques qui en sont découlés. On nous rappelle également à quel point l’histoire de l’environnement peut fournir un portrait riche qui permet de comprendre les gestes des humains, et, dans ce cas-ci, l’erreur humaine. Contribution PrizeWinnie Owingayak Née et élevée sur le territoire, Winnie Owingayak habite à Baker Lake, au Nunavut. Elle a pris récemment sa retraite comme gestionnaire du Itsarnittakarvik : Inuit Heritage Centre, à Baker Lake. Elle est membre à titre personnel du Conseil des Archives Nunavummi et membre du Inuit Qaujimajatuqangit Katimajiit, qui offre des avis au gouvernement du Nunavut au sujet des connaissances et des valeurs traditionnelles inuites. En tant que membre de la nouvelle génération d’inuits documentant la culture inuite, Winnie Owingayak a recueilli des centaines d’enregistrements d’aînés et a participé au développement et à la production des CD Tuhaalruuqtut Vol. I et Vol. II et de Footprints, enregistrements de chants traditionnels inuits. Elle a joué un rôle déterminant dans l’élaboration de Tuhaalruuqtut Ancestral Sounds, une exposition virtuelle du Baker Lake Inuit Heritage Centre, qui se trouve sur le site Web du Musée virtuel du Canada. Les visiteurs de l’exposition peuvent entendre des extraits de chants de gorge et de pièces d’accordéon interprétés par Winnie. Tout en faisant la promotion de la compréhension vivante du patrimoine inuit dans sa collectivité de Baker Lake par sa participation et l’organisation de danses, de jeux et d’autres activités culturelles, Winnie Owingayak a été active tant dans la région qu’à l’échelle nationale, en partageant avec tous et chacun sa connaissance des histoires, des traditions et des chants inuits en recueillant des données et en offrant ses propres interprétations. Colombie-BritanniqueWilliam J. Turkel, The Archive of Place: Unearthing the Pasts of the Chilcotin Plateau (Vancouver: UBC Press, 2007) Turkel considère le Plateau Chilcotin comme les « archives du lieu », qui révèlent de nombreuses interprétations différentes et quelquefois contradictoires du passé de la Colombie-Britannique et du territoire des peuples autochtones, des colons et des terres s’y trouvant. Le livre de Turkel est à la fois un travail sur l’histoire de l’environnement et sur l’histoire culturelle, qui traite essentiellement de la formation d’un territoire comme de l’assemblage de traces matérielles et de connaissances culturelles constitué dans un paysage de souvenirs. Passant du présent au dix-huitième, au dix-neuvième et au vingtième siècle, Turkel a façonné un travail d’histoire méthodique écrit de façon novatrice et élégante. PrairiesEsyllt W. Jones, Influenza 1918: Disease, Death, and Struggle in Winnipeg (Toronto: University of Toronto Press, 2007). L’étude de Jones sur l’épidémie de grippe de 1918 offre une approche novatrice d’un sujet qui a attiré grandement l’attention des chercheurs. En considérant la façon dont la famille, la classe, les sexes et l’ethnicité fonctionnaient à Winnipeg au cours de l’épidémie de grippe, Jones tisse une histoire sociale nuancée qui combine la perspective médicale à celle du travail. Jones se concentre sur la façon dont les classes sociales et les sexes ont modelé les contours de l’épidémie et se sont cristallisés autour des divisions sociales des classes et de l’ethnicité. En particulier, son examen des dimensions liées aux sexes au cours de l’épidémie est très poussé et se sert des réponses sociales à la maladie-santé en vue d’explorer les frontières poreuses entre le foyer, le travail et la collectivité. Effectivement, le bénévolat et les services infirmiers de santé publique ont amené de nouveaux acteurs dans différents espaces urbains, apportant à la fois des services et la surveillance dans le nord « ethnique » de Winnipeg.
En plus de contribuer à l’histoire médicale, le travail de Jones contribue à l’histoire du travail au Canada. À la veille de la grève générale de Winnipeg, et au moment où la ville se vaut la réputation du Chicago du Canada, cette étude offre d’importants points de vue quant au tissu social de cette dynamique urbaine au cours de l’épidémie. En raison de la proximité de l’épidémie et de la grève générale de Winnipeg, Jones fait valoir que les expériences de la maladie ont aidé à forger de fortes identités des classes à Winnipeg et ont servi à créer une expérience collective qui a permis de mobiliser et de radicaliser les travailleurs. L’auteur y arrive en examinant trois épisodes en détail : du vote menant à la première grève générale en octobre 1918, en passant par les élections municipales lors desquelles les travailleurs étaient fortement représentés, à la grève générale elle-même en 1919. Jones présente un argument subtil et nuancé à l’effet que par le biais de l’expérience de l’épidémie, les classes de travailleurs de Winnipeg en sont venues à percevoir la maladie comme une construction sociale découlant des relations sociales de la ville. OntarioRobert B. Kristofferson, Craft Capitalism: Craftworkers and Early Industrialization in Hamilton, Ontario 1840-1872 (Toronto, Buffalo, London: University of Toronto Press, 2007) Dans ce livre, Robert Kristofferson fait le récit vibrant et précis des hommes de métier dans les premières étapes de l’industrialisation de Hamilton. Il explore la culture des métiers et les institutions grâce auxquelles elle s’est formée, faisant valoir qu’à cette époque, l’industrialisation n’était pas un processus linéaire comportant la dégradation des métiers et que les producteurs artisans ont joué un rôle important dans la détermination de son cours. S’inspirant abondamment des sources pertinentes, notamment des manuscrits de recensements, de la presse, et des riches données biographiques de la région, l’auteur brosse une portrait du changement historique qui est à la fois nuancé et complexe. Dans le nouveau milieu de travail industriel, les hommes s’identifiaient eux-mêmes comme des membres d’un corps de métier, et avaient acquis leurs connaissances grâce à des stages qu’ils avaient de bonne raison de croire les mèneraient à leur propre indépendance comme propriétaires ou à des postes de supervision hautement respectés et bien rémunérés. Même dans les plus grands milieux de travail, y compris les immenses ateliers de la Great Western Railway, l’organisation du travail était fondée sur la culture des métiers, dans laquelle la fierté du métier et les hiérarchies des métiers étaient renforcées. En s’inspirant de la riche documentation sur le changement économie et social au milieu du dix-neuvième siècle de Hamilton, Craft Capitalism démontre comment une focalisation locale peut permettre de traiter les plus importantes questions historiques. QuébecMartin Petitclerc, ‘Nous protégeons l’infortune’. Les origines populaires de l’économie sociale au Québec ( Montréal, VLB Éditeur, 2007). Actrices importantes de la vie publique au XIXe siècle, les sociétés de secours mutuels ont néanmoins été négligées par les historiens du Québec. « Nous protégeons l’infortune ». Les origines populaires de l’économie sociale au Québec, de Martin Petitclerc, est donc un ajout précieux à l’historiographie. Bien structuré, reposant sur des recherches imposantes et une argumentation convaincante, ce livre fait la lumière sur la vie associative, mais également sur les rapports de classe sociale, le rôle de l’Église catholique, la masculinité et la culture ouvrière au Québec au XIXe siècle. Petitclerc consacre une bonne partie de son livre à l’Union Saint-Joseph de Montréal, mais cet ouvrage est beaucoup plus qu’une simple histoire institutionnelle. La recherche empirique soignée est intégrée à un cadre théorique rigoureux; le fonctionnement quotidien de l’Union Saint-Joseph et d’autres sociétés de secours mutuels est compris à la lumière d’une analyse s’appuyant sur les théories de l’encastrement développées par Karl Polanyi et Mark Granovetter. Petitclerc a su s’inspirer de l’historiographie internationale pertinente afin de produire un ouvrage qui, tout en étant enraciné dans l’histoire des classes populaires québécoises, pose des questions plus vastes concernant les rapports entre l’économie et la société, entre libéralisme et solidarité. AtlantiqueCitation for A.J.B. Johnston, Endgame 1758: The Promise the Glory, and the Despair of Lousibourg’s Last Decade (Lincoln and London: University of Nebraska Press 2007). Endgame 1758: The Promise the Glory and the Despair of Louisbourg’s Last Decade, de A.J.B Johnston, est fondé sur une recherche exhaustive et méticuleuse faite dans les dossiers français, britanniques et ceux des colonies britanniques et françaises, situant avec succès les événements qui ont mené à la chute de Louisbourg au milieu du XVIIIe siècle dans le monde atlantique. Johnston utilise la métaphore bien étoffée de l’échiquier pour reconstruire avec soins le mouvement des flottes adverses, des stratégies et des engagements militaires qui sont au cœur même de la monographie. Concurremment, Louisbourg est imaginée comme une « forteresse, un port de mer et une collectivité. » (4) Le récit de la reprise de Louisbourg par les Français fournit d’excellentes représentations de la vie sociale et commerciale de la ville au cours de sa dernière décennie et fait revivre sa population au moment où les résidents manquent de vivres et profitent des fêtes précédant le carême. Au moyen de détails personnels, comme l’échange de cadeaux entre le commandant britannique le major-général Amherst et Madame Drucour, la femme du gouverneur de Louisbourg au cours de la bataille finale, Johnston engage avec doigté ses lecteurs dans ses sujets, accentuant ainsi le caractère poignant de la défaite finale. (237) Le texte est enrichi de récits évocateurs à la première personne par une variété de participants des deux côtés du conflit. Johnston a réussi à situer solidement les alliés autochtones (et ennemis) des Français à Louisbourg dans le récit. Tout en offrant une grande quantité de riches détails relatifs aux engagements maritimes et militaires qui ont mené à la défaite finale de Louisbourg ainsi qu’aux aspects sociaux et commerciaux de la vie dans la ville fortifiée, cet ouvrage est fort agréable à lire. 2007
Atlantique (Livre) Rusty Bittermann. Rural Protest on Prince Edward Island: From British Colonization to the Escheat Movement, Toronto, University of Toronto Press, 2006. Généralement accusée de s’en tenir à son cadre insulaire, l’historiographie de l’Île-du-Prince-Édouard vient de s’enrichir d’une récente étude qui aborde avec originalité un thème rebattu : les mouvements de contestation rurale qui ont agité la colonie prince-édouardienne de 1763 à 1842. L’interprétation inédite qu’en donne ici Rusty Bitterman jette un nouvel éclairage sur le début de la période coloniale du régime le plus agraire de l’Amérique britannique; elle replace aussi les événements dans le contexte plus large de l’Empire britannique. L’histoire insulaire se double donc d’une histoire impériale. Un regard sur l’historiographie de l’Île-du Prince-Édouard montre que tout semble avoir été dit sur « le problème des terres » de cette île et sur sa navrante tendance à s’accrocher à un système foncier de tenure à bail de plus en plus anachronique. Par ses importantes et pénétrantes observations, Rusty Bitterman prouve au contraire que le sujet n’a pas été entièrement épuisé. Les origines historiques de l’Île-du-Prince-Édouard étaient autrefois présentées en terme de conflits entre les métayers « héroïques » et les « méchants » propriétaires, auxquels on reprochait leur absentéisme. Les historiens ont certes depuis longtemps étoffé cette interprétation simpliste, mais Rusty Bitterman parvient à la fois à nuancer et à enrichir la discussion sur le « problème des terres ». Il démontre de façon convaincante que les troubles fonciers qui ont marqué la naissance de l’Île-du-Prince-Édouard n’ont pas été uniquement et cyniquement fomentés par des élites contestataires, mais qu’ils étaient aussi alimentés par un authentique mouvement populaire de protestation. Rusty Bitterman lie ces manifestations à d’autres courants réformistes radicaux qui se sont développés ailleurs dans les îles Britanniques et en Amérique du Nord britannique. Il constate que ces mouvements n’étaient pas étrangers l’un à l’autre et qu’ils s’influençaient mutuellement; ce vaste contexte allait même déterminer la façon dont le Colonial Office percevrait le sentiment réformiste animant l’Île-du-Prince-Édouard. C’est aussi sur cette toile de fond que s’inscrit l’essor des factions de propriétaires qui cherchaient frénétiquement à protéger leurs intérêts contre les tendances égalitaristes, et dont la position est adroitement disséquée par Rusty Bitterman. Si des historiens comme J. M. Bumsted ont bien cerné le rôle essentiel et intéressé du gouvernement local dans les questions foncières prince-édouardiennes, Bitterman, quant à lui, découvre l’existence, au sein des forces politiques de l’île, d’une sorte de « troisième voie » qui aurait pris naissance au début du XIXe siècle et se situerait entre le camp des réformistes terriens et celui des propriétaires; il s’agirait d’une faction marchande, qui estimait que l’État devait pourvoir au financement de l’infrastructure pour assurer le succès de la colonisation et du développement économique. Ouvrage fouillé et intelligemment rédigé, Rural Protest on Prince Edward Island réussit à atteindre ce paradoxe historiographique qui consiste à complexifier un sujet tout en le clarifiant. Ce faisant, il propose un nouveau cadre interprétatif qui non seulement permet de comprendre autrement les premières décennies du XIXe siècle de l’Île-du-Prince-Édouard, mais servira aussi aux chercheurs intéressés de façon plus générale au réformisme radical. Le livre de Bitterman est appelé à devenir un outil de référence incontournable dans les années à venir. (Individus) Lisa Ornstein, Director of the Acadian Archives/Archives acadienne, University of Maine at Fort Kent. Diriger un petit centre d’archives, c’est avoir plusieurs casquettes. Lisa Ornstein en sait quelque chose, elle qui est une véritable femme-orchestre. Depuis bientôt 20 ans qu’elle s’occupe du Centre d’archives acadiennes à Fort Kent, elle a été à la fois administratrice, archiviste et pédagogue, mais aussi ethnomusicologue, musicienne, conservatrice, collectionneuse, programmatrice, rédactrice de demandes de subventions et solliciteuse de fonds. D’abord installé dans trois pièces vides d’un édifice du campus de l’Université du Maine, le Centre d’archives acadiennes a fleuri sous la direction de Lisa Ornstein et est devenu un important dépôt d’archives documentant l’expansion de la culture acadienne francophone dans le territoire de la vallée de la haute Saint John, dans le Maine. Suivant les meilleures pratiques de l’archivistique contemporaine, le Centre d’archives acadiennes accomplit son mandat principal qui est de recueillir, cataloguer et préserver le patrimoine; il s’intègre dans la vie communautaire de la région en déployant un impressionnant assortiment d’ingénieuses activités de diffusion. Les milieux archivistiques sont chroniquement sous-financés, quand ils ne sont pas carrément sous-estimés; dans un tel contexte, le dynamisme du Centre d’archives acadiennes ne peut lui avoir été insufflé que par sa directrice, Lisa Ornstein, qui met ses multiples compétences au service de cette institution depuis 1991. Cette violoniste de concert, passionnée par la musique traditionnelle canadienne-française, a terminé une maîtrise en ethnomusicologie à l’Université Laval; elle a travaillé au Québec et s’y est produite pendant 14 ans avant d’apporter son énergie, son charisme et ses nombreux talents aux toutes jeunes Archives acadiennes, à Fort Kent. Qu’elle puisse passer si aisément du monde universitaire au milieu communautaire témoigne de ses grandes qualités personnelles et professionnelles. Un de ses répondants écrit d’ailleurs : « Très peu de personnes peuvent, dans une même journée, enseigner la musique acadienne à des enfants, recueillir de l’histoire orale auprès d’aînés, puis prendre part à des réunions publiques avec des fonctionnaires et des universitaires. » C’est cet éclectisme qui donne au Centre d’archives acadiennes toute son utilité et fait qu’il est perçu comme une ressource de grande valeur par le cercle magique des bailleurs de fonds, des usagers et des éventuels donateurs, dont l’appui est essentiel pour assurer l’avenir de n’importe quel dépôt d’archives. Pour ajouter une corde de plus à l’arc de Lisa Ornstein, précisons qu’elle a su jeter un pont entre les chercheurs et la culture qu’ils étudient. Ce pont, bien sûr, c’est la collection et la programmation publique du Centre d’archives acadiennes à l’Université du Maine, à Fort Kent. Comme l’affirme un de ses admirateurs, Lisa Ornstein « a créé un centre d’archives à partir de presque rien du tout », et a réussi à monter une travée solide et résistante sur laquelle les échanges intellectuels circulent dans les deux sens. Remarquable patrimoine que laissera à la société cette talentueuse violoniste-administratrice d’archives. QuébecDonald Fyson, Magistrates, Police, and People: Everyday Criminal Justice in Quebec and Lower Canada, 1764-1837, Toronto, Osgoode Society for Canadian Legal History/University of Toronto Press, 2006. C’est avec plaisir que le comité accorde le prix Clio-Québec au livre de Donald Fyson, intitulé Magistrates, Police, and People: Everyday Criminal Justice in Quebec and Lower Canada, 1764-1837. Un livre qui explore la justice criminelle au quotidien au Québec et au Bas-Canada, de la Conquête britannique jusqu’aux Rébellions de 1837-1838, Magistrates, Police, and People est ambitieux et impressionne par sa maîtrise du contexte historique. Solidement ancré dans les historiographies québécoise et internationale, cet ouvrage évalue l’administration de la justice criminelle « d’en haut » ainsi que « d’en bas ». Les conclusions de l’auteur sont pénétrantes, nuancées et convaincantes et reposent sur l’analyse exhaustive et rigoureuse des archives judiciaires et des documents de l’administration coloniale. Enfin, la facture de l’ouvrage est particulièrement réussie : il s’agit d’un livre dont la forme et le fond sont soignés. Somme toute, Magistrates, Police, and People est une étude qui nous oblige à repenser la périodisation du Québec avant la Confédération et qui va faire école tellement elle est ample et rigoureuse à la fois. OntarioKerry M. Abel, Changing Places: History, Community, and Identity in Northeastern Ontario, Montreal & Kingston, McGill-Queen’s University Press, 2006. Ce livre ralliera inconditionnellement tous ceux qui accusent l’histoire sociale de s’être penchée sur des sujets de plus en plus pointus et obscurs. Kerry Abel expose ici une histoire qui se déroule sur deux siècles dans un endroit difficile mais magnifique, qui correspond à la région actuelle de Porcupine-Chute-aux-Iroquois. Les habitants de ce territoire sont venus d’horizons très différents et poursuivaient de nombreux objectifs souvent incompatibles. En fait, rien ne laissait présager qu’ils en viendraient un jour à se considérer comme des alliés et des semblables. Kerry Abel démontre pourtant qu’au cours de la première moitié du XXe siècle, la convergence du tangible et de l’imaginaire a forgé une identité régionale et un sentiment communautaire propre au nord-est de l’Ontario. À l’aube du XXe siècle, l’économie, jusque-là basée sur le commerce de la fourrure, fut du jour au lendemain transformée par la construction ferroviaire, l’industrie minière et l’exploitation forestière. Résultantes de ce phénomène, les inégalités économiques furent à leur tour sources d’oppression et de résistance; les peuples des Premières Nations de ce coin de pays connurent de nouvelles difficultés; les antagonismes ethniques et sexuels contribuèrent aussi à tendre l’atmosphère. L’ouvrage de Kerry Abel ne se résume pas toutefois à une narration réductrice d’un conflit annoncé. Il note aussi l’existence d’éléments rassembleurs propices au développement d’une communauté : les feux de forêts, les épidémies de grippe et les autres situations de crise ont rapproché les habitants de Porcupine en les poussant à s’entraider et à réaliser des projets conjoints. Les routines du travail et de la vie quotidienne – à l’école, à l’église, dans les syndicats, dans la chorale, au conseil municipal, dans les équipes – ont servi à définir non seulement les cadres de la différence, mais aussi les catégories conceptuelles favorisant la coopération. Toujours en tenant compte de l’interaction entre les circonstances et les personnages, Kerry Abel montre, à travers son étude de l’univers du nord-est de l’Ontario, qu’elle manie finement les questions fondamentales de la théorie sociale. Sa description colorée des lieux et son traitement magistral des grandes idées font de son livre un chef-d’œuvre. Changing Places deviendra un ouvrage de référence pour les étudiants qui s’intéressent à l’histoire de l’Ontario, et s’imposera comme un modèle à tous les historiens qui aspirent à écrire une histoire sociale émaillée de détails humains et débouchant sur des questions politiques d’envergure. PrairiesDavid McCrady, Living with Strangers: The Nineteenth-Century Sioux and the Canadian-American Borderlands, Lincoln, University of Nebraska Press, 2006. Ce livre traite de l’histoire des frontières du territoire sioux dans les prairies de l’Ouest canadien et étatsunien, et apporte une importante contribution à l’histoire de l’Ouest et des Autochtones. Les chercheurs canadiens et étatsuniens, qui ne se sont intéressés aux Sioux que dans le cadre de récits nationaux, ont beaucoup négligé l’étude des bandes de Sioux qui vivaient dans les régions traversées par la frontière canado-étatsunienne. David McCrady comble un grand vide avec ce récit chronologique qui permet de comprendre le peuple sioux et les relations qu’il entretenait avec les autres groupes autochtones et les différents paliers de gouvernement. Living with Strangers sort du cadre interprétatif habituellement utilisé en histoire des frontières en abordant le sujet sous deux nouveaux angles. Le récit s’articule premièrement autour d’un concept central, celui de la partition, qui permet à l’auteur de situer l’histoire des Sioux dans le contexte plus large de l’expansion coloniale et impériale au XIXe siècle. On peut se servir de la délimitation de la frontière entre l’Ouest canadien et les États-Unis pour expliquer comment deux États en construction ont intégré leurs peuples autochtones; mais David McCrady considère cette démarcation plutôt comme une partition qui a déstabilisé la société des Sioux en modifiant son destin et son identité. Par son analyse lucide et exhaustive, l’auteur démontre comment on en est venu à fondre les Sioux dans la nation étatsunienne. La deuxième démarche méthodologique de l’auteur consiste à s’éloigner de l’étude de la rédaction et de la géographie des traités pour s’intéresser davantage aux déplacements de certains peuples, à leurs tactiques de subsistance et à leurs stratégies diplomatiques. David McCrady va au-delà de la description convenue des relations conflictuelles entre Autochtones et Blancs et se concentre sur les interactions entre les autres peuples des Premières Nations. Il observe que les échanges entre Autochtones étaient tout aussi importants au bien-être des Sioux que leurs relations avec les autorités canadiennes et étatsuniennes. Il démontre de façon convaincante que l’histoire autochtone n’a pas seulement été déterminée par le colonialisme de peuplement, mais aussi par les négociations nouées entre de nombreux groupes différents. Colombie-BritanniqueGerta Moray, Unsettling Encounters, Vancouver, University of British Columbia Press, 2006. Unsettling Encounters est un ouvrage remarquable et rigoureusement documenté qui présente Emily Carr et son œuvre sur la toile de fond mouvante des relations entre les colons et les peuples des Premières Nations en Colombie-Britannique. Après avoir analysé l’œuvre de l’artiste à travers ses peintures, ses esquisses, ses carnets et de nombreuses autres sortes de manuscrits, après avoir lu les plus récents travaux sur la société coloniale de la Colombie-Britannique et en se fondant sur ses propres recherches sur le terrain, Gerta Moray peut affirmer qu’Emily Carr et son œuvre étaient bien le produit de leur temps. Gerta Moray révèle qu’Emily Carr respectait profondément les peuples des Premières Nations et la force de leur expression artistique, qu’elle comprenait leurs luttes et leurs souffrances, et qu’elle a tenté de défendre leur culture auprès de la société canado-européenne qui considérait généralement que les peuples autochtones étaient « en voie de disparition » ou « avaient besoin d’être civilisés ». Tout en inscrivant la démarche de la peintre dans la mouvance humanitaire des politiques colonisatrices, Gerta Moray présente sous un nouveau jour les points de vue des colons de la Colombie-Britannique, complexifiant ainsi notre compréhension des relations qu’ils entretenaient avec les membres des Premières Nations. Subtilité et minutie caractérisent la démonstration intellectuelle de cette nouvelle réflexion. Au-delà de cette étude incroyablement détaillée de l’univers d’Emily Carr, Unsettling Encounters cherche à comprendre comment l’artiste a intégré dans son œuvre l’art des Premières Nations de la côte Ouest. Emily Carr était certes fortement attirée par les formes et l’imagerie artistiques des Premières Nations, mais elle ne pouvait naturellement en avoir qu’une compréhension limitée. C’est pourquoi, explique Gerta Moray, l’œuvre d’Emily Carr doit être considérée comme une production hybride qui a puisé aux formes et images autochtones pour créer ses propres expressions. Cette nouvelle interprétation de l’œuvre de Carr est exposée dans un livre magnifique, qui comporte une grande section de planches en couleurs des toiles de Carr; le texte est partout agrémenté de nombreuses photos en noir et blanc qui appuient solidement le propos de l’auteure. Dans sa conclusion, Gerta Moray se demande si l’œuvre « indienne » de Carr restera pertinente dans le contexte actuel où les peuples des Premières Nations « sont si activement engagés dans leur propre production culturelle et leur autoreprésentation ». Quoi qu’il en soit, Unsettling Encounters contribuera certainement à rappeler qu’Emily Carr, à l’instar sans doute d’autres colons de la Colombie-Britannique, a établi un rapport complexe, émouvant et porteur d’espoir avec les membres des Premières Nations et leur culture. Le comité de la Colombie-Britannique est heureux de rendre hommage à Gerta Moray pour son ouvrage Unsettling Encounters. Le Nord Julie Cruikshank, Do Glaciers Listen? Local Knowledge, Colonial Encounters & Social Imagination, Vancouver, University of British Columbia Press, 2005. Do Glaciers Listen? vient couronner à point nommé la carrière de l’anthropologue Julie Cruikshank, qui a passé 30 ans à recueillir les histoires des aînés autochtones du Yukon. Cette recherche transfrontalière et transnationale a comme matière première les glaciers, leurs histoires et leurs significations, et comme cadre l’espace liminal des monts St. Elias. Elle constitue une remarquable analyse de la rencontre de deux savoirs, celui, localisé, des Tlingit et des Tutchones du Sud, et celui des Occidentaux, basé sur l’exploration et la science. Puisant à la fois dans la tradition orale et dans de nombreux ouvrages théoriques sur le colonialisme, Julie Cruikshank a scruté les récits oraux, les écrits de voyage, les études scientifiques, les chants et les sculptures, et en a tiré des preuves qui démontrent éloquemment que les rapports de l’Homme aux glaciers ont forgé sa conception du monde. D’un point de vue épistémologique, on peut dire que les peuples autochtones de cette région du Nord considéraient que les glaciers étaient doués de sensation et qu’il fallait conséquemment les respecter, tandis que pour les nouveaux arrivants euro-américains, les glaciers étaient des phénomènes quantifiables sans lien avec la culture et qui s’expliquaient scientifiquement. Ce livre jette un éclairage nouveau sur le Petit Âge glaciaire (1550-1900) dans le nord-ouest de l’Amérique du Nord, mais plus encore, il est une pressante invitation à écouter les peuples qui ont écouté la terre pendant des siècles. Cet appel est d’autant plus pertinent que l’on cherche de plus en plus à réserver de vastes étendues de territoire pour les sites du patrimoine mondial, tendance qui, comme le suggère Cruikshank, éloigne davantage de ces régions les gens qui y ont vécu depuis des millénaires. Cette interprétation novatrice de l’histoire du Nord, qui repose sur l’examen des connaissances régionales et des rencontres coloniales, apporte une contribution importante à la recherche dans plusieurs disciplines, comme les études environnementales, l’anthropologie, les études indigènes et l’histoire. 2006Atlantique N.E.S. Griffiths. From Migrant to Acadian: A North American Border People, 1604-1755. Montréal and/et Kingston, Canadian Institute for Research on Public Policy Administration, McGill-Queen’s University Press, 2005. Naomi Griffiths est considérée depuis longtemps comme la plus éminente historienne anglophone de l’Acadie d’avant la déportation, et le livre From Migrant to Acadian, qui mérite cette année le prix Clio de la région de l’Atlantique, est sans contredit son chef-d’œuvre. Elle y consolide et élargit l’interprétation qu’elle avait déjà donnée de l’évolution du peuple acadien, du début du XVIIe siècle jusqu’à sa déportation au milieu des années 1750. Elle examine avec force minutie comment un petit nombre disparate de migrants, ballottés par les rivalités entre les puissances impériales qui tantôt les négligeaient par malveillance, tantôt leur portaient une attention ambivalente, se sont graduellement forgé une société et une identité uniques. La nature du peuple acadien est un sujet qui a soulevé tellement de débats entre chercheurs et écrivains que même son historiographie est devenue matière à histoire. Naomi Griffiths connaît sur le bout des doigts et saisit les moindres arguments de ces discussions passées et actuelles, même lorsque les sujets traités débordent le cadre de son érudition par ailleurs fort vaste. Son livre constitue une synthèse à la fois riche et subtile d’histoire sociale, diplomatique et culturelle, qui tient finement compte des contextes impérialistes tout en se situant dans un cadre d’étude identitaire postcoloniale, où les thèmes traditionnels et contemporains viennent s’éclairer mutuellement plutôt que s’entrechoquer. From Migrant to Acadian est, pour toutes ces raisons, un remarquable ouvrage de recherche, qui se distingue par sa démarche exhaustive, sa facture magistrale et son traitement nuancé du sujet. Il est peu probable qu’une œuvre supérieure à celle-ci soit publiée de notre vivant. QuébecMagda Fahrni. Household Politics: Montreal Families and Postwar Reconstruction. Toronto, University of Toronto Press, 2005. Cette étude constitue un apport majeur à l’histoire sociale, politique et culturelle non seulement de Montréal, mais plus largement du Canada durant l’immédiat après-guerre. Elle permet en particulier de considérer sous un angle neuf l’intervention du gouvernement fédéral en matière de politique familiale en faisant ressortir le rôle dynamique joué par des mouvements citoyens qui militèrent pour faire de la famille un enjeu public de première importance. Ainsi loin de considérer cette période comme celle de l’imposition libérale d’un certain modèle social , l’ouvrage innove en nous faisant découvrir, à partir de cas concrets, tout un espace de négociations, d’innovations et de contestations largement méconnu. A bien des égards, il s’agit d’une étude dont les conclusions obligeront une relecture des origines de la Révolution tranquille québécoise. Entre autres, une place plus grande devra désormais être faite à la parole des « gens ordinaires ». L’analyse, très solidement théorisée et bien campée dans l’historiographie est soutenue par des recherches empiriques d’une étendue remarquable alors que l’auteur utilise une grande variété de sources émanant de toutes les composantes de la société montréalaise. Inventif dans ses procédés narratifs et méthodologiques, clairement et intelligemment écris, l’ouvrage séduit , passionne et convainc. OntarioIsabel Kaprielian-Churchill. Like Our Mountains: A History of Armenians in Canada. Montreal and/et Kingston: McGill-Queen’s University Press, 2005. Voici une des analyses les plus évocatrices qu’il nous ait été donné de lire sur la question de l’intégration d’un groupe ethnique dans le « Nouveau Monde ». L’étude détaillée et réfléchie d’Isabel Kaprielian-Churchill réussit brillamment à concilier avec finesse deux points de vue : celui de l’initié et celui, impartial, du chercheur. L’auteure ne réifie jamais la communauté arménienne, qu’elle dépeint plutôt comme un groupe complexe et parfois divisé de personnes qui ont partagé des histoires (et des épreuves) communes, mais qui les interprètent de différentes manières selon les époques. L’auteure sait pertinemment que l’ethnicité est influencée par les croyances religieuses, le sexe, la classe sociale et le moment de l’arrivée au Canada. L’ouvrage est sciemment dépouillé de rhétorique savante, de sorte qu’il peut être lu à la fois par le grand public et par les spécialistes, comme le souhaite l’auteure. Isabel Kaprielian-Churchill a mené une recherche exhaustive basée sur l’audition de nombreuses entrevues ainsi que sur l’examen de riches fonds d’archives et d’un large éventail de sources publiées. Le style est vivant et évite l’écueil appréhendé du sentimentalisme. Like Our Mountains: A History of Armenians in Canada relate avec brio les efforts qu’ont déployés pendant plus d’un siècle les membres d’un groupe ethnique pour s’implanter au pays, notamment en Ontario. PrairiesBill Waiser. Saskatchewan: A New History. Calgary, Fifth House, 2005. Dans Saskatchewan: A New History, Bill Waiser nous présente une description et une analyse détaillées de la Saskatchewan considérée à la fois comme une collectivité et comme une province. Non seulement ce livre synthétise-t-il les plus récentes recherches sur la Saskatchewan, y compris celles significatives de l’auteur, mais offre-t-il aussi la première histoire provinciale des Prairies dont la trame intègre entièrement l’histoire des Premières nations. La démarche de l’auteur est intéressante et originale. Au lieu d’entamer son ouvrage avec une étude du commerce de la fourrure et des systèmes socio-économiques des Métis et des Autochtones, il plonge le lecteur directement en 1870 en lui décrivant les ambitions territoriales des colonisateurs et les moyens inefficaces et désordonnés qu’ils ont mis en œuvre pour transformer les Autochtones en citoyens de la composante économique du nouvel ordre. L’auteur entrelace dès le premier chapitre les trajectoires narratives sur les Autochtones, les colons et le gouvernement : cette approche méthodologique constitue l’une des bases structurantes du livre. Tout en expliquant les tendances sociales, culturelles et économiques qui ont marqué le passé de la Saskatchewan, Bill Waiser ne perd pas de vue la « petite » histoire de la province. Le livre est en effet émaillé d’histoires personnelles d’individus remarquables et de personnes opprimées. L’auteur mesure l’impact des changements agricoles avec l’œil exercé d’un naturaliste, et à sa compréhension aiguë de la géographie se mêle une connaissance profonde des capacités d’adaptation de l’être humain. Il entraîne le lecteur au-delà des fermes des cultivateurs de blé et élargit sa perception géographique de la province en attirant son attention sur des événements régionaux, comme la relocalisation des fermiers pendant la Crise (établis dans le sud-ouest du territoire, ils furent déplacés dans les forêts nordiques de la province). C’est là une autre force de ce livre que d’enchâsser le Nord dans le cadre général du récit. Le livre est bien écrit, agréable à lire, adroitement construit et organisé. Il n’ouvre pas de nouvelles pistes d’interprétation, mais il a le mérite de donner vie au passé de la Saskatchewan, ce dont lui sauront gré les chercheurs aussi bien que le grand public. Voilà une histoire qui commémore de façon exemplaire le centenaire de la province et qui résistera au passage du temps. Colombie-BritanniqueChristine Wiesenthal. The Half-Lives of Pat Lowther. Toronto, University of Toronto Press, 2005. Le comité a trouvé que The Half-Lives of Pat Lowther évoquait avec beauté et sensibilité la vie de la poète britanno-colombienne, dont les textes méritent d’être lus partout au pays. Dans son ouvrage, Christine Wiesenthal trace un portrait richement documenté d’une femme complexe, et offre une perspective nouvelle et fort bienvenue de l’histoire de la Colombie-Britannique dans les années 1960 et 1970. Le comité a été impressionné par la manière dont l’auteure a décrit les conditions de vie difficiles dans lesquelles Pat Lowther a composé ses poèmes : élevée dans un milieu familial et culturel austère, elle vécut pauvrement au sein de la classe ouvrière. Le comité a aussi loué l’auteure pour son examen nuancé des questions inquiétantes soulevées par le meurtre brutal de Pat Lowther et pour son analyse de la reconnaissance posthume de ses talents de poète. The Half-Lives of Pat Lowther fait œuvre de pionnier dans plusieurs domaines de l’histoire de la Colombie-Britannique. Il mérite certainement le prix Clio 2006 pour la région de la Colombie-Britannique. Le NordPrix d'excellence pour l'ensemble des réalisations – William Barr William Barr est sans contredit l’un des meilleurs directeurs de publications historiques et l’un des plus brillants experts en études nordiques au Canada. Géographe de formation, il s’est pris d’une passion inextinguible pour l’histoire et la géographie du Nord canadien, passion dont est imprégnée la série de superbes livres qu’il a publiés pour rendre compte de ses explorations et aventures dans les régions nordiques. Il a fait montre, dès ses tout premiers travaux, d’un constant souci de rigueur et d’un flair exercé de chercheur pour soulever des questions d’importance. Le soin qu’il a apporté à ses publications et l’exhaustivité de ses recherches ont fait de ses livres des modèles consommés de la pratique historienne. Les introductions de ses ouvrages sont en soi des textes savants hautement pertinents, où la vie d’un individu s’apprécie à l’aune du grand contexte social, culturel, économique et géographique dans lequel l’explorateur ou l’aventurier évolue. Les détails minutieux de ses livres, toujours illustrés de cartes superbement dessinées (on en attendrait pas moins d’un géographe !), témoignent du savoir encyclopédique de William Barr et de sa compréhension approfondie de l’histoire nordique. L’œuvre de William Barr compte plus d’une centaine d’articles savants ainsi que des ouvrages aussi notoires que Overland to Starvation Cove (1987), The Expeditions of the First International Polar Year (1985), Searching for Franklin (1999), et A Frenchman in Search of Franklin (1992), pour n’en citer que quelques-uns. En traduisant en anglais d’importants ouvrages internationaux, il a mis des documents historiques d’une grande valeur à la portée d’un plus vaste lectorat et a ainsi contribué à mieux faire connaître les recherches entreprises par d’autres pays sur l’histoire des régions circumpolaires. Une des publications les plus réussies de William Barr est From Barrow to Boothia (2002) : il y reproduit une version finement éditée du journal tenu par Peter Warren Dease, un commandant de la Compagnie de la baie d’Hudson, et nous donne un aperçu critique fort attendu de la vie de cet explorateur trop longtemps oublié. Son livre le plus récent, Red Serge and Polar Bear Pants (2004), décrit la vie et l’époque d’un officier de la Gendarmerie royale du Canada, Harry Stallworthy; grâce aux renseignements qu’il a trouvés dans de volumineuses archives de familles, Barr a pu fournir une explication exceptionnellement détaillée du travail d’un membre de la GRC dans le Nord. L’éclectisme de William Barr se confirme davantage avec sa toute dernière traduction de l’allemand du récit de Wilhelm Dege sur la dernière station météorologique allemande dans l’Arctique (publiée en 2004 sous le titre War North of 80). William Barr a énormément fait pour soutenir l’intérêt des chercheurs dans les explorations et la science des régions nordiques à une époque où l’étude de l’Arctique, de sa découverte et de ses aventuriers avait perdu beaucoup d’attrait. Il a ainsi produit une série d’études fondamentales que les scientifiques de toutes disciplines continueront d’exploiter avec grand profit. William Barr est professeur émérite à l’Université de Saskatchewan et est présentement associé de recherche à l’Arctic Institute, à l’Université de Calgary. C’est l’historien, l’éditeur, le traducteur et l’expert des régions circumpolaires que salue la Société historique du Canada en décernant à William Barr le prix Clio 2006 pour la région du Nord. 2005
Le Canada atlantique Peter Pope. Fish into Wine: The Newfoundland Plantation in the Seventeenth Century. (Chapel Hill NC: University of North Carolina Press and Omohundro Institute of Early American History and Culture, 2004) Écrit avec une précision magistrale qui ne laisse rien transpirer de la complexité du sujet et de la méthodologie, Fish into Wine replace efficacement Terre-Neuve dans le cadre socio-économique de l’Atlantique Nord et de l’Amérique du Nord au XVIIe siècle. S’appuyant sur des sources et des méthodes qu’il a empruntées à plusieurs disciplines et consultées des deux côtés de l’océan, Peter Pope présente ici une argumentation irréfutable sur la nature des premiers établissements de Terre-Neuve et sur les relations complexes que les colons entretenaient avec les pêcheurs saisonniers dans le dur contexte de la pêche à la morue internationale. Le portrait que Peter Pope nous trace de Terre-Neuve au XVIIe siècle n’est pas celui d’un poste éloigné et isolé, à vocation purement économique, ni celui d’un pion sur l’échiquier des empires européens; ce n’est pas non plus celui d’un territoire que se disputent pêcheurs et colons, ni celui d’une colonie anglaise qui a la réputation de transgresser la réglementation officielle. Pour l’auteur, Terre-Neuve constituait plutôt un prolongement de l’Angleterre, qui perpétuait ses coutumes et ses pratiques de pêche dans le Nouveau Monde; ses établissements permanents étaient essentiels tant aux pêcheurs saisonniers qu’au réseau commercial européen qui les finançait. Fish into Wine est un ouvrage solidement construit; il repose sur une prodigieuse compréhension d’une documentation internationale vaste et éclectique, sur un impressionnant éventail de sources archivistiques et sur des méthodes d’analyse innovatrices en archéologie (voir entre autres l’analyse qui porte sur la colonie privée fondée à Ferryland en 1621). Fish into Wine est une réussite sur plusieurs plans : ce livre enrichit considérablement nos connaissances sur la vie qui animait les premières colonies établies le long de la côte anglaise de Terre-Neuve; il décrit sous de nouveaux angles les rapports étroits qui liaient les colons et les pêcheurs saisonniers; il fait ressortir de façon convaincante les liens entre ces établissements et les colonies européennes qui commencent alors à s’implanter dans l’est de l’Amérique du Nord. Mais plus admirable encore est le récit détaillé, nuancé et admirablement équilibré que Peter Pope trace des origines de la colonisation européenne à Terre-Neuve et du lucratif commerce des pêcheries autour duquel elle gravitait. Par son métissage documentaire et son approche multidisciplinaire, Fish into Wine nous propose une analyse convaincante et contribue de façon significative à l’histoire du Canada atlantique. À l’instar d’un critique, nous pouvons aussi conclure que ce livre sert désormais d’ouvrage de référence incontournable à quiconque cherche à comprendre les origines de l’histoire de Terre-Neuve. QuébecDenyse Baillargeon. Un Québec en mal d’enfants. La médicalisation de la maternité 1910-1970. (Les Éditions du remue-ménage, 2004) Si la mémoire collective a longtemps valorisé l’idée d’une prétendue surnatalité des francos catholiques du Québec (la soi-disant « revanche des berceaux »), elle a moins retenu que cette société connaissait aussi, au début du XXe siècle, l’un des pires taux de mortalité infantile du monde occidental. Cette particularité infamante fut pour les médecins l’occasion première de justifier, notamment en utilisant la veine nationaliste, l’occupation progressive du terrain de la grossesse et de la petite enfance. Le remarquable ouvrage de Denyse Baillargeon, qui situe son objet à l’intérieur d’une historiographie internationale parfaitement maîtrisée, permet d’apprécier les spécificités de rythme et d’expression du cas québécois. L’auteure utilise des approches théoriques variées et sereinement maniées qui ancrent son travail au croisement du culturel et du social. Les méthodes d’analyse et le corpus documentaire sont d’une très grande variété et c’est avec rigueur, esprit critique et assurance que Denyse Baillargeon fait parler aussi bien les discours de la propagande médicale que des séries statistiques. Les résultats d’enquêtes orales passionnantes permettent encore de saisir la part des mères elles-mêmes dans cette histoire et le texte est accompagné d’une iconographie vraiment utile. Tout cela forme un ouvrage d’une rare solidité, intelligent, rigoureux et absolument fascinant, qui permet d’expliquer dans toute sa complexité un phénomène majeur de l’histoire contemporaine. OntarioPeter L. Storck. Journey to the Ice Age: Discovering an Ancient World. (University of British Columbia Press 2004) Peter Storck a passé sa vie à étudier l’archéologie du début du Paléolithique en Ontario, et de ses recherches est né cet excellent livre où s’entremêlent archéologie, histoire et biographie. Peter Storck venait à peine de terminer des études supérieures dans le Wisconsin lorsqu’il obtient un poste au Royal Ontario Museum en 1969, où il est chargé de découvrir en Ontario les plus vieilles traces archéologiques possibles, remontant de 8 000 à 12 000 ans, et même plus loin dans le temps si des artefacts le justifiaient. Il part donc explorer les plages du lac préhistorique Algonquin, autour de la baie Georgienne et le long de l’escarpement du Niagara. Pendant des semaines il arpente des terrains, creuse le sol et tamise le sable sans rien trouver; à d’autres moments cependant, il lui arrive de tomber presque par hasard sur des pointes cannelées (des objets de pierre taillée d’apparence quelconque), presque seules preuves restantes de la présence d’êtres humains et de leur mode de vie au début de la période paléolithique en Ontario. La découverte de ces artefacts ne constituait seulement qu’une partie du casse-tête : comme il était impossible de les dater par le carbone 14, Peter Storck et ses collègues ont dû avoir recours à d’autres moyens, souvent spéculatifs, pour déterminer l’âge des tailleurs de ces pierres. Il a fallu qu’il en retrace l’origine géologique pour savoir d’où venaient ces hommes. Il a fallu qu’il identifie la fonction des outils trouvés (et pour cela, il a dû se familiariser avec les techniques de la culture sur pierre). Puis, tout à coup, des pans de l’intrigue se sont mis à tomber : les indices accumulés permettaient de conclure que ces êtres humains avaient pêché des poissons et les avaient découpés en filets sur les rives de l’ancien lac, ou encore qu’ils avaient chassé le lièvre, le renard ou le renne dans la toundra ontarienne. Quelques mystères furent ainsi résolus, mais beaucoup d’autres restent encore à être élucidés. Chose certaine, on ne voit plus le paysage de l’Ontario de la même manière. Pour les non-initiés, l’ouvrage de Peter Storck est une révélation, parce que les études portant sur l’Ontario de la période paléolithique ont généralement été écrites par des experts pour des experts et étaient donc inaccessibles au grand public. L’auteur arrive à faire ressortir le drame humain occulté par le jargon des spécialistes : il parle de la difficulté d’acquérir des connaissances sur les anciens peuples, mais aussi des pratiques des professions modernes en Ontario dans les domaines de l’histoire, de l’archéologie et de la conservation. Peter Storck nous offre ainsi un rare aperçu de ce que peut être la recherche en milieu muséal plutôt qu’en milieu universitaire. C’était la belle époque, pour les archéologues ontariens. Grâce aux subventions de recherche, les connaissances en histoire ancienne et en géologie ont avancé à pas de géant, et l’Ontario est sorti de sa stagnation intellectuelle pour devenir un centre de référence en matière d’archéologie postérieure à la période glaciaire. Peter Storck est un guide éloquent et passionné de ces deux mondes et son livre mérite un lectorat nombreux. Les PrairiesSimon Evans. The Bar U and Canadian Ranching History. (Calgary: University of Calgary, 2004) Voici une des rares publications qui élèvent au niveau du raffinement l’analyse de l’élevage de bestiaux et de la gestion des grands pâturages libres. Ce livre élégant et accompli offre à travers l’histoire du ranch Bar U et de ses occupants la meilleure description à ce jour des origines de l’entreprise de l’élevage en Alberta et des différentes périodes de croissance de cette industrie au Canada. Il s’agit là d’une étude régionale soignée et détaillée que l’auteur a insérée dans un contexte géographique, économique, politique et social qui déborde largement le cadre du ranch. C’est la première fois qu’un ouvrage examine d’aussi près la collectivité d’un ranch et s’intéresse autant à ses membres autochtones et chinois qu’aux Blancs, aux femmes et aux enfants qu’aux hommes, aux cuisiniers mécontents qu’aux cow-boys et aux hors-la-loi. The Bar U ne tombe pas dans les nationalisme et romantisme édulcorés qui imprègnent souvent l’historiographie de l’élevage; il cherche plutôt à comprendre comment des ranchs aussi immenses que celui du Bar U fonctionnaient lorsque l’entreprise d’élevage prit son essor dans cette région, comment on réussissait à retenir la main-d’œuvre sur place d’une saison à l’autre, quels types de travail requérait un ranch et qui exécutait les tâches, quand et comment les ouvriers autochtones et chinois sont apparus dans le décor, et quelles marques ont laissées les activités d’élevage dans le paysage du sud de l’Alberta. Le livre de Simon Evans couvre la période s’étendant de la fondation du Bar U, dans les années 1880, à sa réincarnation comme Lieu historique national, dans les années 1990; il met en perspective la glorieuse époque du « royaume du bétail » que connut le Bar U sous la direction de George Lane et de Pat Burns, et rappelle aux lecteurs que ce ranch fut à une certaine époque aussi renommé pour ses chevaux percherons que pour ses bestiaux. Les documents visuels, nombreux et éloquents, ne servent pas qu’à illustrer le texte : ils apportent une dimension unique à l’analyse. Par exemple, en superposant les possessions foncières du Bar U sur une carte routière contemporaine, on saisit tout de suite l’importance de la superficie du ranch à son apogée. Dans sa préface, Simon Evans se demande si en étudiant un seul ranch on peut prétendre à éclairer l’histoire de l’élevage au Canada (p. xix) : son livre le prouve sans aucune ambiguïté. Cet ouvrage se distingue remarquablement de l’avalanche d’études produites récemment sur l’industrie de l’élevage. Colombie-BritanniqueMatthew Evenden. Fish vs. Power: An Environmental History of the Fraser River. (New York, Cambridge University Press, 2004) L’histoire de l’environnement est encore balbutiante dans l’historiographie de la Colombie-Britannique et la présente recherche, bien fouillée, bien écrite et extrêmement originale, constitue un apport de taille à l’histoire environnementale non seulement de la Colombie-Britannique, mais aussi du Canada. Matthew Evenden retrace brillamment les causes de l’échec retentissant de l’aménagement de la rivière Fraser; ce non-événement significatif dans l’histoire environnementale, politique et sociale de la province serait issu d’un contexte de conflits d’intérêts, de situations historiquement contingentes et de facteurs environnementaux. L’ouvrage de Matthew Evenden fait preuve d’originalité dans sa façon d’aborder l’histoire régionale et le domaine plus vaste de l’histoire environnementale; l’auteur va au-delà des particularités du sujet et étend son champ de réflexion aux relations entre les personnes, les autorités et l’environnement. Le NordRobert McGhee. The Last Imaginary Place: A Human History of the Arctic World. (Key Porter Books, 2004) Robert McGhee a consacré sa carrière à expliquer les débuts de l’histoire de l’homme dans le Nord canadien. Ce chercheur à l’érudition profonde et impressionnante a publié aussi bien des études pointues sur des aspects de l’archéologie polaire que des synthèses de vulgarisation sur l’adaptation humaine dans l’Arctique. Avec The Last Imaginary Place, sans doute son ouvrage le plus remarquable à ce jour, Robert McGhee établit des ponts entre l’histoire et l’archéologie, entre les études sur le Nord canadien et celles, plus vastes et plus récentes, sur les régions circumpolaires, entre les textes savants qui s’adressent aux chercheurs et ceux, simplifiés, destinés au grand public. L’auteur a écrit ici un superbe livre sur les débuts de l’histoire de l’homme dans le monde circumpolaire, et son récit en impose aux historiens et aux autres chercheurs. Il décrit sans les romancer et sans faire preuve de condescendance les méthodes riches et complexes que les peuples autochtones ont utilisées pour s’adapter aux conditions de vie de l’Arctique. Tout en étayant efficacement son texte de cartes et d’illustrations, Robert McGhee démontre que les historiens ont beaucoup à apprendre des spécialistes de l’archéologie. Écrit dans une langue à la fois accessible et fascinante, son livre constitue une contribution de très grande valeur aux études nordiques. Le prix Clio en histoire du Nord canadien a été attribué à plusieurs reprises à des auteurs dont la première spécialité n’était pas l’histoire, comme il convient d’ailleurs à un domaine de recherche qui a beaucoup bénéficié de l’apport de chercheurs provenant d’autres disciplines. En reconnaissant le travail capital de Robert McGhee, le jury souligne encore une fois que l’étude de l’histoire humaine dans le Nord requiert une collaboration véritablement multidisciplinaire. The Last Imaginary Place mérite bien le prix Clio en histoire du Nord, qui reconnaît la contribution soutenue de Robert McGhee aux études nordiques et l’apport majeur de son livre à la compréhension du passé du Nord canadien. 2004
Le Canada atlantique Jerry Bannister. The Rule of the Admirals: Law, Custom and Naval Government in Newfoundland, 1699-1832. (Toronto: Osgoode Society for Canadian Legal History/University of Toronto Press, 2003). Jerry Bannister a écrit ici un livre vivant et fascinant qui entraîne le lecteur dans le monde relativement peu connu de Terre-Neuve au XVIIIe siècle. Bannister démolit ici les mythes voulant que l’île ait été isolée et soumise à une justice navale despotique pendant une période s’étendant de la promulgation de la Loi sur Terre-Neuve en 1699 à l’établissement d’un gouvernement représentatif en 1832. La démarche de l’auteur débouche sur une réflexion féconde sur la nature des lois, la formation d’un État, la gouvernance et la culture politique, telles que reliées aux Terre-Neuviens et aux projets naval et colonial britanniques. Le livre présente une réinterprétation importante de l’histoire de Terre-Neuve, et l’envergure de la période étudiée (plus de 130 ans de régime colonial) est presque sans précédent dans l’édition savante récente au Canada. Il constitue aussi une tentative ambitieuse d’imbriquer Terre-Neuve dans la nouvelle historiographie du Premier Empire britannique. Jerry Bannister exploite des dossiers judiciaires et maritimes sousutilisés, et dénoue les liens étroits et complexes unissant État et société. L’auteur bat en brèche les conclusions émises par les historiens nationalistes whig et avance que l’État terre-neuvien a su s’adapter au cours des ans aux besoins de la pêche. Il soutient que si ce système a duré plus de cent ans, c’est parce qu’il fonctionnait et qu’il servait les intérêts des différents partis. Le livre repose sur une exceptionnelle recherche menée dans les archives terre-neuviennes et britanniques, l’auteur choisissant de faire ressortir l’importance des textes juridiques en reproduisant, à la fin de chaque chapitre, des documents clés; le lecteur trouvera à la fin du texte des remarques fort utiles de l’auteur sur l’utilisation des sources manuscrites. Tandis que les ouvrages publiés jusqu’à maintenant se sont avant tout intéressés à la loi anglaise et à l’organisation économique des pêcheries, Jerry Bannister, quant à lui, fait remarquer que la plupart des lois régissant les relations sociales à l’intérieur des pêcheries s’inspiraient des coutumes locales qui furent plus tard codifiées. Il suit avec expertise le développement de l’appareil judiciaire, depuis l’époque des « amiraux de la pêche » et les années d’administration de la Marine jusqu’à l’établissement de tribunaux de juridiction en matière civile. Contrairement à l’interprétation traditionnelle, Jerry Bannister affirme que les « amiraux de la pêche » et les autorités de la Marine ont mis en place des systèmes administratifs efficaces, qui répondaient bien aux besoins de la communauté locale. Bannister explique que la Marine royale des rois George, loin d’être corrompue et inefficace, gérait en fait « la plus grande organisation industrielle du monde occidental ». À chaque changement de régime administratif, les nouveaux titulaires s’empressaient de condamner les réalisations de l’administration précédente. Bannister emboîte le pas à Keith Matthews en affirmant que les historiens ont été trop prompts à accepter sans esprit critique ces jugements. Tout en suivant l’évolution des structures judiciaires, Bannister dénonce l’idée que le cas de Terre-Neuve était exceptionnel; il propose une nouvelle interprétation de la Palliser’s Act et revient avec insistance sur la question de la criminalisation du non-respect des obligations contractuelles. Cette discussion autour du paternalisme et des châtiments corporels soulèvera sans aucun doute de nombreux débats entre les chercheurs spécialistes de cette période cruciale de l’histoire de Terre-Neuve. QuébecJean-Philippe Warren. L’engagement sociologique : La tradition sociologique du Québec francophone (1886-1955). (Boréal, 2003) Histoire mais aussi sociologie des idées, L’engagement sociologique de Jean-Philippe Warren se veut une remarquable étude portant sur un sujet ambitieux, celui du développement d’une tradition sociologique au Québec francophone, du séjour de Léon Gérin en France en 1886 au renvoi du père Georges-Henri Lévesque du décanat de la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval en 1955. Écrite dans un style somptueux qui sait captiver le lecteur pourtant méfiant devant tout scolastique, l’étude de J.-P. Warren remet en cause des lieux communs sur le supposé retard de la vie intellectuelle et scientifique au Québec francophone. Elle offre une analyse détaillée et érudite des trois écoles s’étant formées avec l’institutionnalisation de la sociologie, soit l’École le playsienne, la sociologie doctrinale et la sociologie «lavalloise». Il s’en dégage une discipline moins uniforme et rachitique que le veulent les préjugés sur la modernisation de la société québécoise. Engin, les membres du jury du prix Clio 2003, section Québec, saluent la volonté constante et la mise en oeuvre réussie d’un dialogue interdisciplinaire entre la sociologie et l’histoire. Oeuvre qui marquera notablement le domaine de l’histoire intellectuelle, L’engagement sociologique de Jean-Philippe Warren contribue puissamment au questionnement sur l’objet de la science comme pratique sociale. C’est avec joie, une joie issue du plaisir de la connaissance, que les membres du jury attribuent à l’unanimité à Jean-Philippe Warren et à son étude novatrice le Prix Clio 2003, section Québec. OntarioTerry Crowley. Marriage of Minds: Isabel and Oscar Skelton Reinventing Canada. (Toronto: University of Toronto Press, Studies in Gender and History series, 2003). Marriage of Minds constitue une importante contribution non seulement à l’histoire politique et intellectuelle, mais aussi à l’histoire des sexes au Canada. Terry Crowley réussit avec adresse à marier ces différentes disciplines pour rendre compte de la vie et de la carrière de deux éminents Ontariens. Fait inusité dans ce genre d’ouvrage, l’auteur accorde autant d’attention à l’homme (le professeur devenu mandarin) qu’à la femme (l’auteure et critique littéraire) en cherchant à définir les conceptions que chacun d’eux se faisaient de la nation et de leur propre existence. Le mari et l’épouse vivent dans la tourmente des crises constitutionnelles, des affrontements politiques quotidiens, des querelles intellectuelles et des drames de la vie familiale. En analysant le développement de l’identité nationale au tournant du XXe siècle, le livre de Terry Crowley permet de mieux concevoir l’administration politique telle que vue par des individus qui sont, certes, des intellectuels, mais aussi des personnes modelées par les pressions familiales et la conformité sexuelle. Marriage of Minds démontre de façon concluante que l’histoire sociale peut nous aider à mieux comprendre « la nation ». Prairies Raymond J. A. Huel. Archbishop A.-A. Taché of St. Boniface: The ‘Good Fight’ and the Illusive Vision. (Edmonton: University of Alberta Press, 2003). L’ouvrage de Raymond Huel, Archbishop A.-A. Taché of St. Boniface: The ‘Good Fight’ and the Illusive Vision, est la première biographie savante de ce personnage clé de l’histoire de l’Ouest canadien; les idées qu’il défendait permettent de voir sous un autre jour les événements qui ont mené à la fondation du Manitoba. Né et élevé au Québec, Alexandre-Antoine Taché fut le premier missionnaire oblat à se rendre dans l’Ouest canadien en 1845. Il fut aussi le premier de sa congrégation à être ordonné prêtre; il fut missionnaire chez les Chipewyans à l’Île-à-la-Crosse; il fut le premier évêque oblat dans le Nord-Ouest et le premier archevêque de Saint-Boniface. Il joua un rôle majeur dans les négociations d’un règlement pacifique à la Rébellion de la rivière Rouge et au moment de son décès, en 1894, on reconnaissait qu’il avait indéniablement marqué les premières années de l’histoire de la province du Manitoba. Tout au long de sa carrière, l’archevêque Taché avait souhaité créer une «province sœur» du Québec dans le Nord-Ouest canadien afin de consolider le Canada et d’en faire une nation bilingue et biculturelle. Ce projet s’avéra irréaliste, mais Taché se battit sans relâche pour défendre les intérêts français et catholiques dans la région, pour encourager l’immigration des Canadiens français et pour protéger les droits des Métis. Dans cette biographie, Huel trace un portrait nuancé de l’archevêque Taché, qu’il présente sous différents jours : on découvre tour à tour le jeune missionnaire, l’évêque expérimenté, l’archevêque aguerri, l’homme politique passionné, le bureaucrate efficace, le fils atteint du mal du pays. L’ouvrage de Huel se distingue à plusieurs égards. Il éclaire un chapitre très peu étudié de l’histoire des premières années de l’Ouest canadien, celui qui traite des Français, des Canadiens français et des catholiques qui ont jeté les fondements institutionnels sur lesquels l’Ouest s’est bâti. Huel démythifie Taché et approfondit les sujets qui étaient chers à cet homme d’action. Le livre repose sur une recherche fouillée et est magistralement structuré, l’auteur sachant maintenir un juste équilibre entre la description de la vie de l’homme et celle de son époque. Huel décrit les points de vue de Taché sur le problème de l’amnistie de Riel et sur la question des écoles du Manitoba et du Nord-Ouest; ses observations constituent une impressionnante contribution à la recherche. Tout en peignant un portrait attachant et sensible de Taché et des milieux complexes dans lesquels il évoluait, Huel discute aussi de façon plus large des avantages et des désavantages de l’écriture biographique; d’ailleurs, tout son livre est parsemé d’analyses sérieuses des sources documentaires qu’il a consultées. Colombie-BritanniqueJean Barman. Sojourning Sisters: The Lives and Letters of Jessie and Annie McQueen. (Toronto: University of Toronto Press, 2003). Dans Sojourning Sisters, Jean Barman décrit le quotidien de deux sœurs Néo-Écossaises, qui se rendirent en Colombie-Britannique à la fin des années 1880. Jessie et Annie McQueen étaient de jeunes institutrices qui pratiquèrent leur métier dans les régions intérieures de la province. Elles vécurent à différents endroits en Colombie-Britannique, mais elles gardèrent leurs liens avec les Maritimes, y retournant à l’occasion pendant de longues périodes. Le récit de Jean Barman nous plonge avec force détails dans la vie intime de ces deux femmes. Leur correspondance compte plus de 500 lettres; celle de leurs parents et de leurs frères et sœurs est encore plus importante. Ces lettres couvrent la période 1860-1930 et révèlent merveilleusement les sentiments et les aspirations des protagonistes, le rôle des filles, des sœurs et des épouses, ainsi que les conditions de travail et les activités de loisir. Le lecteur expérimente de près la vie quotidienne sur un front pionnier en Colombie-Britannique. Le livre de Jean Barman possède deux grandes qualités. Premièrement, il est d’une lecture très agréable. Deuxièmement, Jean Barman a eu le génie d’insérer la vie de ces deux femmes dans des thèmes élargis, ceux de l’édification d’une nation et de la diffusion des préjugés religieux, culturels et raciaux d’un bout à l’autre du pays. Le lecteur voit à l’œuvre des gens ordinaires, les véritables bâtisseurs du Canada. Le Nord Ishmael Alunik, Eddie Kolausok and David Morrison. Across Time and Tundra: The Inuvialuit of the Western Arctic. (Vancouver: Raincoast Books, 2003). L’historiographie du Nord canadien connaît actuellement une riche période de transformation, pleine de promesses. Pendant des générations, l’histoire de ce coin de pays a été écrite par des historiens et des antiquaires du sud du Canada. À de rares occasions, des voix du Nord se faisaient entendre, mais ces interprétations indigènes étaient encore plus rarement prises au sérieux. Cette situation est en train de changer rapidement, particulièrement dans le Nord canadien, où le revirement est impérieux et radical. Across Time and Tundra est un essai d’écriture interculturel sur l’histoire nordique, à la fois captivant à lire et magnifiquement illustré. Les auteurs sont représentatifs de la diversité des perspectives historiques sur le Nord. Ishmael Alunik intervient à titre d’aîné inuvialuit. Eddie Kolausok est un négociateur inuvialuit des revendications territoriales, et David Morrison est historien au Musée canadien des civilisations. La collaboration entre ces trois auteurs a donné un ouvrage riche en mélange des genres : on y trouve des récits historiques, des analyses pénétrantes résultant de recherches récentes, des prises de position sur les questions concernant l’Arctique occidental contemporain, et les points de vue uniques des aînés inuvialuit. Ce livre brille par sa compréhension et sa perception du peuple inuvialuit de l’Arctique occidental. Alors que la plupart des représentations de l’Arctique fait ressortir l’austérité et l’isolement des lieux, Across Time and Tundra met en valeur les liens profonds et constants qui unissent les gens à leur territoire; l’ouvrage, par l’intermédiaire des paroles des aînés, des photographies et des illustrations judicieusement choisies, documente les transformations complexes occasionnées par l’arrivée de nouveaux venus. Les historiens et les chercheurs ont appris, depuis plusieurs décennies, à recueillir de l’information auprès des peuples autochtones. De plus en plus cependant, comme en témoigne ce livre méritoire, les aînés indigènes, les écrivains et les chercheurs non indigènes ont trouvé le moyen de partager leurs découvertes et de collaborer à des projets qui ont pour but de remettre en question les idées reçues sur les peuples autochtones. La Société historique du Canada a fait un choix éclairé en attribuant le prix Clio en histoire régionale (section du Nord) au livre Across Time and Tundra. Il faut féliciter les auteurs de leur excellent travail et d’avoir rendu l’histoire des Inuvialuits aussi accessible, créative et inspirée. 2003Le Canada atlantique William C. Wicken, Mi'kmaq Treaties on Trial: History, Land and Donald Marshall Junior (University of Toronto Press, 2002). Cette étude originale et agréable à lire franchit élégamment le temps pour explorer et expliquer les origines historiques d'un problème contemporain complexe. Fondé sur une interprétation soignée de trois siècles de documents juridiques, le livre permet au lecteur de mieux comprendre les politiques des Mi'kmaq et les relations impériales «diplomatiques», du XVIIIe au XXe siècle; il illustre également la difficulté d'avoir recours à l'histoire et aux arguments historiques devant les tribunaux contemporains. Par son analyse du traité de paix et d'amitié de 1725-1726 signé entre les Mi'kmaq et le gouvernement de la Nouvelle-Écosse, William Wicken nous fait mieux connaître la société mi'kmaq du XVIIIe siècle et les relations entre autochtones et Blancs. Il explique avec force détails que la conclusion des traités pendant l'ère coloniale était un processus complexe; il offre un aperçu du rôle joué par la tradition orale et l'histoire savante dans les procès relatifs aux droits autochtones. William Wicken a bien saisi la structure sociale des Mi'kmaq, leurs liens de parenté et les caractéristiques de leur économie. Il explique que pour les Mi'kmaq, la rédaction d'un traité s'inscrivait dans une relation continue. Par conséquent, interpréter juridiquement un traité en l'isolant de tout autre contexte empêche une juste lecture de la représentation historique. Par ailleurs, William Wicken établit efficacement que la Nouvelle-Écosse n'a pas relevé de la juridiction des autorités militaires britanniques pendant une bonne partie du XVIIIe siècle. En analysant le sens de plusieurs clauses des traités pertinents, il affirme que les desseins des Britanniques étaient somme toute modestes. Selon lui, ceux-ci auraient eu l'intention de créer une catégorie juridique qui aurait régi les liens de la Couronne avec les Mi'kmaq. L'auteur démontre avec conviction que les Britanniques s'étaient mépris sur la nature de l'alliance unissant les Français et les Mi'kmaq. Sa conclusion, à l'effet que les Britanniques croyaient avoir plus accompli par leur approche que par la conclusion de traités, est très significative. Mi'kmaq Treaties on Trial sera d'un grand intérêt pour les étudiants en histoire, en science politique et en droit, et donne aux chercheurs et aux étudiants la preuve irréfutable de l'utilité et de l'importance de l'histoire. QuébecLe Centre de recherche des Cantons de l'est / Eastern Townships Research Center Le sous-comité reconnaît la contribution remarquable du CRCE/ETRC à la diffusion de l'histoire régionale au Québec. Depuis maintenant vingt ans, à partir de l'Université Bishop's, le CRCE/ETRC offre aux chercheurs et chercheuses en histoire de l'Estrie un encadrement méritoire et digne de mention. Il témoigne à la fois de l'excellence de la recherche de pointe d'historiens et d'historiennes reconnus, ainsi que du souci louable de vulgarisation historique exprimé par cet organisme, grâce à ses lancements d'ouvrages, à la publication d'un bulletin exhaustif et à la tenue d'une conférence annuelle rejoignant un large public. Le CRCE/ETRC révèle l'effervescence d'une recherche de qualité produite en région, recherche qui s'exprime dans les deux langues à l'image de la richesse historique de l'Estrie. Afin de commémorer dignement le vingtième anniversaire de cet organisme, le sous-comité Québec tient à attribuer un prix Clio 2002 pour l'ensemble de l'apport du Centre de recherche des Cantons de l'est / Eastern Townships Research Center. Paul-Louis Martin, Les fruits du Québec. Histoire et traditions des douceurs de la table (Septentrion, 2002). Quel livre savoureux! Le lecteur ne peut être que conquis par la nouveauté du sujet traité, la rigueur et la richesse de la recherche, la plume élégante et claire de l'auteur, la facture agréable et exquise du livre. Dans la foulée des études novatrices des Jean-Louis Flandrin et Massimo Montanari, Paul-Louis Martin nous rappelle un monde de saveurs que l'on croît à jamais derrière nous avec la mondialisation des échanges. En se penchant sur l'histoire de ces fruits et de leurs terroirs, éléments du quotidien sinon de l'ordinaire, l'auteur use avec grand bonheur des apports de l'ethnologie, de l'économie et de l'histoire, mais aussi de la botanique, de l'agronomie et des sciences naturelles à la connaissance du passé québécois, des premiers peuplements amérindiens aux différentes régions du Québec contemporain. Avec doigté, Paul-Louis Martin retrace l'influence multiforme de l'institution religieuse catholique - ne serait-ce par la dénomination des diverses variétés végétales - mais aussi les effets des multiples transferts culturels qui, par le biais de la nature, modèlent la société québécoise. Enfin, il fait découvrir au lecteur fasciné l'existence d'un "patrimoine végétal" autochtone, patrimoine qui ne se limite pas seulement à l'invention des traditions culturelles. Apport majeur et novateur à l'historiographie québécoise, l'ouvrage de Paul-Louis Martin constitue une étude surprenante et remarquable que le lecteur, le plus exigeant soit-il, ne peut que dévorer à pleines dents. À l'unanimité de ses membres repus, le sous-comité Québec attribue son prix Clio 2002 (ouvrage) à Paul-Louis Martin et à son livre délectable, Les Fruits du Québec. Histoire et traditions des douceurs de la table. OntarioWilliam Westfall, The Founding Moment: Church, Society, and the Construction of Trinity College (McGill-Queen's University Press, 2002). Ce petit livre est tout simplement un bijou. Avec esprit, sympathie et un sens développé de l'ironie, William Westfall raconte l'histoire de l'évêque Strachan et de la campagne qu'il a menée avec conviction pour faire reculer les forces modernes de la sécularisation et pour ériger à Toronto, au milieu du XIXe siècle, une société conservatrice et centrée sur Dieu. Furieux de voir que l'État s'était saisi du University College, Strachan riposta en fondant le Trinity College. Cette institution financièrement indépendante dispensait des cours obligatoires sur la «physiologie et ses liens avec la théologie naturelle» et sur les «Éléments de l'histoire ecclésiastique», matières enseignées par des hommes qui, se vantait Strachan, étaient à la fois érudits et distingués. Le Trinity College devait être «une maison chrétienne» où les jeunes hommes apprendraient à vivre, comme les enfants avec leur mère, selon les principes les plus élevés de la moralité chrétienne. Le moment de gloire fut bref pour Strachan : ses successeurs, accusés d'infantiliser leurs étudiants et de s'éloigner du consensus de l'Église, assouplirent peu à peu les règles et firent bientôt tomber les barrières religieuses que Strachan avait si soigneusement érigées. L'auteur intègre adroitement l'histoire institutionnelle avec l'histoire de l'éducation, de la religion, du gouvernement, de la masculinité, de la famille et de «l'invention de la tradition». Très agréable à lire, remarquablement fouillé et finement analysé, The Founding Moment est de l'histoire culturelle à son meilleur. Prairies Theodore Binnema, Common and Contested Ground: A Human and Environmental History of the Northwest Plains (University of Oklahoma Press, 2001). Common and Contested Ground est une monographie révolutionnaire. Dans ce vaste survol historique des plaines du Nord-Ouest, de l'an 200 à 1806 (l'année où Lewis et Clark explorent le haut Missouri), Theodore Binnema décrit soigneusement les liens complexes qui unissent sur une longue durée la géographie, les animaux et les hommes. Il remet en question le principal paradigme anthropologique des groupes culturels; en s'intéressant plutôt à des individus, à des bandes et à des événements marquants, il constate que l'organisation sociale des peuples des plaines est déterminée par les liens de parenté et par l'environnement. Pour comprendre comment se sont formées les bandes et les coalitions régionales, Theodore Binnema analyse l'interaction entre les bisons et les chasseurs, ainsi que les relations interethniques entre les Pieds-Noirs, les Cris, les Assiniboines, les Shoshoni, les Arapahos, les Gros-Ventres, les Gens des Corbeaux, les Hidatsa, les Salish et les Têtes-Plates. En combinant l'histoire environnementale avec l'histoire diplomatique et politique, l'auteur a repensé l'histoire des autochtones des plaines du Nord-Ouest. Son livre développe une argumentation originale et présente un nouveau modèle d'analyse; il stimulera sans aucun doute les débats et encouragera de nouvelles recherches dans le domaine. Colombie-BritanniqueCole Harris, Making Native Space: Colonialism, Resistance, and Reserves in British Columbia (UBC Press, 2002). Cet impressionnant ouvrage aborde une question cruciale en Colombie-Britannique : la dépossession territoriale des Premières nations. Le géographe-historien Cole Harris, ancien récipiendaire du prix Clio, fait ici une «narration historique sur le changement géographique», ce qui l'amène à examiner le processus de colonisation de la province par le biais de la création du système des réserves. Pour mettre en place ce système, on a fait fi des titres autochtones, on s'est approprié les terres, et on a créé 1 500 petites réserves pour y parquer les peuples des Premières nations. Tout en faisant remarquer que le discours colonialiste était à la fois complexe et contradictoire, Cole Harris entame son livre par une discussion sur la nature capricieuse de la politique impériale au milieu du XIXe siècle. Il rappelle ensuite les étapes de la colonisation de la Colombie-Britannique jusqu'en 1938, année au cours de laquelle les réserves indiennes de la province furent officiellement transférées au gouvernement du Canada. Selon l'auteur, les années 1870 furent déterminantes, car c'est pendant cette décennie que l'on assista au rejet d'une orientation politique qui favorisait une répartition foncière plus généreuse pour les autochtones et leur ouvrait la porte à l'autonomie gouvernementale. Tout le livre fait écho aux voix souvent discordantes du British Colonial Office, des gouvernements colonial et provincial, du gouvernement du Canada, des colons et des autochtones. L'auteur consacre son dernier chapitre à l'analyse de la situation actuelle, fort difficile; repoussant la politique de l'assimilation, Cole Harris préconise plutôt une politique de la différence pour les questions de terres, de ressources et d'autonomie gouvernementale. Un tel changement marquerait le début d'une nouvelle relation entre les autochtones et les sociétés de colons. Écrit avec élégance et servi par une recherche exhaustive, ce livre passe adroitement des théories sur le colonialisme aux discussions détaillées et prosaïques qui s'engagent entre les commissaires fonciers et les chefs autochtones au sujet de la superficie et de l'établissement de certaines réserves. Une cinquantaine de cartes illustrent quelques cas spécifiques. Making Native Space est un incontournable pour tous les étudiants qui s'intéressent au passé et au présent de la Colombie-Britannique. Le NordShelagh D. Grant, Arctic Justice: On Trial for Murder, Pond Inlet, 1923 (McGill-Queen's University Press, 2002). Shelagh Grant a mené une recherche fascinante et particulièrement minutieuse sur le meurtre de Robert Janes commis par des Inuits de l'île de Baffin en mars 1920. Janes avait été tué par Nuqallaq; cet Inuit du nord de l'île de Baffin agissait conformément à la coutume inuite qui justifie l'assassinat à titre préventif d'une personne agressive et menaçante. Nuqallaq et ses collègues avaient décidé d'abattre Janes pour se protéger, et ils parlaient d'un acte d'autodéfense. Toutefois, les autorités canadiennes ne voyaient pas la chose du même œil. Dix-huit mois après le forfait, un officier de la Royale gendarmerie à cheval du Nord-Ouest enquêta sur cette affaire et recommanda que Nuqallaq et deux autres complices soient inculpés de meurtre. Il y eut un procès et Nuqallaq fut condamné à dix ans de travaux forcés au pénitencier de Stony Mountain au Manitoba. Il n'y resta cependant que dix-huit mois, puis fut relâché; il retourna à Pond Inlet, où il mourut quelques mois plus tard de la tuberculose. Le meurtre de Janes persuada le gouvernement canadien qu'il était grand temps qu'il affirme sa souveraineté sur cette partie de la fédération trop longtemps laissée pour compte. Arctic Justice décrit l'affrontement difficile et tendu entre deux systèmes de justice, l'inuit et le canadien. Il révèle quelles motivations politiques et stratégiques ont incité le gouvernement canadien à intervenir fermement dans cette région. Comme elle l'avait déjà démontré dans des ouvrages précédents sur le prolongement de l'autorité gouvernementale dans le Nord canadien, Shelagh Grant prétend que le mobile d'action du gouvernement canadien était sa préoccupation d'établir sa souveraineté sur ce territoire éloigné. L'originalité du livre tient au fait que l'auteure procède à une analyse pénétrante de la réaction des Inuits face au meurtre, à l'enquête policière et au procès qui s'ensuivit. La force du travail de Shelagh Grant réside dans le récit détaillé et soigneusement reconstitué du meurtre, ainsi que dans la fine mise en contexte de ce meurtre, des démarches policières et du traitement de l'affaire par les autorités canadiennes politiques et judiciaires. Le livre se démarque particulièrement des autres ouvrages en histoire nordique par l'immense effort que l'auteure a déployé pour recueillir des témoignages oraux et pour les utiliser dans la recomposition et l'explication des événements; c'est aussi grâce à ces témoignages qu'elle a pu établir le cadre de références culturelles dans lequel se sont déroulés le meurtre et le procès. En somme, Shelagh Grant a publié un superbe ouvrage d'ethnohistoire qui exploite adroitement les atouts de la documentation archivistique et orale tout en respectant à la fois les critères de la science historique et les traditions historiques des Inuits de l'île de Baffin. Arctic Justice est bien illustré et comporte des cartes utiles et instructives, des reproductions de documents historiques et d'autres documents iconographiques judicieusement choisis. Shelagh Grant a écrit un brillant ouvrage, pertinent et passionnant : elle mérite assurément de remporter le prix Clio en histoire nordique canadienne. 2002
Les Prairies Maureen K. Lux, Medicine That Walks: Disease, Medicine, and Canadian Plains Native People, 1880-1940 (University of Toronto Press, 2001). Dans Medicine that Walks, Maureen Lux propose une toute nouvelle analyse de la maladie chez les peuples autochtones des Plaines canadiennes, de 1880 à 1940. Elle remet en question la théorie de «la population vierge» avancée pour expliquer pourquoi des épidémies ont sévi à répétition chez les Premières Nations jusqu’assez tard au XXe siècle. La colonisation canado-européenne dans les Prairies s’est accompagnée d’une invasion militaire, économique et culturelle; par ailleurs, durement affectés par la disparition des troupeaux de bisons et forcés de s’établir dans les réserves, les Autochtones ont connu l’extrême pauvreté, la malnutrition et la surpopulation. Pour les peuples autochtones, la santé ne se définissait pas simplement par l’absence de maladie, mais plutôt par un sentiment de bien-être global relié au fait d’avoir de la nourriture, des vêtements, un abri et l’autodétermination politique. Le gouvernement canadien, quant à lui, associait la pauvreté des peuples autochtones à leur piteux état de santé. Les bureaucrates, les missionnaires et les médecins se fondaient sur le langage quasi-scientifique de l’évolution raciale pour expliquer le haut taux de mortalité et la mauvaise santé endémique des peuples des Plaines, situation qu’ils considéraient comme une étape obligée de l’ascension de ces peuples vers la «civilisation». Le livre de Maureen Lux, fort bien fouillé, s’appuie sur la consultation de sources orales et de dossiers documentaires, et s’inspire de l’ethnographie, de l’archéologie, de l’épidémiologie, et de l’ethnobotanique. Il démontre que la pauvreté et les mauvaises conditions de vie ont créé un terreau propice à la contagion des maladies dans les collectivités autochtones, qui, en dépit des circonstances, ont réussi à survivre et ont constamment exigé de jouer un rôle dans le processus de leur guérison. Ce livre provocant vient ébranler l’historiographie actuelle en posant de nouvelles questions fondamentales sur les causes des problèmes de santé des Premières Nations des Prairies, et sur le prétendu déclin consécutif de la médecine autochtone. L’originalité du livre tient spécialement au fait que l’auteure a su intégrer les démarches de l’histoire de la médecine avec les conceptions autochtones de la santé et de la maladie; l’ouvrage révèle ainsi une nouvelle dimension de l’interaction entre les peuples autochtones et les Canado-Européens. Région de l'AtlantiqueMargaret Conrad and James K. Hiller, Atlantic Canada: A Region in the Making (Oxford University Press, 2001). Ces deux historiens, dont la réputation n’est plus à faire, présentent ici la synthèse d’une historiographie complexe. L’ouvrage, bien que savant, demeure d’une lecture accessible à tous. Travaillant à l’intérieur de paramètres fixés par leur éditeur, les auteurs couvrent 500 ans d’histoire régionale en alliant concision et élégance. Ils obtiennent ainsi un livre remarquablement équilibré, qui, tout en résumant les travaux de recherche actuels (y compris les recherches archéologiques) sur la région de l’Atlantique, les présente dans un style clair et dans un format populaire. Les auteurs portent une attention égale aux différentes régions de l’Atlantique, ainsi qu’aux Premières Nations, aux groupes ethniques et aux deux sexes. Ce traitement équitable des différents points de vue, qui se retrouve exprimé tant dans les textes que dans le choix des illustrations, rend la synthèse particulièrement intéressante. Les auteurs reconnaissent que la notion de «région de l’Atlantique», qui s’impose après 1949, est largement une création de l’État fédéral; ils réussissent néanmoins à montrer qu’il existe des points communs dans la vie des gens de ces régions disparates, qui forment aujourd’hui ce que l’on appelle les provinces de l’Atlantique. Le livre de Margaret Conrad et de James Hiller constitue un bon manuel scolaire sur cette région; de plus, il corrige le déséquilibre de l’historiographie récente en consacrant plus de pages à la période précédant la Confédération qu’à celle suivant 1867. Les cartes, les photographies et les illustrations ont été choisies dans un grand souci d’efficacité et elles fournissent, dans de nombreux cas, des renseignements importants sur le passé. Les professeurs qui enseignent dans les universités et dans les collèges disposent enfin d’un ouvrage qui peut avantageusement remplacer la monographie de W.S. MacNutt de 1965. Dans son ensemble, Atlantic Canada: A Region in the Making est une histoire populaire utile et attrayante, qui devrait faire des vagues dans les cercles universitaires et ailleurs. Colombie-BritanniqueAdele Perry, On the Edge of Empire: Gender, Race, and the Making of British Columbia, 1849-1871 (University of Toronto Press, 2001). L’ouvrage d’Adele Perry, à la fois savant et coloré, porte sur le sexe et la race dans la Colombie-Britannique coloniale. L’auteure démontre que malgré tous leurs efforts, les missionnaires, les politiciens, les journalistes et d’autres groupes de réformateurs n’ont pas réussi à régir les mœurs «sur la frontière de l’Empire». La culture sociale homogène des hommes blancs et les relations qu’ils entretenaient avec les femmes autochtones résistaient à toute transformation; les programmes d’immigration massive et les politiques foncières élaborés par les réformateurs afin de redresser la colonie ne furent jamais mis en place et le «miracle escompté» ne se produisit jamais. Au contraire, au lieu de remettre la société coloniale dans le droit chemin, l’immigration subventionnée de femmes blanches fit encore plus ressortir les contradictions entre la réalité et les visées de l’Empire. Adele Perry conclut que l’organisation de la société britanno-colombienne s’est opérée par le jumelage de deux pratiques, à savoir la relocalisation des colons blancs et l’expropriation des peuples autochtones; elle constate aussi que l’entrelacement des genres et des races est au cœur même du processus colonial en Colombie-Britannique. En empruntant aux théories féministes, au marxisme, aux théories postcoloniale et poststructuraliste, l’auteure tisse habilement ses idées pour construire son raisonnement de façon convaincante. Ce livre important ravive et monte d’un cran le débat sur les genres, la race et les classes sociales, débat qui fait rage chez les historiens de la Colombie-Britannique depuis au moins trente ans. Il est certain que le livre suscitera de nombreuses autres discussions au cours des prochaines années. Québec Serge Courville et Normand Séguin (dir.). Atlas historique du Québec. La paroisse (Presses de l’Université Laval, 2001). Cette étude remarquable porte sur une entité fondamentale dans la compréhension de la structuration du paysage et de l’évolution sociohistorique du Québec. Usant d’angles variés d’approche, l’ouvrage rend compte avec brio de la place centrale de la paroisse catholique comme lieu de sociabilité urbaine et rurale, d’appartenance socioculturelle et de rencontre avec la réalité abstraite de l’État. L’organisation de l’argumentation expose systématiquement les diverses composantes de la réalité paroissiale (origine et évolution, paysage et organisation, milieu de vie, expansion à l’extérieur du Québec). Les parties sur le prolongement de la paroisse à l’extérieur du Québec, du territoire de l’au-delà, ainsi que sur ses rapports avec l’administration étatique constituent des apports majeurs en regard de l’historiographie existante. S’inscrivant avec bonheur dans le projet ambitieux des Atlas historiques du Québec, le volume sur La paroisse témoigne bien du caractère heuristique de l’interdisciplinarité (géographie, histoire, anthropologie) lorsqu’il s’applique à une réalité complexe trop souvent ramenée à sa simple composante institutionnelle. Enfin, la cartographie et l’iconographie sont somptueuses et très efficaces. Ontario Alexandra Palmer, Couture and Commerce: The Transatlantic Fashion Trade in the 1950s (University of British Columbia Press, 2001). Couture and Commerce étudie le lien entre les maisons de couture parisiennes et le monde de la mode à Toronto dans les années 1950. Alexandra Palmer s’est tournée vers des sources nouvelles et originales – histoire orale, dossiers de compagnies, et photographies de croquis de modèles – pour redonner à l’histoire de la mode, une dimension du passé de l’Ontario souvent laissée pour compte, une place au sein de l’historiographie ontarienne. L’auteure attire ici notre attention sur l’importance des relations entre Toronto et l’Europe durant cette décennie. D’autres études ont déjà tracé les liens entre l’Ontario, la Grande-Bretagne et les États-Unis; mais l’ouvrage d’Alexandra Palmer jette un nouvel éclairage sur la place de l’Ontario à l’intérieur d’un marché international plus large. Couture and Commerce est écrit dans un style engageant et accessible, et témoigne d’une recherche approfondie en histoire de la mode et en culture matérielle. Les magnifiques illustrations du livre ont été soigneusement choisies pour expliquer comment et pourquoi les clients portaient des vêtements de haute couture. En recourant habilement à la culture matérielle, Alexandra Palmer ouvre de nouvelles pistes de recherche stimulantes en histoire de l’Ontario. Le Nord Renée Fossett, In Order to Live Untroubled: Inuit of the Central Arctic 1550 to 1940 (University of Manitoba Press, 2001) Renée Fossett a produit un travail de recherche consciencieux et pénétrant sur les Inuits de l’Arctique central, auprès desquels elle a vécu dix ans. Les observations tirées de son expérience personnelle apportent une dimension très riche à son étude, qui repose sur la consultation d’une grande variété de sources archivistiques et orales. In Order to Live Untroubled analyse plus de 400 ans d’histoire inuite et examine, dans une approche chronologique et thématique, la transformation de la vie inuite dans la région. En survolant autant de siècles, l’auteure peut du même coup décrire l’histoire et les modes de vie inuits de la période précédant le contact avec les Blancs, puis mesurer l’impact des présences successives des Européens et des autres étrangers sur les peuples de l’Arctique central. On apprend de quelle manière créative les Inuits ont réagi à l’intrusion et à l’arrivée des étrangers, et comment leur mode de vie en a été affecté, et même parfois complètement bouleversé. Ce livre est une contribution importante et précieuse à la recherche sur le Nord canadien. Il se distingue particulièrement par l’étendue de la recherche et par l’équilibre qu’il réussit à garder entre la pensée inuite et les perspectives théoriques issues d’une vaste consultation des sources secondaires. Le comité est heureux de déclarer l’ouvrage de Renée Fossett, In Order to Live Untroubled, lauréat du prix 2002 en histoire régionale (Nord canadien) de la Société historique du Canada. 2001
Région de l'Atlantique L. Anders Sandberg et Peter Clancy, Against the Grain: Foresters and Politics in Nova Scotia. Vancouver: University of British Columbia Press, 2000. Against the Grain fait appel à l'interdisciplinarité et puise à l'histoire, aux études économiques et environnementales, et aux sciences politiques, pour analyser le secteur de la foresterie en Nouvelle-Écosse au XXe siècle. L. Anders Sandberg et Peter Clancy, qui adoptent une approche biographique dans leur étude bien écrite, nous propose des portraits de sept professionnels de la forêt pour illustrer leur analyse de la politique forestière. Au lieu de nous raconter tout simplement l'histoire de cette ressource, les auteurs nous offrent un point de vue unique et fouillé du rôle des gestionnaires de ressources tant dans le secteur public que privé, et mettent au jour le développement de l'industrie ainsi que les facteurs politiques et idéologiques qui influencent les décisions en matière de politiques. Ils abordent la gestion des ressources comme un sujet historique plutôt qu'une simple profession technique et révèlent ainsi que la politique forestière implique controverses idéologiques et choix en matière de politiques. Les PrairiesDonald G. Wetherell et Irene R.A. Kmet, Alberta's North: A History, 1890-1950. Edmonton: Canadian Circumpolar Institute Press and The University of Alberta Press, 2000. Ce livre substantiel est la première étude fouillée de l'histoire du nord de l'Alberta. Les auteurs y relatent son essor en tant que région, sa transformation par l'expansion nationale, la vie socioéconomique divergente de ses divers districts et l'évolution des rapports entre Autochtones et Euro-Canadiens. Dans les deux premières parties, ils proposent une vue d'ensemble chronologique et, dans la troisième partie thématique, ils abordent des sujets tels le transport, les villes et les services sociaux, l'agriculture, la vie sociale, le piégeage, les droits territoriaux autochtones et les organisations politiques. Les auteurs, qui s'efforcent de présenter les multiples points de vue des occupants du nord de l'Alberta, insistent sur l'inadéquation d'une perspective unique et démontrent avec succès la diversité et la complexité des sociétés et des économies de cette région. Un grand thème parcourt tout le livre, à savoir que les politiques et les programmes tant du gouvernement que du secteur privé ont favorisé les normes et les besoins économiques des nouveaux arrivants de préférence à ceux des habitants autochtones. Le NordAucun prix cette année QuébecYvan Lamonde, Histoire sociale des idées au Québec (1760-1896) Vol. 1. Montréal, Fides, 2000. Cet ouvrage important présente l'évolution du Québec par l'étude des principales idées qui ont balayé ce coin de l'Amérique du Nord. Le livre a le mérite de démontrer que la société francophone du Québec était traversée par des débats d'idées et qu'elle suivait les événements internationaux, en particulier en ce qui concerne les Rébellions de 1837-38. Fruit de plusieurs années de recherche, cette synthèse utilise à profit les publications, les journaux et les documents d'archives. D'un style clair, le livre jette un regard innovateur sur cette période très importante de l'histoire du Québec. En étudiant l'histoire sociale des idées au Québec par l'entremise de ce qu'il appelle « des clairières dans la forêt », Yvan Lamonde nous dévoile très bien « la polyvalence identitaire au Québec. » Colombie-BritanniqueGordon Hak, Turning Trees into Dollars: The British Columbia Coastal Lumber Industry, 1858-1913. Toronto: University of Toronto Press, 2000. Gordon Hak nous donne ici la première étude complète de l'industrie du bois de la côte, depuis la création de la colonie de la Colombie-Britannique en 1858 jusqu'à la modification des droits tarifaires américains en 1913. Il soutient que l'orientation marchande du secteur des matières premières et les rapport de production du capitalisme industriel sont tous deux nécessaires pour comprendre l'industrie. Fort de ses recherches fouillées des sources premières et de ses lectures approfondies des sources secondaires, Hak analyse systématiquement l'« amont » de l'industrie, soit les marchés, les structures des entreprises et les stratégies d'affaires, et son « aval », soit les politiques gouvernementales, les critiques, les bûcherons indépendants et, finalement, les aspects humains et mécaniques de la production. Notamment, il fait entendre les voix dissidentes de ceux qui se sont levés pour critiquer entreprises et gouvernements. Ainsi, en plus d'offrir aux historiens une approche théorique pratique, Hak jette les bases d'une solide compréhension des crises et des conflits actuels qui, dans le secteur du bois, agitent gouvernements, entreprises, bûcherons, Autochtones et environnementalistes. OntarioShirley Tillotson, The Public at Play: Gender and the Politics of Recreation in Post-War Ontario. Toronto: University of Toronto Press, 2000. L'étude de Shirley Tillotson sur les loisirs dans l'Ontario d'après-guerre vient enrichir la bibliographie en expansion sur cette période. Tout en s'attardant au développement des loisirs au niveau local, à Brantford et dans le comté de Simcoe, Tillotson tisse habilement des liens entre les améliorations communautaires et plusieurs préoccupations et thèmes nationaux : la participation des citoyens à l'état libéral, le développement des identités professionnelles des travailleurs des loisirs, et le rôle bénévole des femmes dans les loisirs publics. Bien écrit et fouillé, The Public At Play offre de fines perspectives sur la formation de l'État-providence démocratique libéral canadien. Par une adroite intégration de la théorie sociale dans sa recherche empirique, Tillotson démontre avec succès le rôle central des rapports hommes-femmes et des discours afférents dans la formation de l'État à cette époque. 2000
Le Nord Nancy Wachowich, en collaboration avec Apphia Agalakti Awa, Rhoda Kaukjak Katsak, et Sandra Pikujak Katsak, Saqiyuq: Stories from the Lives of Three Inuit Women, (McGill-Queen's University Press, 1999). Saqiyuq nous fait pénétrer dans la vie des femmes inuites du Nord au XXesiècle. Les trois collaboratrices inuites - une grand-mère, sa fille et sa petite-fille - présentent des témoignages qui reflètent le point de vue de trois générations successives, ce qui permet de mieux cerner les forces du changement culturel et social à l'œuvre dans l'Arctique. Les récits colligés et présentés par Nancy Wachowich nous renseignent sur l'expérience de vie des femmes, sur le mariage, l'éducation des enfants et les relations communautaires. Travail de collaboration, Saqiyuq est un bel exemple de la nouvelle histoire indigène, qui combine les idées des Anciens et des participants avec la perspective et les talents de rédaction d'une universitaire. Ce livre représente une contribution importante à l'histoire des Inuits, des femmes de l'Arctique et de l'histoire du Nord canadien en général. Individu Dr. Bruce Hodgins Au cours d'une longue et fructueuse carrière, le professeur Bruce Hodgins s'est imposé comme l'un des chefs de file en histoire nordique canadienne. Bien que ses premiers travaux aient porté sur l'histoire politique canadienne, Bruce Hodgins aimait tellement le Nord - et avait une telle passion pour les expéditions en canot - qu'il a tout naturellement tourné son esprit d'analyse scientifique vers les régions nordiques. Ses contributions sont variées : il innova en établissant un cours de premier cycle en histoire nordique, il fut le directeur du Frost Centre for Northern Studies à l'université Trent, et il fit inlassablement la promotion des études nordiques canadiennes sur le plan national et international. Il a rédigé d'importants ouvrages sur l'histoire du Nord de l'Ontario et a publié plusieurs recueils d'articles sur des thèmes nordiques. Sa contribution la plus durable aura été d'avoir dirigé des mémoires et des thèses de premier et de deuxième cycles, preuve qu'il avait su transmettre avec grand succès sa passion du Grand Nord canadien à de nouveaux chercheurs. Pendant trente ans, Bruce Hodgins a été à l'avant-scène en histoire du Nord canadien et il mérite hautement la distinction que la SHC lui accorde aujourd'hui. Colombie-BritanniqueBeyond the City Limits: Rural History in British Columbia. (Ruth Sandwell dir.). Beyond the City Limits vient enrichir l'histoire écrite de la Colombie-Britannique. Contrairement à la plupart des ouvrages, qui s'intéressent plus au sud de la province, ce recueil d'articles fort attendu fait plutôt porter son analyse sur la Colombie-Britannique rurale et aborde de façon éclairante toutes sortes de sujets, allant de la chasse au cougar sur l'île de Vancouver au proxénétisme à Prince George. Cet ouvrage se distingue non seulement par son originalité, mais aussi par la rigueur théorique et méthodologique avec laquelle il décrit certains pans de l'histoire de la Colombie-Britannique que l'on a traditionnellement considérés comme marginaux et qui portent sur les villages, les fermes et les communautés du nord et de l'intérieur de la province. Beyond the City Limits ouvre ainsi une nouvelle perspective en histoire de l'Ouest qui dépasse largement les frontières provinciales et nationales, et représente donc une contribution majeure à l'histoire de la Colombie-Britannique. Les PrairiesJack Glenn, Once Upon An Oldman. Exposant le conflit de ses origines en 1976 à nos jours, Once Upon An Oldman est une captivante étude de la violente et pénible controverse entourant la construction du barrage Oldman dans le sud de l'Alberta. Le gouvernement de l'Alberta, avec l'appui d'un lobby de l'irrigation redoutablement efficace, avait commencé la construction du barrage en 1986, faisant fi de l'opposition des Peigan, des propriétaires fonciers locaux, des pêcheurs et des groupes environnementaux. Malgré les recours en justice, les manifestations, les débats publics et la tribune d'experts du gouvernement fédéral qui jugea même le projet inacceptable, rien n'y fit : les travaux furent achevés en 1991. Jack Glenn démontre que les gouvernements provincial et fédéral, quoi que fussent leurs affirmations, prouvèrent qu'ils ne tenaient pas sincèrement à protéger l'environnement ou à défendre les intérêts des peuples autochtones. L'ouvrage est une contribution importante à l'histoire régionale, car l'auteur situe le conflit dans une étude contextuelle de l'occupation humaine et de la gestion des eaux du bassin de la rivière Oldman. Il analyse efficacement les liens historiques reliant les Peigan à cette région de l'Alberta. OntarioMark McGowan, The Waning of the Green Mark McGowan retrace ici l'évolution de la communauté irlandaise catholique de Toronto, du ghetto ethnique où elle se cantonnait à son intégration totale à la société torontoise. L'ouvrage repose sur une recherche statistique poussée, qui appuie les observations de l'auteur sur la dispersion urbaine et l'ascension sociale des membres de ce groupe ethnique. Mark McGowan explique comment les nouvelles organisations, par leur structure et leurs activités, ont supplanté les anciens réseaux nationalistes. Il étudie les relations entre les hommes et les femmes, compare les Irlandais catholiques canadiens avec les immigrants catholiques venus d'autres pays, et examine le rôle de la communauté irlandaise canadienne pendant la Première Guerre mondiale. The Waning of the Green est un ouvrage historique bien rédigé et convaincant. Le Canada atlantiqueDavid Frank, J. B. McLachlan: A Biography Dans cet ouvrage fouillé et savamment structuré, David Frank raconte dans un style alerte la vie passionnante d'un leader syndical écossais travaillant dans les mines du Cap-Breton. James Bryson McLachlan joua un rôle clé chez les mineurs en tant qu'éducateur et organisateur syndical dans la première moitié du XXe siècle. Il appuya les mineurs lorsqu'ils se joignirent à la United Mine Workers of America en 1908-1909, fut membre du comité exécutif du syndicat et dirigea la légendaire grève de 1909-1911. Dans cette biographie, Frank fait revivre ce personnage, dont l'histoire a surtout retenu le leadership radical dans les graves conflits ouvriers des années 1920 et 1930. Frank intègre adroitement la vie de McLachlan à l'histoire du Cap-Breton, où le boom économique avait causé l'extrême appauvrissement des mineurs et l'agrandissement du fossé entre les classes sociales. Cette biographie tant attendue d'un leader de la classe ouvrière représente une contribution majeure non seulement à l'histoire de la Nouvelle-Écosse et de la région de l'Atlantique, mais aussi à celle du Canada. QuébecPeter Gossage, Families in Transition. Industry and Population in Nineteenth-Century Saint-Hyacinthe. McGill-Queen's University Press, 1999. Families in Transition représente une véritable monographie, qui utilise intelligemment des sources nombreuses et variées, pour démontrer de façon convaincante l'impact local de la transition vers le capitalisme industriel et de la transition démographique. L'auteur a construit une banque de données remarquable, qui autorise à la fois des corrélations inhabituelles, des conclusions différenciées selon les classes, et une reconstitution de dossiers familiaux qui fournit des illustrations éloquentes des larges phénomènes mis à jour. Mettant à profit les thèses de l'histoire socio-économique des trente dernières années, il demeure attentif à la spécificité de Saint-Hyacinthe dont il décrit les environs de façon évocatrice, à l'aide notamment d'une iconographie riche et judicieusement analysée. René Hardy. Contrôle social et mutations de la culture religieuse au Québec, 1830-1930, Les Éditions du Boréal, 1999. Cette étude d'une grande maturité, qui porte sur l'évolution de la place de la religion dans la culture, lance des coups de sonde dans un domaine de la vie sociale d'autant plus difficile à saisir qu'il semble homogène et immuable. Au travers d'excellents articles, on découvre des approches ingénieuses, un travail de preuve rigoureux et exigeant, des explications ouvertes et renseignées par les thèses de l'historiographie européenne. La subtilité de l'analyse permet une réflexion fine sur le sens des institutions. La variété des thèmes choisis pour l'exploration de la culture religieuse est rafraîchissante. L'auteur introduit des distinctions importantes, et il accomplit un patient travail de datation de l'entrée graduelle de pratiques nouvelles dans la tradition religieuse québécoise. H.V. Nelles, The Art of Nation-Building. Pageantry and Spectacle at Quebec's Tercentenary. University of Toronto Press, 1999. The Art of Nation-Building représente une application fascinante et novatrice des tendances actuelles en histoire de la mémoire à l'histoire du Québec et du Canada. D'une lecture particulièrement agréable, l'ouvrage intègre l'histoire collective et les expériences individuelles. Il utilise des approches variées, venues de différents champs, de l'histoire intellectuelle à l'histoire urbaine, en passant par l'histoire politique et celle des religions. 1999
Le Canada atlantique Julian Gwyn. Excessive Expectations: Maritime Commerce and the Economic Development of Nova Scotia, 1740-1870 (McGill-Queen's University Press). Julian Gwyn s'appuie sur les théories du développement moderne et puise dans une immense base de données pour décrire sur une longue période chacun des secteurs économiques de la Nouvelle-Écosse; il suit ainsi les variations des indices d'importation et d'exportation, et mesure les effets perturbateurs de la guerre et des changements de la politique coloniale britannique. Comme la plupart des chercheurs contemporains, Gwyn rejette le «mythe de l'âge d'or» du milieu du siècle et doute des soi-disant bienfaits du Traité de Réciprocité. Au-delà de ses observations macro-économiques, l'auteur nous trace un portrait fascinant des villages et des ports de pêche isolés, en décrivant leurs activités économiques et la lutte quotidienne de leurs habitants pour améliorer leurs conditions de vie. Il démontre que l'économie globale était alors tout aussi compétitive et imprévisible qu'aujourd'hui, particulièrement pour les petites régions dépourvues de moyens financiers suffisants. Peter B. Waite, The Man from Halifax: Sir John Thompson, Prime Minister, 1985, Toronto: University of Toronto Press. Bien que son domaine d'étude de prédilection soit la vie politique nationale, le professeur Waite a toujours démontré un vif intérêt pour l'histoire des provinces de l'Atlantique. Déjà bien avant que cette histoire ne connaisse un immense regain d'intérêt dans les années 1970, il encourageait ses étudiants à exploiter les sources archivistiques relatives à l'histoire régionale. Dans sa biographie de sir John Thompson et dans sa vivante histoire en deux volumes de l'Université Dalhousie, Waite cherche à établir les liens unissant les individus et les institutions de la côte atlantique du Canada à la communauté nationale et internationale. Ces deux ouvrages sont rédigés dans le style élégant, souvent anecdotique et humoristique qui caractérise si bien celui que l'on a surnommé «l'homme de Halifax». QuébecMargaret Bennett. Oatmeal and the Catechism: Scottish Gaelic Settlers in Quebec. (John Donald Publishers, Edinburgh et McGill-Queen's University Press). À travers une expérience locale qui sert ici de cadre de médiation de l'identité observée dans ses pratiques quotidiennes, apparaît une oeuvre qui représente les cultures dans leur dynamique créatrice. Une étude ethnologique et anthropologique qui permet de mieux comprendre le pluralisme des Cantons de l'Est et la contribution de la culture gaélique à l'histoire de cette région du Québec. Analyse qui fait ressortir la contribution, souvent silencieuse autrement, des femmes en milieu pioncer. Méthodologie bien campée et utilisation fine des sources orales. Enfin, des voix qui se font entendre et qui invitent à réécrire nos histoires nationales. OntarioJanet E. Chute. The Legacy of Shingwaukonse : A Century of Native Leadership (University of Toronto Press). Janet Chute présente une analyse détaillée et finement contextualisée de la vie et de la carrière du chef Shingwaukonse (Little Pine) et de deux de ses fils, des Ojibwas de Garden River. Située près de Sault-Sainte-Marie, cette communauté dut résister, tout au long du XIXe siècle, à l'assimilation et aux transformations qu'entrainaient l'expansion industrielle canadienne, les activités des missionnaires et l'application des politiques gouvernementales. Se fondant sur une quantité impressionnante d'archives orales et de sources publiées, et en accordant une égale attention aux considérations spirituelles et aux aspects pratiques des négociations, Chute démontre comment ces leaders autochtones ont tenté - avec un certain succès - de conserver les valeurs culturelles de leur communauté et de garder une mainmise relative sur leur territoire et leurs ressources. Les PrairiesDavid Bright. The limits of Labour : Class Formation and the Labour Movement in Calgary, 1883-1929 (UBC Press). Colombie-BritanniqueMary-Ellen Kelm. Colonizing Bodies : Aboriginal Health and Healing in British Columbia, 1900-1950 (UBC Press). Mary-Ellen Kelm aborde de façon innovatrice l'histoire de la santé des autochtones à l'échelle de la province en compilant des études de cas isolées et disparates. Elle analyse dans une perspective critique et postmoderniste l'évolution de la construction des idées sur le corps. Pour les aborigènes de la Colombie-Britannique, ce processus s'est déroulé dans le contexte du colonialisme et des préjugés d'infériorité qu'il véhiculait. Kelm manie ces questions théoriques avec assurance et pousse ainsi le lecteur à repenser non seulement l'histoire de la médecine en Colombie-Britannique, mais aussi les interprétations sur la démographie, le travail des missionnaires, les pensionnats et l'État. Les chercheurs qui travaillent dans chacun de ces domaines devront désormais réviser nombre de leurs prémisses et hypothèses. La recherche de Kelm est rigoureuse, les conclusions, importantes, et les tableaux statistiques, excellents. Alice Glanville, présidente sortante de la British Columbia Historical Federation. Alice Glanville s'intéresse à la conservation d'objets et à la publication d'ouvrages documentant particulièrement l'histoire de la région frontalière du sud de la Colombie-Britannique. A la fois éditrice et rédactrice du Boundary Historical Report, elle est aussi l'auteure de Grand Forks : The First 100 Years, Schools of the Boundary, 1881-1991, et de The Life and Times of Grand Forks : Where the Kettle River Flows. Elle a contribué à promouvoir l'enseignement de l'histoire de la Colombie-Britannique et l'histoire régionale dans les écoles, elle a favorisé la protection des artefacts et des sites historiques, et elle a inspiré de nombreux chercheurs. Active également sur la scène publique, elle a été commissaire conjugale, conseillère scolaire, membre du Boundary Health Council et de la Phoenix Foundation. Le NordCharlene Porsild. Gamblers and Dreamers: Women, Men, and the Community in the Klondike (UBC Press). Charlene Porsild présente un survol passionnant et instructif de l'aspect social de la Ruée vers l'or, en résumant l'ensemble des ouvrages qui traitent de cette question. Ses recherches approfondies dans les dépôts d'archives lui permettent d'avancer de nouvelles idées. Elle ébranle au passage de nombreux mythes et stéréotypes qui ont coloré le récit de l'aventure du Klondike et trace un portrait réaliste de cet événement qui a marqué l'histoire du Nord. 1998
Le Canada atlantique Peter E. Pope, The Many Landfalls of John Cabot Québec Jules Bélanger, «pour sa contribution à l'histoire de la Gaspésie» OntarioKeith Walden, Becoming Modern in Toronto: The Industrial Exhibition and the Shaping of a Late Victorian Culture Les PrairiesFrank Tough, 'As Their Natural Resources Fail': Native Peoples and the Economic History of Northern Manitoba, 1870-1930 Colombie-BritanniqueCole Harris, The Resettlement of British Bolumbia: Essays on Colonialism and Geographical Change Douglas Cole, Simon Fraser University Le NordW. Gillies Ross, 'This Distant and Unsurveyed Country': A Woman's Winter at Baffin Island, 1857-1858 1997
Le Canada atlantique Ian Ross Robertson, The Tenant League of Prince Edward Island, 1864-1867: Leasehold Tenure in the New World Le Smallwood Heritage Foundation et l'Encyclopedia of Newfoundland and Labrador QuébecChristine Hudon, Prêtres et fidèles dans le diocèse de Saint-Hyacinthe, 1820-1875</p> Le groupe de recherche sur l'histoire de Montréal Mention honorable : José E. Igartua, Arvida au Saguenay: Naissance d'une ville industrielle OntarioCecilia Morgan, Public Men and Virtuous Women: The Gendered Languages of Religion and Politics in Upper Canada, 1791-1850 Colombie-BritanniqueAlicja Muszynski, Cheap Wage Labour: Race and Gender in the Fisheries of British Columbia Anne Yandle, pour son appui pour l'écriture de l'histoire de la Colombie-Britannique Le NordDavid Neufeld et Frank Norris, Chilkoot Trail: Heritage Route to the Klondike 1996
Les provinces atlantiques Sean T. Cadigan, Hope and Deception in Conception Bay: Merchant-Settler Relations in Newfoundland, 1785-1855 QuébecOdette Vincent et al., Histoire de l'Abitibi-Témiscamingue OntarioPatricia Jane Jasen, Wild Things: Nature, Culture, and Tourism in Ontario, 1790-1914 Povinces des Prairies et Territoires du Nord-OuestMary Kinnear, In Subordination: Professional Women, 1870-1970 Colombie-Britannique et Yukon Frank Leonard, A Thousand Blunders: The Grand Trunk Pacific Railway and Northern British Columbia George Brandak «for an outstanding contribution to the study of British Columbia's Past» 1995
Provinces atlantiques Phillip A. Buckner et John G. Reid, (dir) The Atlantic Region to Confederation: A History QuébecChad Gaffield, Histoire de l'Outaouais OntarioA. B. McKillop, Matters of Mind: The University in Ontario, 1791-1951 Ontario Women's History Network, «for promoting the History of Ontario and Canadian Women» Provinces des Prairies et Territoires du Nord-OuestI.S. MacLaren et C. Stuart Houston, Arctic Artist: The Journal and Paintings of George Back, Midshipman with Franklin, 1819-1822 Colombie-Britannique et Yukon Naomi Miller «for her contribution to History in British Columbia» Tina Loo, Making Law, Order, and Authority in British Columbia, 1821-1871
1994
Région atlantique E. R. Forbes et D.A. Muise, The Atlantic Provinces in Confederation OntarioJanice Potter-MacKinnon, While the Women Only Wept: Loyalist Refugee Women in Eastern Ontario J. Keith Johnson «for his contribution to a better understanding of Ontario's regional history» Provinces des Prairie et Territoires du Nord-OuestM. Hallett et M. Davis, Firing the Heather: The Life and Times of Nellie McClung Mention honorable : R.K. Loewen, Family, Church, and Market: A Mennonite Community in the Old and New Worlds William Eldon Peters «for his particular passion for the preservation of Alberta's rural heritage» Colombie-Britannique et YukonDianne Newell, Tangled Webs of History: Indians and the Law in Canada's Pacific Coast Fisheries Keith Ralston «for a tremendous impact on the study of British Columbia provincial past» QuébecLouis Lavallée, La Prairie en Nouvelle-France, 1647-1760 1993
Québec Musée d'archéologie et d'histoire de Montréal, Pointe-à-Callière et le Centre canadien d'architecture OntarioMarilyn I. Walker, Ontario's Heritage Quilts Ontario Heritage Foundation Colombie-Britannique et YukonJames Gibson, Otter Skins, Boston Ships, and China Goods: The Maritime Fur Trade of the Northwest Coast, 1785-1841 Scott McIntyre, «for his important contribution to the study of British Columbian history as a publisher and as an advocate for scholarship in this region» Région atlantiqueSteven Hornsby, Nineteenth Century Cape Breton: A Historical Geography Institute for Social and Economic Research Provinces des Prairies et Territoires du Nord-OuestLynn Bowen, Muddling Through. The Remarkable Story of the Barr Colonists Manitoba History
1992
Colombie-Britannique et Yukon Jean Barman, The West Beyond the West: A History of British Columbia Mention honorable : Robin Fisher, Duff Pattullo of British Columbia Rolf Knight en honneur de sa contribution pendant sa carrière Région atlantiqueRosemary E. Ommer, From Outpost to Outport: A Structural Analysis of the Jersey-Gaspé Cod Fishery, 1767-1886 OntarioMarianne McLean, The People of Glengarry: Highlanders in Transition, 1745-1820 Queen's University Archives pour «Its role as a Valuable Resource for the Study of Ontario Regional History» Provinces des Prairies et Territoires du Nord-Ouest Richard I.Ruggles, A Country So Interesting. The Hudson's Bay Company and Two Centuries of Mapping, 1670-1870 Mention honorable : George Wenzel, Animal Rights, Human Rights, Ecology, Economy and Ideology in the Canadian Arctic Glenbow Library and Archives pour «Outstanding Contributions to the Study of Western Canada» QuébecJ.I. 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