La SHC accorde un prix remis au meilleur article publié chaque année dans la Revue de la Société historique du Canada. Le jury se compose des membres du comité de rédaction de la Revue, ainsi que d'un représentant du Conseil de la SHC; les articles sont également évalués par un comité de pairs.
Lauréats du prix de la revue
2011 Béatrice Richard: « Quelle guerre raconter ? Le dilemme du légionnaire Paul Caron. »Dans son article intitulé « Quelle guerre raconter ? Le dilemme du légionnaire Paul Caron », Béatrice Richard revisite le rapport du Canada français à la Grande Guerre à travers l’étude du témoignage du journaliste Paul Caron, enrôlé dans la légion étrangère française en 1914. Adoptant une perspective historiographique nouvelle, solidement ancrée théoriquement, bien campée contextuellement, basée sur une recherche sérieuse et écrite dans une prose élégante, cette étude contribue non seulement à l’historiographie concernant le rapport des Canadiens français à la Première Guerre mondiale, mais aussi plus généralement à la mise en valeur des chroniques de guerre comme sources pour l’histoire culturelle.________________________________________________________________________ 2010 Revue # 1 Michael Gauvreau. "Winning Back the Intellectuals: Inside Canada’s ‘First War on Terror’ 1968-1970“.Les analyses historiques de la Crise d’octobre ont tendance à se cristalliser autour d’une dichotomie simple entre les intentions du gouvernement du Canada et le Front de libération du Québec (FLQ), à souligner les tensions entre les États fédéral et provincial pendant la crise, ou encore à replacer le FLQ dans le contexte de l’éclosion d’idées radicales au Québec des années 1960. La présente recherche prend comme point de départ la réticence paradoxale de l’administration Trudeau à qualifier les felquistes de « terroristes » et étudie la réaction du gouvernement fédéral dans le contexte d’une stratégie élargie visant à forcer l’intelligentsia tant anglo-canadienne que québécoise à se désolidariser du radicalisme étudiant et des luttes de décolonisation internationales. L’auteur envisage la « guerre au terrorisme » entreprise par le gouvernement Trudeau moins comme une réaction ponctuelle à l’enlèvement de James Cross et de Pierre Laporte que comme un élan de conservatisme suscité par la rencontre des autorités avec certains éléments de la révolution culturelle des années 1960. Il se demande si la réaction du gouvernement fédéral est attribuable à la volonté, qui existait dans le cercle restreint du premier ministre Trudeau, de promouvoir un nouveau type de libéralisme. Opposés aux tendances anciennes de légitimation de la participation civique par le truchement d’organismes « représentatifs » non élus, Trudeau et les siens auraient caractérisé ces derniers de complices, volontaires ou inadvertants, d’actes de violence terroriste. Cet article repose sur une série de documents nouvellement déclassifiés du cabinet fédéral et des services secrets déposés dans les archives du premier ministre Trudeau, ainsi que sur une relecture de périodiques et de sources médiatiques du Québec. Revue # 2Jane Samson. “Christianity, masculinity, and authority in the Life of George Sarawia".L’article “Christianity, masculinity, and authority in the Life of George Sarawia” de Jane Samson est une étude innovatrice de deux sources complexes d’autorité politique et spirituelle au début du XXe siècle sur l’île Mota dans le Pacifique. Les lecteurs ont apprécié cette analyse nouvelle, dynamique et subtile des sources disponibles. En décortiquant la politique compliquée de la masculinité, de l’autorité et de la chrétienneté dans un cadre particulier, l’article de Samson ajoute aux historiographies de missions, des rapports hommes-femmes et du colonialisme dans le Pacifique et ailleurs.________________________________________________________________________2009
Kathryn Harvey. « Tout est dans l’emplacement : David Ross McCord et la construction de l’histoire du Canada » Cette étude sur le musée national McCord de Montréal examine le rôle de l’emplacement dans la création de la mémoire personnelle et publique. Son fondateur, David Ross McCord, a cherché à mettre en valeur une version de l’histoire du Canada dans laquelle la famille et les mythes personnels se fondaient avec le concept de la nation. Le récit très personnel de McCord sur les origines du Canada a été conçu dans l’enceinte privée de sa demeure et se manifeste à travers l’acte répétitif de la remémoration. Revue # 2
Charlotte Macdonald, "Between religion and empire: Sarah Selwyn’s Aotearoa/New Zealand, Eton and Lichfield, England, c.1840s-1900" À partir de la biographie de Sarah Selwyn (1809-1907), femme du premier évêque anglican de Nouvelle-Zélande, cet article étudie les forces dynamiques qui sous-tendent les déplacements géographiques et les communautés de relations variables grâce auxquelles le monde impérial du milieu du XIXe siècle a pu se constituer. Tiraillée entre les forces en jeu (Empire et religion, mission et Église, High Church et évangélisme, Européens et Maoris ou Mélanésiens), la vie de Sarah illustre les réseaux complexes qui soutiennent (et parfois contribuent à saper) l’autorité coloniale et l’autorité religieuse. Sarah s’était embarquée pour la Nouvelle-Zélande à la fin 1841, à l’apogée d’un mouvement d’idéalisme missionnaire et humanitaire anglais, pour arriver dans une société maorie hiérarchique et dans l’ensemble christianisée. Au moment de son retour en Angleterre, en 1868, l’Église et la société coloniales, désormais sous emprise européenne, s’étaient ralliées à l’idée d’un gouvernement dirigé par les colons qui allaient s’armer contre les Maoris « rebelles » dans une lutte pour la souveraineté. Plus tard dans sa vie, Sarah Selwyn s’est faite la narratrice réticente de sa vie « coloniale », au moment où elle était témoin de l’émergence d’un Empire plus séculier, dans l’enceinte de la cathédrale Lichfield où son mari était évêque. L’auteure reconstitue ici les réseaux personnels de l’Empire dans le cadre de communautés métropolitaines et coloniales larges et changeantes, qui sont passées de l’idéalisme des années 1840 à un climat plus punitif à la fin du XIXe siècle. L’analyse évoque le contexte général dans lequel une vie s’est vue marquée par les ambiguïtés liées à l’affirmation d’une identité chrétienne au sein du monde colonial, Sarah représentant l’Empire tout en étant une critique acharnée de la politique impériale, étant une croyante de la haute société se rattachant à la High Church tout en vivant aux côtés de missionnaires évangéliques, et étant une personne pour qui la vie en Nouvelle-Zélande représentait tout à la fois une profonde disjonction et un récit déterminant. 2008Mark Meyers, “‘Your brain is no longer you own!’: Mass Media, Secular Religion, and Cultural Crisis in Third Republic France" L’article d’argumentation convainquant de Mark Meyers, « 'Your brain is no longer your own!’: Mass Media, Secular Religion, and Cultural Crisis in Third Republic France », est une étude spécialisée et complexe de la culture française de l’entre-deux-guerres. Bien que la majorité de la documentation porte essentiellement sur les défis politiques, économiques et sociaux de la République, peu d’ouvrages ont approfondi les défis culturels soulevés par les changements confessionnels tels que représentés par les « progrès » technologiques et scientifiques. Dans son article, M. Meyers examine un nombre étonnant de liens entre le comportement collectif, la suggestion hypnotique et la « >religiosité », et il s’y prend de façon imaginative. Ce faisant, les connexions entre le présent et le passé sont soulignées dans le but de dévoiler l’ambigüité des termes souvent utilisés par les historiens pour délimiter cette période. 2007Ryan C. Eyford, “Quarantined Within a New colonial Order. The 1876-77 Lake Winnipeg Smallpox Epidemic" Le très beau texte de Ryan C. Eyford, « En quarantaine à l’intérieur d’un nouvel ordre colonial : L’épidémie de variole de 1876-1877 au lac Winnipeg », rassemble des thèmes de l’histoire canadienne de l’Ouest : la colonisation, l’établissement des peuples autochtones et leur dépossession. Les critiques ont jugé que l’article, quoique complexe en théorie, représentait un travail « important ». Eyford décrit la complexité des relations entre les Autochtones, les pionniers islandais et le gouvernement fédéral pendant une épidémie dévastatrice, au cours de laquelle les gestionnaires de l’État permettent aux Islandais de coloniser l’endroit sans prendre en compte les revendications territoriales des Autochtones. À partir d’une histoire apparemment « peu importante », Eyford a produit une analyse modèle qui aidera assurément les autres historiens étudiant les relations entre immigrants et Autochtones. 2006John Sandlos, “Federal Spaces, Local Conflicts: National Parks and the Exclusionary Politics of the Conservation Movement in Ontario, 1900-1935" Le professeur John Sandlos a écrit un article attrayant et inspirant sur les parcs nationaux du Canada et sur le mouvement écologiste en Ontario au début des années 1900. Il puise son information dans la lecture d’une vaste sélection de documents d’archives et de sources publiées pour montrer que la création et le développement de ces espaces protégés a donné lieu à un jeu de force complexe entre les représentants des gouvernements fédéral et provincial, les organisations, les intérêts commerciaux et récréatifs locaux, les squatteurs et les chasseurs autochtones. Prenant pour exemple le parc national de la Pointe-Pelée et celui des Îles-de-la-Baie-Georgienne, il examine attentivement la politique des parcs et amène son lecteur à comprendre que les délibérations se sont déroulées dans un esprit de « communauté décisionnaire », un concept qui fait intervenir les acteurs fédéraux et régionaux dans l’établissement d’un régime de réglementation. 2005Kevin Kee, “Bobby Sox to Bach: Charles Templeton and the Commodification of Popular Protestantism in the Postwar Era” Faisant contrepoids à l’historiographie actuelle, qui tend plutôt à mettre l’accent sur le leadership de l’Église, cet article traite de la religion populaire dans un cadre que peu d’historiens ont fréquenté, celui de la période postérieure à la Deuxième Guerre mondiale. On y trouve aussi des commentaires intéressants sur Charles Templeton, un personnage relativement bien connu, mais dont on n’a pas aussi bien compris le rôle dans la religion populaire au Canada. Plus important encore, l’auteur remet en question de façon convaincante le rôle de l’Église dans le Canada contemporain. Cette thèse soulèvera certainement de nombreux débats. 2004Whitney Lackenbauer, “The Methodological Challenge of ‘non-Events:’ A Reflection Using Comparative Case Studies on Military-Aboriginal Relations Over Land Use in Twentieth-Century Canada” Cet article marie avec succès histoire régionale et histoire des autochtones dans le contexte du Canada durant la Deuxième Guerre mondiale. Il remet en question plusieurs idées reçues et présente une interprétation nuancée des motivations qui ont dicté l’attitude de la collectivité autochtone et des représentants officiels du gouvernement fédéral. L’article de Whitney Lackenbauer rappelle aux historiens qu’ils devraient analyser les événements historiques dans toute leur complexité, et il constitue un exemple éloquent des résultats que l’on peut atteindre en suivant cette approche. 2003James Opp, «Re-imaging the Moral Order of Urban Space: Religion and Photography in Winnipeg, 1900-1914» Dans cette communication innovatrice, James Opp jette un regard neuf sur la réforme urbaine et le Social Gospel au Canada, en examinant les photographies que les évangélisateurs publics de Winnipeg utilisaient dans le but de dresser une représentation «scientifique» des problèmes sociaux. Dans son analyse, l'auteur invite ses lecteurs à voir - littéralement - la période sous un nouvel angle. 2002Marlene Epp, «Pioneers, Refugees, Exiles, and Transnationals: Gendering Diaspora in an Ethno-Religious Context» En combinant les théories générales sur les diasporas avec les techniques plus personnelles, immédiates et spécifiques des contes, et en analysant les expériences de vie de quatre femmes mennonites, Marlene Epp a écrit un texte tout à fait nouveau dans lequel elle évalue la nature de l’identité des peuples immigrés. Elle montre comment les notions relatives à la diaspora aident à mieux saisir l’expérience des femmes, et comment l’étude des genres peut enrichir notre compréhension de la diaspora. Chemin faisant, elle remet en question les mythes collectifs des Mennonites (et de certains historiens) et observe que les éléments clés de l’identité des quatre femmes mennonites n’étaient pas la religion ou l’ethnicité, mais bien plutôt «l’expérience vécue de la transnationalité», et leur rôle dans des «systèmes patriarcaux, y compris leur propre famille». L’article de Marlene Epp donne ample matière à réflexion, tant d’un point de vue historiographique que méthodologique. 2001Jerry Bannister, «The Naval State in Newfoundland, 1749-1791» |