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La Médaille François-Xavier Garneau

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La médaille François-Xavier-Garneau, attribuée à tous les cinq ans, est le plus prestigieux des prix de la SHC. Cette médaille honore une contribution canadienne remarquable à la recherche historique.

La prochaine médaille sera remise en 20120 

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Lauréats de la médaille

2015

Bettina BradburyWife to Widow: Lives, Laws, and Politics in Nineteenth-Century Montreal. Vancouver: UBC Press, 2011.

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Dans son ouvrage intitulé Wife to Widow: Lives, Laws, and Politics in Nineteenth-Century Montreal, Bettina Bradbury met à jour certaines similarités dans l’expérience vécue par les veuves montréalaises aux origines diverses au XIXe siècle. « Pour devenir veuve », comme l’explique Bradbury, « il était nécessaire d'être reconnue comme femme, d’épouser un homme et de lui survivre. » Le livre s’articule donc autour de ces trois propositions, tout en les dépassant puisque les différents chapitres exposent les contraintes liées à la classe sociale et au patriarcat, tout en tenant compte des luttes de ces femmes et du chagrin marquant les vicissitudes de la vie. Par une analyse minutieuse des renseignements biographiques recueillis dans un échantillon couvrant deux générations (1823-1826 ; 1842-1845), Wife to Widow associe les différentes étapes de la vie de ces veuves au développement du capitalisme et à la politique coloniale à un moment charnière de l’histoire canadienne.

Ce livre captivant démontre la polyvalence de l'auteure en combinant un style narratif fluide, des principes féministes clairs et une gamme étendue de compétences en recherche. Des documents contemporains, un héritage des communautés religieuses de Montréal et des dispositifs juridiques du Bas-Canada ont fourni des renseignements essentiels à Bradbury qui s’en est servi pour créer des généalogies collectives. Ces généalogies structurent Wife to Widow. Ouvrage exemplaire en histoire sociale, Wife to Widow fusionne la quête de l'histoire du bas vers le haut avec la politique coloniale, les magouilles municipales, les identités communautaires et l'assistance sociale catholique. Les pratiques juridiques contradictoires sont également une préoccupation centrale de Bradbury. Une exploration des pratiques antithétiques du droit civil et du droit commun lui permet de lier l'histoire des femmes, l’histoire familiale, l'histoire urbaine, l'histoire économique et l'histoire politique. Wife to Widow offre une analyse hors pair du principe d'autorité, du genre et de la propriété. 

Pour ces raisons et d'autres encore, Wife to Widow mérite amplement la médaille François-Xavier Garneau, le plus prestigieux prix décerné par la Société historique du Canada.

Livres en lice 

Béatrice CraigBackwoods Consumers & Homespun Capitalists: The Rise of a Market Culture in Eastern Canada. Toronto: University of Toronto Press, 2009. 

Nicholas TerpstraLost Girls: Sex and Death in Renaissance Florence. Baltimore: Johns Hopkins University Press, 2010. 

Joy ParrSensing Changes: Technologies, Environments, and the Everyday, 1953-2003. Vancouver: UBC Press, 2010. 

Leslie A. Robertson et le Kwagul Gixsam. Standing Up with Ga?xsta?as: Jane Constance Cook and the Politics of Memory, Church and Custom. Vancouver: UBC Press, 2012.

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2010

John C. WeaverThe Great Land Rush and the Making of the Modern World (qui a été traduit en 2007 sous le nom de La ruée vers la terre et le façonnement du monde moderne, 1650-1900).

Son ouvrage a été choisi par le jury du prix comme étant la plus remarquable contribution canadienne à la recherche historique publié entre 2003 et 2008.

Véritable triomphe d’histoire comparative et interdisciplinaire, The Great Land Rush and the Making of the Modern World fraie un chemin dans les complexes histoires régionales et nationales de la colonisation au Canada, aux États-Unis, en Afrique du Sud, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Abordant tour à tour les dimensions juridique, culturelle, écologique, intellectuelle et économique, John Weaver situe l’émergence de la notion de propriété privée au carrefour de l’histoire du droit et de la géographie culturelle, apportant un éclairage nouveau sur l’esprit d’entreprise colonial britannique et la transition vers le capitalisme moderne. Motivées par une volonté de « mise en valeur » du territoire, la montée en popularité de la tenure privée et l’histoire concomitante de l’aliénation des revendications territoriales ont mené à l’établissement de grandes propriétés agricoles dans ces cinq régions exportatrices de denrées alimentaires du Nouveau Monde. Or, cet épisode dépasse les cadres de l’exercice de la toute-puissance de l’État dans les sphères juridique, politique et militaire; il fait aussi intervenir les squatters et aventuriers qui occupaient des terres au mépris des ordres et qui, en quelque sorte, ont façonné ces nouvelles Europes. Il en ressort une fascinante synthèse des grandes caractéristiques communes de la colonisation anglophone et de leurs répercussions juridiques et culturelles à l’échelle mondiale. En ratissant si large (puisqu’il évoque trois continents et cinq pays), Weaver fait preuve d’une remarquable maîtrise d’un gigantesque fonds documentaire – qui comprend les livres de comptes des compagnies foncières autant que les mémoires oubliés des colons. Malgré l’envergure considérable de l’étude, l’auteur ne perd jamais de vue les détails qui apportent toute sa nuance au récit. D’une plume habile et éloquente, Weaver fait revivre les cultures et les acteurs liés à la course à la propriété foncière – allant d’Alexander Berry, chirurgien naval devenu magnat foncier qui a su bâtir un domaine d’inspiration féodale en Australie, à John Symmes, enseignant et arpenteur dont les rêves d’empire foncier dans le sud de l’Ohio se sont évanouis à la suite de la chute des prix et de rumeurs pernicieuses colportées par ses adversaires. Tout à la fois agréable et érudite, The Great Land Rush, est une œuvre d’histoire mondiale novatrice qui ouvre de nouvelles perspectives sur la formation des nations et des mentalités modernes.

Mention honorable 


Natalize Zemon Davis, Trickster Travels: A Sixteenth-Century Muslim Between Worlds.

Trickster Travels, œuvre à la fois simple et complexe, se veut une fenêtre sur l’univers méditerranéen du XVIe siècle. Dans un premier temps, il s’agit d’une biographie intellectuelle méticuleusement documentée sur l’énigmatique Hassan al-Wazzan (Léon l’Africain), diplomate musulman nord-africain devenu l’un des principaux écrivains et interprètes de l’Afrique auprès du public européen. Dans un second temps, il s’agit d’une enquête de grande envergure sur la rencontre entre l’Afrique et l’Europe, l’Islam et le christianisme, le long d’une des grandes autoroutes transculturelles de la Renaissance. Natalie Zemon Davis rassemble ici un vaste ensemble de documents issus de cultures diverses pour raconter les chapitres passionnants de la vie de cet homme ainsi que les milieux exceptionnels qu’il a pu explorer sur son passage. Or, choisir Hassan al-Wazzan comme figure de proue de ce récit n’a pas été chose facile, sachant qu’il n’a pas laissé d’archives écrites bien éloquentes. Pour contourner les silences dans sa documentation, l’auteure fait des spéculations averties et captivantes sur ce que son protagoniste a pu ressentir, vivre ou lire. L’habileté avec laquelle elle interroge d’infimes notes marginales ou de légères variations entre les éditions du livre à succès de son protagoniste, Description de l’Afrique, confirme ses compétences à titre d’historienne, tandis que ses réflexions sur les villes, pays et cultures qu’al-Wazzan a explorés sont animés par des étincelles d’intelligence et une grande humanité. Au fil de cet ouvrage, Davis brosse le tableau d’un « faiseur de tours », à l’instar de l’astucieux oiseau amphibie dont Léon l’Africain raconte l’histoire dans son livre, capable de se mêler autant aux oiseaux qu’aux poissons, selon les circonstances. Entre les mains d’une historienne distinguée comme Zemon Davis, le récit devient une métaphore au sujet de la double vie de Hassan al-Wazzan. Trickster Travels, en véritable modèle d’histoire interdisciplinaire présentant des observations sur des échanges culturels qui ont encore des échos dans le monde moderne, incarne les plus hautes normes de la pratique et de l’écriture historiques.

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2005

Timothy Brook, The Confusions of Pleasure: Commerce and Culture in Ming China. (Berkeley and Los Angeles: University of California Press, 1998)

Le livre de Timothy Brook offre un tableau merveilleusement vivant et complexe de la vie économique et sociale de la Chine des Ming, telle que perçue par les contemporains et interprétée par les historiens d’aujourd’hui. Brook a adopté comme guide la description de la société sous les Ming faite par un magistrat provincial, Zhang Tao, en 1609, quelque trente-cinq années avant la chute de la dynastie aux mains des Mandchous. L’histoire commence sous un bel hiver, avec une société agricole et hiérarchisée mue par des principes moraux et des règles globales institués par l’empereur suivant un esprit d’ordre et les préceptes du confucianisme. Elle se poursuit lors d’un printemps remarquablement fertile en bouleversements, alors que la circulation de l’argent, l’émergence des marchands et l’intensification du commerce déstabilisent l’ordre établi et perturbent l’agriculture. Puis elle aboutit à un été brûlant, pendant lequel la société est minée par l’avidité, la monnaie et le commerce, les anciennes valeurs détruites, l’agriculture affaiblie, les routes pleines de vagabonds, bref le monde sens dessus dessous. Brook fait sienne cette perception chinoise du temps et du changement dans son exploration de l’agriculture, des échanges, des moyens de communication et des politiques gouvernementales. Ses sources sont légion : mémoires, lettres, traités moraux, traités sur le bon goût et sur l’art du connaisseur, rapports gouvernementaux et surtout répertoires produits dans maintes provinces chinoises sous la supervision des magistrats provinciaux. L’auteur décrit, notamment, les diverses voies empruntées par le commerce, les relations entre la culture du riz et la culture du coton au fur et à mesure que croissait l’industrie textile, le passage du travail obligatoire ou forcé au travail rémunéré. Il le fait au moyen d’intéressants exemples, anecdotes ou observations de contemporains. Nous avons trouvé particulièrement fascinante sa présentation des moyens de communication, qu’il associe aux critiques de Zhang Tao consacrées à l’argent et au commerce en tant qu’agents de changement. Brook décrit le mouvement des individus et des troupes, les diverses formes de transport, la circulation des documents gouvernementaux et de la correspondance, ainsi que la croissance et la dissémination des livres imprimés, tout en précisant leur impact sur la vie sociale, économique et culturelle des Chinois. Finalement, Brook ajoute son propre « automne » aux saisons de Zhang Tao : en même temps que s’accroît la fluidité sociale entre les marchands et les nobles, les tentatives d’ascension sociale et l’édification de nouvelles balises culturelles pour les élites, balises permettant l’essor des faux en art, la société chinoise est toujours marquée par la distinction, par les relations maîtres/serviteurs (désormais animées par le salariat) et par une fine discrimination intellectuelle et culturelle. Il y a donc continuité et changement. La transition des Ming aux Qing est un commencement aussi bien qu’une fin. Brook a produit une splendide synthèse des développements entrelacés de la société, de l’économie et de la culture sous les Ming. Sa façon de nourrir l’histoire, avec des sources neuves comme les répertoires, et son choix imaginatif d’exemples ajoutent une nouvelle dimension à notre compréhension de la période. Son écriture est claire, directe et facile à lire. Son livre est un modèle pour le métier d’historien.


2000

Gérard Bouchard, Quelques arpents d'Amérique : population, économie, famille au Saguenay, 1838-1971, Montréal, Les Éditions du Boréal, 1996.

Ce livre constitue une contribution unique et exceptionnelle à l'histoire du Québec, du Canada et de l'Amérique du Nord. Il représente la somme de plus de vingt ans de recherche sur la région du Saguenay et est l'une des plus importantes études démographiques à jamais avoir été entreprises au pays. Appuyant son analyse sur une base théorique complexe et savante, Gérard Bouchard réexamine et démolit un des clichés stéréotypés voulant que la société rurale québécoise soit homogène et distincte de ses voisins nord-américains par sa culture et sa nationalité. En analysant sur plusieurs générations les multiples stratégies utilisées par les grandes familles du Saguenay pour se léguer leurs biens, l'auteur trouve des ressemblances entre cette région et les autres contrées de l'Amérique du Nord. Une des conclusions d'importance qu'en tire Gérard Bouchard est que la société saguenayenne était plus égalitaire qu'on le croyait et que ce vernis d'égalitarisme n'a pas été égratigné par les tensions et les valeurs du XXe siècle. En reconstruisant méticuleusement la famille, en la considérant comme un important modèle paradigmatique et en replaçant la paysannerie saguenayenne dans le contexte nord-américain, Gérard Bouchard se retrouve au centre de débats d'interprétation et son livre suscitera l'intérêt des historiens non seulement du Québec et du Canada, mais aussi de ceux de l'Amérique du Nord. Rédigé avec élégance, Quelques arpents d'Amérique mérite hautement la Médaille François-Xavier Garneau.

Mention honorable :

Jonathan Vance, Death So Noble: Memory, Meaning, and the First World War. Vancouver: UBC Press, 1997.

Cet excellent ouvrage d'érudition représente une importante contribution à la compréhension de la psyché canadienne au lendemain d'une horrible guerre. C'est le premier livre sur l'étude de la mémoire de la guerre à sortir de l'ornière des discours antibelligérants; il se fonde plutôt sur l'analyse des photographies, des journaux de guerre, des messages patriotiques, des romans populaires publiés à la tonne, des magazines à grand tirage, des monuments aux morts et de l'art populaire.
À partir de cette impressionnante liste de sujets d'étude, Jonathan Vance regarde comment s'est perpétuée l'expérience de la guerre et comment elle s'est construite dans la mémoire collective. Il conclut que la mémoire de la guerre s'est nourrie du «mythe» de la bravoure au combat, du sens du devoir et de l'honneur. Cette rationalisation a été nécessaire en temps de guerre pour entretenir le moral et l'engagement, et après la guerre, pour prouver que les sacrifices n'avaient pas été vains. Vance remarque toutefois que cet effort de créer un authentique passé «national» n'a pas été entièrement couronné de succès ni pendant ni après la guerre, puisque les tensions perdurèrent entre Canadiens français et Canadiens anglais. Clair, intéressant, agréable à lire et fermement ancré dans les études internationales sur le mythe et la mémoire, ce livre est une magnifique contribution à l'historiographie canadienne.

Bettina Bradbury, Working Families: Age, Gender, and Daily Survival in Industrializing Montreal. Toronto: McClelland & Stewart, 1993.

Bettina Bradbury nous présente ici une analyse originale et marquante des méthodes de survie des familles ouvrières au début de l'industrialisation de Montréal. Après avoir dressé le tableau des contextes économiques, sociaux et juridiques, l'auteure se penche sur l'économie familiale, s'intéressant au travail et au rôle de chaque membre de la famille dont la survie dépendait autant des salaires gagnés que du labeur officieux des femmes et des enfants. Bettina Bradbury nous trace un tableau convaincant de la vie quotidienne à Montréal vers la fin du XIXe siècle. Elle raconte de façon vivante comment les femmes, les hommes et les enfants surmontèrent ingénieusement leurs problèmes et comment ils contribuèrent à leur façon à l'industrialisation de Montréal. Cet ouvrage fondamentalement important est très fouillé et rédigé dans un style clair et convaincant.


1995

Joy Parr, The Gender of Breadwinners: Women, Men, and Change in Two Industrial Towns, 1880-1950, University of Toronto Press, 1990

Mention honorable :

Modris Eksteins, The Rites of Spring: The Great War and the Birth of the Modern Age, Lester and Orpen Dennys Ltd, 1989

James A. Leith, Space and Revolution: Projects for Monuments, Squares and Public Buildings in France, 1789-1799, McGill-Queen's University Press, 1991


1990

John M. Beattie, Crime and the Courts in England 1660-1800, Princeton University Press, 1986

Mention honorable :

David Eltis, Economic Growth and the Ending of the Transltlantic Trade, Oxford University Press, 1987

Allan Greer, Peasants, Lord and Merchant: Rural Society in Three Quebec Parishes 1740-1840, University of Toronto Press, 1985


1985

Michael Bliss, A Canadian Millionaire: The Life and Business Times of Sir Joseph Flavelle, Macmillan of Canada, 1978.


1980

Louise Dechêne, Habitants et marchands de Montréal au XVIIe siècle. Paris : Plon, 1974.

 
 
 
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