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Prix d'histoire politique - Meilleur livre

Le prix est attribué à un livre en histoire politique canadienne bien écrit et jugé comme constituant une contribution originale, significative et méritoire dans ce domaine. 

LAURÉATS 

2018

E. A. Heaman, Tax, Order and Good Government: A New Political History of Canada, 1867-1917. McGill-Queen's University Press, 2017.

heaman_at_eakin_april_2018_copy.jpgLe livre est une contribution sophistiquée et originale à l'histoire canadienne, remarquable pour avoir réussi à intégrer l'histoire sociale, culturelle, intellectuelle et politique dans les débats sur les conflits entourant la fiscalité. L'ampleur de la recherche, la clarté d'expression et l'interaction élégante entre la discussion théorique et la recherche empirique en font une excellente étude. Dans Tax, Order and Good Government, on découvre une histoire où la concurrence sur les ressources fiscales se fait non seulement entre les gouvernements fédéral, provinciaux et municipaux, mais aussi entre les classes, les régions et les races.

 

 

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2017

Paul Litt, Trudeaumania. Vancouver, UBC Press, 2016.

paul_litt_photo_-_political_history_book.jpgLe livre de Paul Litt s’intéresse au phénomène médiatique qui a permis l’ascension politique de Pierre Elliott Trudeau dans la deuxième moitié des années 1960. Par le biais d’une approche en histoire de la culture politique, Litt analyse de manière remarquable le phénomène de la Trudeaumanie. S’appuyant sur une riche documentation et sur une argumentation dont la profondeur progresse au fil des 10 chapitres, Litt démontre avec finesse et brio que la Trudeaumanie a été le produit de plusieurs facteurs : les valeurs contre-culturelles centrées sur la génération « boomer », le style « mod » contestataire auquel Trudeau s’est rapidement associé, la révolution sexuelle qui permettait désormais à un homme politique de jouer sur les codes sexuels, l’ébullition du nationalisme canadien favorisé par les célébrations entourant le centenaire de la Confédération, particulièrement avec l’Expo 67, le vocabulaire de la pensée intellectuelle du libéralisme canadien alors influencé et utilisé par Trudeau lui-même, la télévision comme médium culturel projetant les images de la « nation », ou encore la montée du marketing politique qui a encouragé la commercialisation de l’image d’un seul homme. Admirablement bien écrit et visuellement attrayant, le livre dépeint donc la Trudeaumanie comme un instrument politique plutôt cynique, mais qui renfermait tout de même assez de substance intellectuelle. Cette dernière a su favoriser un projet de société qui a durablement modifié le Parti libéral du Canada et représenté la première étape vers une profonde transformation de l’ordre symbolique canadien.

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2016

Mark KuhlbergIn the Power of the Government: The Rise and Fall of Newsprint in Ontario, 1894-1932. UTP, 2015.  

mark_kuhlberg.pngDans cette étude fortement argumentée sur la relation entre la province et l'industrie des pâtes et papiers en Ontario entre 1894 et 1932, Mark Kuhlberg conteste la thèse de H. Viv Nelles qui prévale depuis longtemps voulant que la propriété publique des ressources de la Couronne au Canada ait amené l'État à promouvoir plutôt qu’à règlementer le développement, « sacrifiant ainsi ce qui pourrait être généralement défini comme étant « l'intérêt public »(p.4). Le livre se distingue par l'originalité de son argument et la quantité vraiment prodigieuse de recherche sur laquelle il est fondé.

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2015

Ian Mosby, Food Will Win the War: the Politics, Culture, and Science of Food on Canada’s Home Front. UBC Press, 2014.

ian_mosby.jpgFood Will Win the War est une œuvre incroyablement riche de sens qui nous pousse à repenser l'État interventionniste durant la Seconde Guerre mondiale. Le livre est une révision du front domestique qui touche à tout, de la politique de la science aux relations entre les genres en passant par l'évolution des modes de consommation et la gestion de la diversité ethnique et raciale par l’État. Mosby étudie notamment la production alimentaire, la consommation et la réglementation durant la Seconde Guerre mondiale dans un texte novateur sur le symbolisme et la culture de la nourriture qui allie la politique sexiste de l’alimentation aux politiques de l'État en temps de guerre. Que les politiques sexistes de la consommation et de la cuisine aient alimenté ce fossé n’est pas une surprise, mais Ian s’y prend merveilleusement bien pour le décrire et le texte est nanti d’éléments de preuve détaillés. L'auteur a produit un livre sophistiqué et important en commençant par son excellent aperçu de la question jusqu’aux conséquences et conclusions percutantes de l'après-guerre.

 

Suzanne Morton, Wisdom, Justice, & Charity: Canadian Social Welfare Through the Life of Jane B. Wisdom, 1884-1975. University of Toronto Press, 2014.

suzanne_morton_-_cropped.jpgWisdom, Justice, & Charity raconte l'histoire de la vie et des expériences de Jane Wisdom, l'une des premières travailleuses sociales au Canada, dans le contexte des principaux courants dans le développement du bien-être social au pays. Wisdom a travaillé avec les pauvres dans de nombreuses situations variées et dans des contextes très différents de la lutte contre la pauvreté urbaine et périphérique en Amérique du Nord. Morton traduit habilement les tendances sociales, culturelles et politiques de chacune de ces localités. Même si les ambitions de Wisdom allaient à l’encontre de la politique au début de sa formation de travailleuse sociale alors qu'elle favorisait la charité privée aux subventions imméritées de l'État et au professionnalisme apolitique, son expérience pratique avec les pauvres l’a convaincu des bienfaits de la vie politique et de la logique. Le livre de Morton est une véritable métaphore de la présente époque apolitique : que la valeur de la politique peut être inculquée dans la cadre d’une interaction pratique avec des gens qui ont besoin d'aide sous une forme ou une autre à certaines périodes de leur vie.

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Dimitri Anastakis, Autonomous State: The Struggle for a Canadian Car Industry from OPEC to Free Trade. University of Toronto Press, 2013.

picture_of_dimitry_-_rsu.jpg          

L'étude de l'industrie canadienne de l'automobile dans le dernier tiers du XXe siècle du professeur Anastakis est un examen très détaillé et nuancé de l'impact de la mondialisation et du néo-libéralisme sur l'État canadien. Il s'agit d'un livre opportun compte tenu de la situation actuelle de l'industrie automobile au Canada. En puisant dans le large éventail d'outils diplomatiques et politiques que les fonctionnaires canadiens utilisent pour soutenir l'existence d'une industrie automobile dynamique, Autonomous State apporte une contribution essentielle à notre compréhension de la culture politique et de l’économie du pays. Basé sur un corpus impressionnant de recherches historiques, il apporte une contribution importante à un nombre croissant de publications qui retracent la transformation de l'économie canadienne à l'ère du libre-échange et de la mondialisation.

 

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2013

Bruce Curtis. Ruling By Schooling Quebec: Conquest to Liberal Governmentality – A Historical Sociology. Toronto: University of Toronto Press, 2012.

 

Ruling by Schooling Quebec est un examen novateur et puissant des liens entre l’éducation, le pouvoir et la gouvernance entre 1759 et 1841. Fruit de recherches exhaustives et méticuleuses, l’ouvrage se penche sur les efforts déployés par les administrateurs coloniaux et leurs alliés afin d’introduire des structures et des modes de gouvernement libéral au Québec et au Bas-Canada au moyen de la scolarisation de la population. Comme le mentionnait l’un des membres du jury de sélection, « ce livre est un tour de force de créativité, d’ampleur et de flair » et constitue une lecture essentielle pour quiconque s’intéresse à comprendre l’histoire contestée de la gouvernance libérale et de l’éducation dans le Québec du 19e siècle.

2012

David Wilson
, Thomas Darcy McGee, Volume 2: The Extreme Moderate, 1857-1868. (Montreal & Kingston: McGill-Queen’s University Press, 2011) se mérite le prix 2012 du meilleur livre en histoire politique canadienne.

Examiner la nature d’un homme et d’un pays. Tel est l’essence du récit de David Wilson et de son portrait de Thomas D’Arcy McGee. Culminant avec la naissance du Canada et l’assassinat de McGee, l’auteur dépeint un individu qui forgea passionnément une politique modérée dans sa croisade contre le particularisme ethnique et l’extrémisme religieux dans la conduite des affaires publiques. Là repose la vision de McGee ; une d’une société tolérante, ouverte, et plurielle. L’auteur nous invite à en tirer les leçons, car elles sont importantes dans notre monde rempli de défis et de dangers à la suite des évènements du 11-septembre. De manière convaincante, Wilson prends parti pour l’étude de l’histoire politique comme un élément fondamental à la compréhension de ce que signifie être canadien. Il redonne vie à l’excitation, aux odeurs et à l’importance de la politique du milieu du 19e siècle en Amérique du Nord britannique. Pourtant, on retrouve l’homme derrière le politicien. En dépit de la rareté de la correspondance personnelle de McGee, Wilson dévoile la grandeur du personnage et sa vigoureuse humanité; ses échecs douloureux ainsi que ses succès enivrants. Wilson, de par son approche sensible et efficace, permet de relier les univers privés et publics de McGee. Triomphe de recherche multinationale et multidimensionnelle, cette biographie entraîne le lecteur à travers une trame narrative dynamique, résultat de la prose directe et éloquente de Wilson. C’est un livre pour tous les savants, ainsi que pour tous les Canadiens. 

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2011

Ivana Caccia. Managing the Canadian Mosaic in Wartime: Shaping Citizenship Policy, 1939-1945 (Montreal & Kingston: McGill-Queen’s University Press, 2010).L’ouvrage d’Ivana Caccia, Managing the Canadian Mosaic in Wartime: Shaping Citizenship Policy, 1939-1945, porte sur les transformations de la politique de la citoyenneté du gouvernement canadien, au cours de la Seconde Guerre mondiale.   Le livre se distingue par la qualité de son érudition, la souplesse de ses arguments, et par sa contribution à la compréhension du mouvement d’élargissement des définitions de la citoyenneté canadienne au milieu du siècle dernier. Ivana Caccia présente une analyse délicate et convaincante des débats publics, à un moment où le nombre croissant de Canadiens dont l’origine n’était ni britannique ni française a, aux yeux de plusieurs, posé un défi à la cohérence de l’effort de guerre et, plus largement, à l’unité du pays. L’auteure identifie les nuances, les contradictions, et l’ambivalence de la politique canadienne envers les minorités ethniques et culturelles durant le conflit mondial.  En parallèle, elle retrace l’émergence, vers la fin de la guerre, d’une conception de l’identité canadienne centrée sur des valeurs communes qui, pour être davantage inclusive, bousculait les idées précédentes reposant sur le caractère britannique du pays. La démonstration impeccable, livrée dans une langue claire et invitante, représente un élément incontournable de l’histoire politique canadienne moderne, où elle rafraîchira les controverses au sujet de la nature du nationalisme et de l’identité.
 
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