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Commentaires de 14 archvistes de référence à BAC au mémoire de la SHC au Comité English

[Les 85 autres archivistes des A.N.C. ne partagent pas nécessairement ce point de vue]

Ottawa, 19 octobre 1998

Professeur Greg Kealey, président de la SHC
Professeur Bill Waiser, président du Comité des archives de la SHC
395, rue Wellington
Ottawa, ONK1A 0N3

Messieurs:

Nous avons pris connaissance du mémoire soumis par la Société historique du Canada au professeur John English, dans le cadre de la consultation sur le futur des Archives nationales du Canada et de la Bibliothèque nationale. Il est très étonnant d'y lire plusieurs affirmations à l'effet que les services aux chercheurs des Archives nationales du Canada se seraient dramatiquement détériorés au point d'être devenus des services de bas niveau. Étant donné qu'il existe très peu d'études d'usagers et que les dernières effectuées datent du début des années 1990, il est sans doute permis de vous demander quelles sources d'information les auteurs du mémoire ont utilisées et sur la base de quel type d'analyse ou sur quels critères ceux-ci se sont appuyés pour en arriver à de telles conclusions.

Car les auteurs ont malheureusement oublié de faire valoir que les mêmes services aux chercheurs ont, surtout depuis la dernière décennie, ouvert leur porte au grand public qui a d'ailleurs répondu à l'invitation de façon phénoménale. Il est d'ailleurs fort révélateur de constater que les historiens professionnels ne représentent qu'environ 5 % de l'ensemble des chercheurs qui utilisent les Archives. L'arrivée de ces nouvelles clientèles a évidemment eu de profondes conséquences sur la prestation des services aux chercheurs, notamment dans le contexte d'une diminution constante des ressources attribuées aux organismes gouvernementaux. Il est donc très déconcertant de sentir que des historiens, dont plusieurs étudient d'ailleurs les classes populaires, associent aussi spontanément la démocratisation de la clientèle des Archives nationales à une présumée "médiocratisation" des services aux chercheurs. Une institution canadienne travaille enfin à mettre le patrimoine historique et archivistique canadien à la portée de tous les Canadiens et Canadiennes, et la Société historique du Canada s'en offense ? Où sont donc les beaux discours de la Société historique sur l'importance et la nécessité de diffuser les sources de notre histoire ? Où sont donc les retombées démocratiques de l'histoire sociale, dont vous êtes d'ailleurs de fervents défenseurs ?

En lisant vos propos, nous avons plutôt l'impression que les membres de la Société historique sont devenus intolérants au point de refuser de côtoyer la masse des chercheurs qu'on dit "amateurs" et sans diplômes. Avons-nous vraiment les moyens au Canada de faire vivre des Archives nationales qui n'ouvriraient leur porte qu'à une poignée d'historiens diplômés qui ont de toute façon déjà déserté les murs des Archives ? La connaissance de notre passé serait-elle vraiment réservée à un petit groupe d'intellectuels à qui on procure un service dit de première classe alors que le bas peuple se contenterait de la classe économique ?

En tant qu'archivistes à la référence, nous sommes profondément déçu(e)s par les propos de la Société historique du Canada en rapport avec la compréhension des véritables enjeux reliés au futur des services aux chercheurs dans un dépôt d'archives comme celui des Archives nationales du Canada. Sur la base de quels critères critique-t-on en effet un service qui vise à être équitable envers ses clients, qui propose une formule de guichet unique et qui guide les chercheurs à travers tous les supports d'archives, dans une perspective d'archives globales ? On peut bien sûr par exemple questionner le fait que les ressources diminuées ne permettent plus aux services de reproduction des Archives d'effectuer les commandes dans un délai raisonnable; il est par contre inacceptable que la Société historique se permette d'accuser directement le personnel des Archives de reproduire un climat "anti-intellectuel" dans la salle de référence. Faut-il vous faire état de nos diplômes avant qu'on puisse vous servir ?

Puisque vous avez largement diffusé votre mémoire, nous apprécierions que cette lettre soit également portée à l'attention des membres de la Société historique du Canada de la même façon.

En espérant que ce mémoire ne soit pas représentatif de l'idée que se font l'ensemble des membres de la Société historique du Canada, nous vous prions d'agréer, Messieurs, l'expression de nos salutations distinguées.

Les archivistes à la référence des Archives nationales du Canada

c.c. John English, responsable de la consultation AN/BN
Marcel Caya
Jane Beaumont
Lee Macdonald, archiviste national par intérim
Les membres du CHD
Jean-Pierre Wallot, ancien archiviste national et président de la Société royale du Canada

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