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La SHC et l'IHAF font part de leur engagement au Ministre de la Culture et des Communications du Québec

Réponse du directeur général de la Direction générale du patrimoine du Québec le 9 septembre 2015

Le 27 juillet 2015

Mme Hélène David
Ministre de la Culture et des Communications
Gouvernement du Québec
480, boul. St-Laurent, 7e étage
Montréal, Québec
H2Y 3Y7        

                       

Demande de classement patrimonial du site historique et archéologique Jacques Le Ber (BiFj-1)          

Madame la Ministre,

Alors que les travaux de remplacement du pont Champlain débutent, l’Institut d’histoire de l’Amérique française et la Société historique du Canada s’engagent conjointement pour vous demander de prendre les mesures nécessaires en faveur du classement patrimonial du site historique et archéologique Jacques Le Ber (BiFj-1).

Le site Le Ber est essentiellement constitué des vestiges du domaine agricole acquis par Jacques Le Ber à compter de 1664 sur le côté nord de l’Ile Saint-Paul, l’actuelle Ile des Sœurs. Il témoigne des premiers moments d’établissement français en terres d’Amérique du Nord et potentiellement d’une occupation amérindienne antérieure. Marchand et soldat français arrivé en Nouvelle-France en 1657, Jacques Le Ber fut anobli en 1696 après être devenu un des hommes d’affaires les plus influents et les plus riches de la colonie. Le site patrimonial Le Ber-Le Moyne, situé à Lachine, et où s’élève encore deux bâtiments de la fin du 17e siècle, a déjà obtenu une reconnaissance patrimoniale provinciale en raison de son ancrage dans l’histoire de la traite des fourrures et pour sa valeur archéologique. Or, le site où s’élevait le domaine agricole de Le Ber à l’Ile des Sœurs est lui aussi d’une très grande richesse archéologique et historique et n’a pas encore fait l’objet de pareille reconnaissance. Pourtant, le site a vu s’ériger un manoir, une grange en bois, une étable en pierre, un four et une boulangerie, un bastion, des dépendances, une fosse à déchets témoins de l’occupation eurocanadienne des 17e et 18e siècles. Par ailleurs, des preuves de présence amérindienne du Sylvicole moyen et supérieur ont également été documentées pour le secteur environnant.

Une partie du site a déjà été affectée par la construction du premier pont Champlain dans les années 1950. Mais des secteurs importants du site présentent encore une très bonne intégrité archéologique, ce qui permet à la firme Arkéos, qui en a fait une étude de potentiel en 2013, d’affirmer que le site Le Ber est d’une importance majeure pour notre connaissance du passé de la région et du Québec dans son ensemble. Les secteurs qui avaient échappé aux destructions des travaux associés au premier pont sont aujourd’hui directement menacés par le tracé du nouveau pont. Si les plans actuels sont maintenus, le chantier de construction du pont et la mise en place de la pile principale de la structure viendront irrémédiablement compromettre toute possibilité de fouilles, de recherche et de mise en valeur de ce site incontournable. La rareté des témoins de cette époque, l’unicité documentaire de chaque site archéologique eurocanadien ou amérindien militent en faveur d’une protection des lieux.

Pour ces raisons, la Société historique du Canada et l’Institut d’histoire de l’Amérique française, deux regroupements d’historiens dont les mandats respectifs sont de travailler à la promotion de l’étude et de la diffusion de l’histoire au Canada et de regrouper les historiens professionnels et amateurs spécialistes de l’histoire de l’Amérique française, s’associent pour demander la reconnaissance officielle de l’importance patrimoniale du site Le Ber de l’Ile des Sœurs. Cette reconnaissance permettrait de garantir sa protection au moment où s’amorcent des travaux majeurs qui en menacent l’intégrité.

Le classement patrimonial apparaît comme la seule avenue susceptible d’assurer la pérennité de ce site archéologique exceptionnel et sa mise en valeur au bénéfice des archéologues, des historiens et des citoyens non seulement de la grande région de Montréal mais aussi de tout le Québec.

Veuillez accepter, Madame la Ministre, l’expression de nos sentiments les meilleurs.

Martin Pâquet, président de l’Institut d’histoire de l’Amérique française
Joan Sangster, présidente de la Société historique du Canada

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