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Privilèges d'emprunt à l'Université de Toronto

Ottawa, Octobre 2009

 

C’est en tant que présidente de la Société historique du Canada (SHC) que je vous écris pour vous faire part de notre vive inquiétude à l’égard de la décision de l’Université de Toronto de mettre fin au privilège d’emprunt direct offerts jusqu’à présent à titre gracieux aux étudiants, personnel enseignant et autres employés des autres universités canadiennes à partir du 30 Septembre 2009, et d’exiger dorénavant de leur part un frais considérable – 200$ pour une année, $130 pour six mois, 75$ pour trois mois, ou 20$ pour une semaine. Nous sommes non moins inquiétés par la suggestion, rapportée par Elizabeth Church dans le Globe and Mail, à l’effet que l’université examinerait la possibilité d’exiger des frais aux étudiants et professeurs en visite qui voudraient parcourir les rayons de certaines de ses bibliothèques principales.1


Fondée en 1922, la Société historique du Canada est une organisation bilingue comptant plus de 1200 membres au Canada, aux États-Unis et à travers le monde, qui a pour but de promouvoir la recherche en histoire sous tous ses aspects. En tant que principale société savante consacrée à l’histoire au pays, la SHC joue notamment un rôle de défense des intérêts des historiens et de l’ensemble des individus intéressés par le patrimoine historique auprès des gouvernements et d’institutions diverses.


À nos yeux, la valeur des bibliothèques de l’Université de Toronto dépasse de beaucoup les bornes du corps professoral et étudiant de cette seule université. Les historiens ont au Canada le grand privilège d’avoir accès à la John P. Robarts Library, une des meilleures bibliothèques de recherche en Amérique du Nord. Ceux qui œuvrent dans toute une gamme de champs de spécialisation, tout comme les chercheurs qui œuvrent dans d’autres disciplines, ont recours à ses importantes collections où figurent de nombreuses sources rares et difficilement trouvables ailleurs. L’élaboration des collections de la bibliothèque Robarts, inégalées au pays, s’est faite en bonne partie à l’aide de fonds provinciaux, octroyés en reconnaissance que tous les Ontariens et autres Canadiens pourraient profiter de ce centre de ressources.


L’imposition de frais d’emprunt aura comme effet d’entraver l’accès des professeurs et des étudiants qui ne font pas formellement partie de la communauté de l’Université de Toronto à ces importantes collections. Il s’agit là d’un ennui de taille pour les chercheurs, en provenance des universités du sud de l’Ontario et du reste du pays, qui s’installent en grand nombre à Toronto – pour une durée plus ou moins longue, l’été par exemple, ou pendant une année sabbatique – pour consulter ces collections.


Les étudiants de deuxième et troisième cycles auront le plus de difficulté à s’adapter à la nouvelle structure de frais. Un très grand nombre d’étudiants inscrits dans les universités avoisinantes, non seulement dans le Toronto métropolitain, mais partout dans le sud de l’Ontario, dépendent des ressources des bibliothèques de l’Université de Toronto pour compléter leur scolarité et préparer leurs examens de synthèse. Bien d’autres encore, inscrits dans des universités plus éloignées mais résidant dans la région, font pareillement usage de ces ressources pour compléter leurs mémoires de maîtrise et thèses de doctorat. Le privilège d’emprunt direct leur est critique. Or, pour l’étudiant(e) dont les ressources financières sont généralement fort limitées, un frais annuel de 200$ représente un coût considérable.


La Société historique du Canada reconnaît que les bibliothèques de l’Université de Toronto, qui ont comme priorité de revitaliser la John P. Robarts Library et à maintenir l’excellence de leurs collections, font face à des contraintes financières considérables. Nous comprenons l’importance de cerner des modes de financement innovateurs et justes dans cette conjoncture économique difficile. Cependant, nous croyons fermement que les nouveaux frais d’emprunt direct feront plus de tort que de bien. La mission admirable des bibliothèques de l’Université de Toronto est « d’encourager la recherché de la connaissance et de la comprehension à l’Université et dans la communauté plus étendue » (« to foster the search for knowledge and understanding in the University and the wider community. ») Aussi importe-t-il que les innovations sur le plan du financement ne constituent pas des obstacles au travail des chercheurs qui ne sont pas affiliés à l’Université de Toronto. De plus, alors que la nouvelle structure de frais exige un coût important de la part des utilisateurs individuels, les revenus ainsi générés ne représenteront qu’une « goutte d’eau » (« drop in the bucket ») sur le plan du rajustement des finances des bibliothèques de l’Université de Toronto, si l’on peut en croire l’affirmation récente de Dr. Cheryl Misak, Rectrice de l’université.2


Les institutions d’enseignement supérieur en Ontario et au Canada ont établi une solide tradition de partage des ressources de l’information. Les nouveaux frais de l’université de Toronto semblent contraires à l’esprit des ententes sur la réciprocité du privilège d’emprunt direct et constitue pour cette raison un dangereux précédent que d’autres universités choisiront peut-être de suivre. Si la nouvelle politique ne tient clairement pas à cœur les intérêts des chercheurs en Ontario et au Canada, il n’est pas clair non plus qu’elle sera en fin de compte dans le meilleur intérêt de l’Université de Toronto.

La Société historique du Canada fait appel à l’administration de l’Université de Toronto pour qu’elle renverse sa décision d’exiger un frais pour le privilège d’emprunt direct, et qu’elle continue plutôt à offrir ce privilège à titre gracieux aux étudiants des cycles supérieurs, professeurs, et au personnel des autres universités canadiennes.


Respectueusement,

Mary Lynn Stewart

Présidente, Société historique du Canada

1 Elizabeth Church, “University's library fee for outsiders outrages academics” Globe and Mail, 15 septembre 2009. http://www.globecampus.ca/in-the-news/article/universitys-library-fee-for-outsiders-outrages-academics/

2Ibid.

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